Lettre à Samiel (2/6)

Rédigé par Hugues Pommeret le dans Récits & Poèmes

Lettre à Samiel (2/6)
Illustrations : ©François Rocher

Pour la deuxième année consécutive, les Éditions de L’Homme Nouveau sont heureuses de publier le texte gagnant du Concours des Jeunes Talents.

Le jury avait soumis aux candidats le sujet suivant :

" À la manière de C. S. Lewis qui imagine, dans Tactique du diable(1942), les lettres d’un vieux démon à son apprenti pour lui enseigner les ficelles de la tentation, imaginez les conseils qu’un ange gardien expérimenté pourrait adresser à un tout jeune ange. " 

Le jury a décerné le premier prix à Hugues Pommeret.

Retrouvez sur notre site, jour après jour, les conseils angéliques des autres lauréats du Concours des Jeunes Talents 2019.

Les attaques contre les mots

Les mots justement, voici ce dont je souhaite vous entretenir – vos résultats sur « les Sept Dons » et votre note d’examen en « Subterfuges d’incitation à la prière » me dispensant d’un discours classique sur les tentations habituelles.

Parmi les Sept Chœurs Angéliques, une seule langue suffit à chanter des myriades d’Hosanna, à coordonner les myriades de Séraphins qui les chantent, à comprendre les Trônes et, pour les Puissances, à régner sur le monde d’En-Bas. Chez les fils d’Adam, les langues sont multiples et imparfaites. Laissez-moi vous l’expliquer :

Le langage construit la pensée

Comme chez nous, mais dans une plus grande mesure chez eux en raison de la faiblesse de leur intelligence, le langage structure la pensée. Du nom de chaque objet va dépendre l’emploi qui en sera fait. Du nom de chaque personne dépendra partiellement la vision de ses pairs à son sujet, et donc influera son comportement. De la construction imparfaite d’une subordination syntaxique on peut déduire les failles de logique de son concepteur.

La claire connaissance d’un concept passe donc par sa définition, et ainsi par le langage, pour l’inscrire en rapport avec d’autres concepts plus larges. Vous vous souvenez sûrement de la réponse de M. Pilate à l’Autorité Suprême : « Qu’est-ce que la Vérité ? ». Le relativisme de ce Romain entraîna la condamnation du Juste ! Le responsable des Déchus en charge de cette âme a bien travaillé ce jour-là. Les services de monseigneur Michel racontent qu’il a aussitôt été promu chef de cohorte démoniaque, et qu’il travaille actuellement à Paris en 1793.

Philosophie et prière étant unis (même si les hommes ne le savent pas tous), bien entendu, les mots utilisés pour s’adresser à l’Autorité altèrent la pensée qu’ils Lui adressent. Voyez-vous la conclusion ? Un langage imparfait peut corrompre la pureté d’un cœur en altérant sa prière !

Voici des exemples : la Charité (qui est Dieu !), incomprise, peut se trouver reléguée à l’aumône, en-dessous de la pitié. La Vérité, adequatio rei et intellectus, s’autorise parfois un pluriel subjectif, totalement hors de propos. 

La suite demain à 9h...

 

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