Ils le disaient avec des fleurs

Rédigé par Anne Bernet le dans Culture

Ils le disaient avec des fleurs

Les printemps maussades, frisquets et capricieux, tel celui que nous vivons cette année, donnent la nostalgie de saisons plus heureuses, où l’air était doux, le ciel bleu et les jardins fleuris. L’on n’est, au vrai, pas très assuré que ces instants délicieux, avant-goût du paradis, aient jamais existé, sinon dans des nostalgies d’enfance et de jeunesse mensongèrement revisités, pas même sous des climats plus favorables puisqu’il faisait, cette année, un temps affreux en Italie.

Peu importe d’ailleurs, puisque ce sont les souvenirs, pour fallacieux qu’ils soient, qui l’emportent et que nous finissons tous par nous persuader nous être promenés jadis en des coins de campagne, des parcs, des jardins où l’herbe était plus verte, plus douce, plus couverte de pâquerettes, violettes, coucous, primevères, jacinthes sauvages et narcisses qu’aujourdhui, où les arbres croulaient sous des floraisons roses, blanches ou mauves parmi lesquelles les oiseaux chantaient à perdre haleine.

Ce rêve ne date pas d’hier et, à l’aube de notre civilisation, Grecs et Romains l’entretenaient déjà. Ce rêve avait un visage, entrevu sur les peintures murales de Pompéi mais auquel Botticelli donnerait un jour les traits de Simonetta Vespucci, délicieuse maîtresse, rongée de tuberculose, de Julien de Médicis, lui aussi promis à une mort prématurée sous les poignards d’assassins.

Cette divinité qui sourit, vêtue d’une robe tissée de fleurs au centre de La Primavera au Musée des Offices, les Grecs l’appelaient Chloris, la Verdoyante. C’était une nymphe, épouse de Zéphyr, le vent léger et insouciant, et leur retour à tous deux annonçait les beaux jours.

Les Romains l’adoptèrent assez tard, et la nommèrent Flora ; elle présida dès lors aux fêtes, salaces, des Floralia. Le poète chrétien Lactance, quand il s’attacherait à déconstruire les mythes païens, affirmerait trouver à ces célébrations une tout autre origine.

À l’en croire, Flora était une courtisane en vogue, célèbre en son temps dans Rome, qui, à son lit de mort, légua à la Ville une fortune aussi considérable que mal acquise. Afin de l’en remercier, le Sénat avait institué en sa mémoire des célébrations licencieuses qui rappelaient sa profession, et les grâces éphémères de la dame, que Villon célébrerait dans La Ballade des Dames du temps jadis : « Dictes-moi où, n’en quel pays est Flora la belle Romaine … » 

Aux jouissances charnelles masculines, les Floralia joignaient des corsos fleuris le long de rues ornées de guirlandes car, comme les Grecs, les Romains raffolaient des fleurs, symboles de la jeunesse, la beauté, la grâce et de leur immense fragilité. A travers les plantes méditerranéenne, les poètes chantaient l’amour, ses promesses, ses souffrances, la vie et le bonheur destiné à périr.

Ce sont ces textes où rose, hyacinthe, narcisse symbolisent les destinées humaines que Delphine Lauritzen a réunis dans une délicieuse anthologie Flora, les fleurs dans l’Antiquité (Les Belles Lettres Signet ; 320 p . 15 €)

Voici réunis, accompagnés d’un appareil de notes explicatives, les plus beaux textes, ou les plus pertinents, des littératures grecque et latine où il est question de fleurs et de floraisons : mythes, déclarations d’amour, botanique, pratiques de dévotion, coutumes de noces ou de funérailles, inquiétantes menées des sorcières se retrouvent mêlés dans ces pages et racontent l’Antiquité sous un aspects en apparence souriant.

En apparence seulement … Ces fleurs sont souvent celles du Mal et Héliogabale fit, dit-on, pour plaisanter, étouffer un soir les convives d’un de ses banquets orgiaques, sous les tonnes de roses pourpre soudain déversées du plafond …

Le monde chrétien conserva l’usage des couronnes de fleurs mais, désormais, ce fut afin de les offrir à Notre-Dame, en entrelaçant les Ave Maria, tels des boutons de roses destinés à ne jamais faner. Le rosaire était né. Certains couvents italiens fabriquent encore des chapelets faits de pétales de roses rouges dont l’enivrant parfum monte vers le Ciel avec vos prières.

 

Flora, les fleurs dans l’Antiquité, Delphine Lauritzen, Mars 2017, Les Belles Lettres Signet ; 320 p . 15 €.

 

 

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