La musique à l’honneur
dans la cité sacrée de Rocamadour

Rédigé par Propos recueillis par Louis Henri le dans Culture

La musique à l’honneur <br>dans la cité sacrée de Rocamadour
Emmeran Rollin, directeur du Festival de Rocamadour ©Louis Nespoulous

Devenu un rendez-vous phare au croisement de l’art et de la foi, le Festival de Rocamadour aura lieu cette annnée du 5 au 26 août. De nombreux concerts et autres activités, comme la visite de l’orgue  ou un stage de formation musicale seront proposés pendant trois ces trois semaines qui mettent à l’honneur la musique sacrée. Entretien avec Emmeran Rollin, directeur du Festival de Rocamadour.

 

Cet été aura lieu dans le Lot la quatorzième édition du Festival de Rocamadour, dédié à la musique sacrée. Pouvez-vous expliquer en quoi consiste ce festival ?

Le festival veut faire vivre le patrimoine de la cité sacrée de Rocamadour et de ses alentours. Cette cité sacrée millénaire a été l’un des quatre plus grands lieux de pèlerinage dans le monde connu au Moyen-Âge, elle a également vu la conversion de Francis Poulenc, l’un des plus grands compositeurs de musique classique du XXe siècle. Depuis sa conversion le 22 août 1936 jusqu’à sa mort en 1963, il revint tous les ans à Rocamadour, un endroit tout particulier pour promouvoir la beauté. Venir écouter de la musique dans ce lieu permet au public de vivre des moments qui les transportent, qui les transcendent : on vit quelque chose de très fort au Festival de Rocamadour.

 

Vous présentez le festival comme un « rendez-vous culturel incontournable ». Quelle est donc sa spécificité ?

Sa spécificité est liée au site de Rocamadour : on ne pourrait pas calquer ce festival sur un autre lieu. L’histoire de la conversion de Francis Poulenc, le fait qu’au Moyen-Âge des compositeurs ont spécialement écrit pour Rocamadour, tout cela inspire le festival et nous cherchons à le faire vivre par des projets qui ne peuvent être faits ailleurs. Par rapport aux autres festivals de musique sacrée, il y a vraiment une histoire musicale à Rocamadour, ce qui n’est pas forcément le cas du festival de Lourdes, de Perpignan, ou de La Chaise-Dieu. C’est là qu’un grand compositeur s’est converti et a écrit sa première œuvre de musique sacrée, c’est une histoire unique en France.

Quels compositeurs voulez-vous mettre en avant cette année, pendant les trois semaines de concerts proposées ?

Il n’y a pas forcément un compositeur qui est mis en avant de manière officielle. Année après année, on retrouve évidemment la figure de Jean-Sébastien Bach, car il demeure l’un des plus grands compositeurs de musique sacrée. Il se trouve, de plus, que l’orgue de Rocamadour qui a été inauguré en 2013 est une copie d’une esthétique baroque allemande, et que la musique principalement jouée sur un tel instrument est celle de Bach. La thématique de cette année tourne autour de deux concepts qui sont « des dialogues, des reliefs ». 

Ainsi nous avons voulu mettre en parallèle, pendant les trois semaines de festival (du 5 au 26 août), des notions comme le dialogue entre les arts. La première semaine, on a l’improvisation, l’interprétation, le cinéma et la musique, la littérature et la musique, la danse et la musique. Pendant la deuxième semaine, la thématique sera plus le dialogue entre l’Orient et l’Occident, qui se traduit entre autres par un dialogue artistique. Le but d’un festival c’est de parler de sujets plus vastes que le simple aspect artistique, mais par le sujet artistique aborder des sujets d’actualité. Aujourd’hui, nous sommes clairement dans le dialogue entre l’Orient et l’Occident, entre la musique byzantine issue de Turquie, de Syrie et la musique occidentale. La dernière semaine sera axée sur le dialogue entre le baroque italien et le baroque allemand. Il y aura du Bach et du Vivaldi par exemple.

 

Quelles activités seront proposées aux visiteurs lors du festival ?

Cette année, le festival a optimisé son organisation pour proposer davantage d’événements en journée. Il ne s’agit plus de venir assister à un concert en soirée mais vraiment de profiter d’activités variées et complémentaires. À titre d’exemple, une journée type se compose d’une visite privée de l’orgue à midi, d’un mini-concert à 16 h, d’une présentation de clés d’écoute à 17 h, d’un moment de convivialité au bar du festival à 18 h puis de notre grand concert à 21 h.

 

Vous proposez aussi un stage d’été de grégorien…

Chaque année nous avons une académie d’été qui est ouverte à tout le monde, débutant comme confirmé. Il s’agit d’un stage de pratique et de découverte pour tous les amateurs de musique. Il y a environ une grosse cinquantaine de stagiaires chaque année, qui viennent découvrir ou se perfectionner dans le chant grégorien mais aussi dans le chant polyphonique. Concernant le grégorien, nous travaillerons cette année la musique d’Hildegarde von Bingen, qui est l’une des plus grandes compositrices du Moyen-Âge, et certainement l’une des seules de cette époque-là. Cette religieuse compositrice est très forte de sens pour l’histoire de la musique, et un marqueur évident de celle de la foi.

 

Le festival dépasse les murs de Rocamadour, quels sont les projets mis en place afin de faire rayonner les lieux d’exceptions de la région ?

Chaque année, nous avons à cœur de développer des formats de concerts qui sortent de l’ordinaire. Il y a eu les concerts itinérants à 103 mètres sous terre dans le Gouffre de Padirac, les soirées gastronomiques dans les Relais & Châteaux… Cette année notre grand projet est le concert du 15 août avec Renaud Capuçon et les Lausanne Soloists. Pour cette date forte, nous investirons la plus belle salle de concert dont on puisse rêver : la vallée de l’Alzou, au pied de la cité verticale de Rocamadour. Au milieu du canyon, entre les falaises de calcaires, plus de 3 000 personnes sont attendues pour écouter des grands airs de Bach et de Tchaïkovski sous les étoiles. Ce sont ces projets un peu fous qui font rayonner le festival et son territoire. Pour être visible et reconnu on ne peut plus se contenter de proposer une succession de dates sur un programme. C’est pour cela que nous tentons ces paris audacieux.

 

©Photos Louis Nespoulous

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