Lettre à Samiel (5/6)

Rédigé par Hugues Pommeret le dans Récits & Poèmes

Lettre à Samiel (5/6)
Illustrations : ©François Rocher

Pour la deuxième année consécutive, les Éditions de L’Homme Nouveau sont heureuses de publier le texte gagnant du Concours des Jeunes Talents.

Le jury avait soumis aux candidats le sujet suivant :

" À la manière de C. S. Lewis qui imagine, dans Tactique du diable(1942), les lettres d’un vieux démon à son apprenti pour lui enseigner les ficelles de la tentation, imaginez les conseils qu’un ange gardien expérimenté pourrait adresser à un tout jeune ange. " 

Le jury a décerné le premier prix à Hugues Pommeret.

Retrouvez sur notre site, jour après jour, les conseils angéliques des autres lauréats du Concours des Jeunes Talents 2019.

Le Relativisme

Au siècle de votre protégé, la pratique de la Religion a diminué, aussi l’Adversaire est-il obligé de ne plus s’attaquer seulement à La Militante pour remplir son Enfer. Il a confié un deuxième volet de son plan relatif au langage à M. Balam, en charge de la Cupidité. Il souhaite empêcher tout fils d’Adam de parvenir à l’Église, et pour cela il veut leur interdire de concevoir même l’idée d’unicité du Salut. Cela passe par la perversion de tout le langage, même le plus « laïc ».

Le féminin résiste plutôt vaillamment aux assauts des post-féministes de M. Azazel, et d’ailleurs, l’éducation de votre protégé le dispense de bien des dérives. Il fait partie de la horde irréductible de ceux qui disent encore « Madame Le Président », et qui savent pourquoi. Déjà du beau travail de votre part, dont je parlerai à M. Methusiel, ange de la Victoire. Méfiez-vous cependant de la manière dont il se justifiera devant ses pairs ! 

Je ne parlerai pas de l’expérimentation en cours à propos du langage inclusif, piège trop grossier pour votre protégé. Monseigneur Belphegor, démon des Inventions, pressé par monseigneur Mammon pour gérer le libre-échange, a confié le travail à un stagiaire, M. Valefor, démon des voleurs il me semble. Les résultats ne sont pas très probants.

Leur dernière invention est redoutable : le pluriel lui-même a été transformé. Jadis il était porteur d’un sens uniquement comptable. Le rassemblement de plusieurs choses, identiques ou non, méritait un pluriel sur le substantif de leur propriété commune. Désormais, il permet de signaler, pour cet ensemble, l’existence de diversité.

Un exemple ? « Des familles » ne signifie pas « plusieurs cellules composées chacune d’un père, d’une mère et d’un ou plusieurs enfants », mais « plusieurs cellules, chacune différente quant à la présence d’un ou plusieurs pères, une ou plusieurs mères, un ou plusieurs enfants ». Conséquence immédiate : La Famille – au sens indénombrable du terme, comme « du pain » et différent « d’un pain de blé » – a disparu. 

Je vous laisse imaginer les conséquences appliquées au mot « Vérité ». Mise au pluriel – je n’ose l’écrire – elle se pare de la possibilité de diversité. Chaque être pourrait avoir la sienne. Nous savons bien, grâce à la Vision Béatifique, que la Vérité est Une. Sans la VB, il est compréhensible que la Vérité soit l’objet d’une recherche continue, objet de contradiction dans l’En-Bas. Mais qu’on puisse cesser le combat par une lâcheté si grande, c’est assurément un beau coup de l’Adversaire. Chacun sa vérité, donc pas de recherche qui soit utile. Pas d’apprentissage d’un Ancien vers un Catéchumène. Pas de communauté, et donc in fine pas d’Église Militante.

Sur ces trois aspects (féminin, inclusivité, pluriel) qui ne sont que des exemples, il y a un combat possible. MM. Hachette et Larousse prient pour cela. Mais nous sommes proches d’un autre combat où M. Geburah, ange de la Justice, devra s’impliquer, lorsque ces déviances linguistiques seront traduites en actions judiciaires. Qui ira en prison aussi sereinement que Saint Paul si son seul chef d’accusation est l’oubli d’un point d’inclusion dans un mot qu’il aurait du « dégenrer » ? L’existence, dans la nation périssable de votre protégé, d’un ministère des familles est à mettre au débit de M. Morael, en charge de la Politique. Le pauvre n’a pas hérité d’un ministère facile.

Du débat

Regardez leurs « débats »! S’il n’avait bu la ciguë, Socrate se serait gaussé avec nous de la rectitude de leurs démonstrations. Dans le Monde en effet, dans l’éon de votre protégé, il est illusoire de vouloir convaincre, puisque, les mots faisant défauts, aucune conviction – id est bâtie sur un raisonnement – n’existe. Seuls restent les concepts dont les fils d’Adam sont persuadés, sans trop savoir pourquoi. Un débat ne peut pas aller au-delà d’un étalage plus ou moins adroit des facettes de son avis sur une question. 

... à suivre demain dès 9h.

 

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