Les dictateurs portent des mocassins

Rédigé par Adélaïde Pouchol, rédactrice en chef adjointe le dans Éditorial

Les dictateurs portent des mocassins

Le meilleur moyen de faire advenir la dictature avec l’assentiment du peuple, c’est d’associer, dans l’opinion commune, la dictature au bruit des bottes, de sorte qu’il suffit de chausser les gardiens de l’ordre en mocassins pour qu’on les laisse agir et que, mieux encore, on se félicite de leur raffinement. 

Ces mocassins sont ceux, par exemple, de la députée du Val-de-Marne, Maud Petit, à l’origine de la loi anti-fessée. Maintenant que « l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques », les enfants passent certainement de très bonnes vacances, prémunis des « violences éducatives ordinaires » interdites par la loi depuis le 2 juillet dernier. On connaît la ritournelle par cœur parce que le débat n’est pas nouveau : il s’agit, nous disent les opposants à la fessée, de protéger les enfants de la mort ou de graves séquelles psychologiques, attendu qu’un enfant meurt tous les cinq jours sous les coups de ses parents. Coups, gifles et fessées mais également humiliations ou insultes sont désormais prohibés. L’article de loi en question sera même lu lors des mariages et inscrit sur le carnet de santé des enfants. Dire que cette loi est une attaque en règle contre la liberté éducative et qu’elle vient contraindre, encore un peu, l’intimité familiale, est immédiatement compris comme l’expression d’une envie de pouvoir « tabasser » ses enfants à loisir quand elle est seulement le rappel salutaire de ce que les parents sont premiers éducateurs de leurs enfants et juges de ce qui est bon ou mauvais pour eux. Et laisser libre de bien faire, c’est vrai, c’est prendre le risque que certains fassent le mal. 

 

Une horreur sans nom

Hélas, les tyrans en mocassins, ce sont aussi et avant tout les médecins et hommes politiques qui ont ordonné la mise à mort de Vincent Lambert. La liberté éducative nous semble bien dérisoire quand des parents pleurent leur enfant que l’on a privé de nourriture et d’eau jusqu’à la mort. Ce qui s’est joué dans cette chambre d’hôpital à Reims est une horreur et aucun mot ne pourra soulager la peine de ceux qui se sont battus pendant des années pour que Vincent vive malgré tout, malgré le handicap. Derrière le drame humain, personnel, intime qui a bouleversé une famille, Vincent Lambert est au cœur d’un drame politique et le révélateur, bien malgré lui, de cet eugénisme d’État qui est l’apanage des totalitarismes. Parce que l’on a répété que la tyrannie porte des bottes de cuir et un long manteau noir assorti d’un brassard rouge, robes d’avocat et blouses blanches passent inaperçues. Qu’on le veuille ou non, une fois tombé le masque des bons sentiments et gratté le vernis des nobles intentions, des bien portants ont décidé qu’une personne handicapée devait mourir parce que sa vie ne répondait pas à leurs critères. On a beaucoup dit, de colonnes de journal en plateaux télévisés, que cette affaire était « très complexe », comme pour empêcher toute analyse. Les relations humaines sont complexes au sein de la famille Lambert, les multiples épisodes juridiques de cette affaire, les perversions et angles morts de la loi Léonetti et les manigances politiques qui sont derrière sont complexes également. Mais que cela ne masque pas ce qui est simple, terriblement simple : des médecins ont tué une personne handicapée innocente en jugeant que sa vie « n’était pas une vie ». 

Que pouvions-nous faire ? C’est sans doute une question qui taraude beaucoup d’entre nous qui, depuis des années, avons prié, écrit ou parlé, inlassablement, pour défendre la vie de Vincent Lambert. Et que se passera-t-il pour les 1 700 autres personnes qui sont, aujourd’hui en France, en état pauci-relationnel ? Cette question est plus terrible encore et si nous sommes démunis parce que bien incapables de dire ce que nous pouvons ou devons faire, le meurtre de Vincent Lambert et ceux qui pourront être perpétrés à l’avenir nous obligent doublement. Ils nous obligent à la prière d’abord, à l’annonce de la foi ensuite. Les parents de Vincent Lambert, et sa mère en particulier, ont été insultés et diffamés d’une odieuse manière et, discrédit ultime, il leur a été reproché de vouloir préserver la vie de Vincent Lambert parce qu’ils sont catholiques « intégristes ». Que l’on ne s’y méprenne pas : nous ne défendons pas la vie parce que nous sommes catholiques mais parce que l’Église défend la vie et que nous voulons en être les membres. Aussi, le problème n’est pas que des gens défendent la vie parce qu’ils sont catholiques mais qu’il n’y ait quasiment plus que les catholiques pour défendre la vie. Si refuser de juger de la dignité de la vie d’un autre est un intégrisme, nous serons tous intégristes, c’est décidé.

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