Appréhender l'accord Chine-Vatican
par le regard de l'historien

Rédigé par Odon de Cacqueray, retranscription d'un entretien téléphonique avec Yves Chiron le dans Religion

Appréhender l'accord Chine-Vatican <br>par le regard de l'historien

Le 22 septembre 2018, le Saint-Siège annonçait la signature d'un accord provisoire avec le pouvoir communiste chinois. Aujourd'hui encore, nous ne connaissons pas les modalités exactes de cet accord. Nous savons qu'il contient des dispositions sur les procédures de nominations d'évêques. Pour certains cet accord signe la mort de l'Église clandestine, pour d'autres c'est un grand pas vers la réconciliation de tous les catholiques chinois. Yves Chiron, historien spécialiste de l'histoire de l'Église a signé chez Artège La longue marche des catholiques de Chine, un livre qui retrace l'histoire de l'évangélisation de la Chine et permet de comprendre la situation actuelle. Nous avons pu avoir un entretien téléphonique avec lui. 

Comment l’évangélisation de la Chine a-t-elle débuté ? 

Il y a une tradition solidement ancrée, qui indique que l’apôtre Saint Thomas, évangélisateur de l’Inde comme chacun sait et les historiens sont presque tous d’accord sur le sujet, serait allé jusqu’en Chine avant de repartir en Inde où il est mort. De cela on a des traces dans des textes liturgiques postérieurs, et peut-être, mais c’est un sujet controversé, des traces archéologiques avec une frise sculptée, mise à jour sur les côtes chinoises… C’est une tradition qui est solidement ancrée, défendue par certains auteurs, et qui demanderait confirmation et vérification par différentes sources, archéologiques, littéraires, etc. De façon plus établie, pour une évangélisation sur une longue durée avec des traces incontestables, il faut remonter au VIIe siècle, avec un missionnaire d’origine perse, Alopen. Il arrive dans l’ancienne capitale de la Chine, Xi’an, en 635 et il va pouvoir, avec l’accord de l’empereur de l’époque, répandre la religion chrétienne. 

De cette première activité missionnaire, on a un témoignage archéologique solide et très important historiquement, une stèle datée du VIIIe siècle, mise à jour par les jésuites et qui a depuis été étudiée, décryptée. Elle atteste, de façon précise, d’une expansion missionnaire chrétienne dans la Chine du VIIe-VIIIe siècle. 

Le christianisme que professent Alopen et ceux qui l’ont suivi se rattache au christianisme syriaque. C’est d’ailleurs le patriarche syriaque oriental qui va créer un archevêché dont dépendront les autres diocèses et évêchés créés à cette époque. L’archevêque et les évêques qui sont présents dans ces VIIe et VIIIe siècles sont des Syriaques, ce ne sont pas des Chinois. 

 

De quand date l’apparition d’un clergé chinois ? 

Les évènements sont difficiles à établir de façon certaine, parce qu’on a une deuxième vague missionnaire très importante au XIIIe siècle et dans la première moitié du XIVe, avec les franciscains cette fois, venus d’Italie. Eux aussi vont avoir un grand rayonnement, ils vont toucher plus largement les populations au-delà des Chinois. Il y avait là encore des évêques et des archevêques, est-ce qu’ils ont pu aller jusqu’à ordonner des prêtres chinois ? La chose n’est pas établie, sans être impossible. Ils ont accompli une action de formation, dès le plus jeune âge, à l’intention des Mongols et des Chinois, peut-être que certains des jeunes « séminaristes » sont allés jusqu’au sacerdoce… Le doute demeure. 

Les ordinations attestées remontent à la troisième vague, celle des jésuites et des dominicains, au XVIe siècle avec Mateo Ricci, bien sûr, et les autres qui vont durablement pouvoir œuvrer, même s’il y a eu des persécutions avant eux et après eux.

 

Quels ont été les points qui ont déclenché les premières persécutions ? 

Il faut pour cela revenir à la première vague de missionnaires, celle des syriaques, parce que dès 845, l’empereur de l’époque, Wuzong, prend un édit, sous la pression des confucéens et des taoïstes, pour bannir le bouddhisme qui est également une religion d’importation. Le bouddhisme est donc banni comme religion étrangère et le christianisme est aussi atteint par cet édit. Tout ce qui avait été mis en place depuis un siècle et demi (monastères, églises, etc.) va disparaître. On peut penser que des chrétiens ont subsisté, mais il n’y avait plus d’organisations de la structure, plus d’églises, plus d’évêques, plus de monastères.

L’argument principal était donc : « le christianisme est une religion étrangère », c’est un argument qui reviendra souvent, même au XXe siècle. 

À l’époque des jésuites, il y a également une autre controverse qui va durer longtemps, relative à ce qu’on appelait les « rites chinois ». La question étant de savoir si les chrétiens, les Chinois convertis, peuvent continuer à pratiquer les rites traditionnels dans la société chinoise, culte aux ancêtres, à Confucius, etc. 

Les jésuites affirmaient que ces cultes étaient possibles et devaient être considérés comme des cérémonies, patriotiques ou mémorielles, plutôt que des cérémonies religieuses, d’autres en revanche, notamment des dominicains, estimaient qu’il y avait un danger de confusion, de relativisme et que le culte aux ancêtres pouvait s’apparenter à des pratiques magiques et donc en contradiction avec le culte rendu aux chrétiens à leur mort, qui est un culte de suffrage, de prière pour le salut de leurs âmes. 

 

Ces cultes à Confucius et aux morts perdurent-ils en Chine ? 

Oui, le culte aux ancêtres subsiste de façon assez répandue. Mais l’Église a su le christianiser. Ce qu’on observe à Hong-kong et en Chine continentale, c’est que l’Église a su intégrer ce « culte des ancêtres » dans la foi chrétienne, non pas par un culte supplémentaire, mais par des pratiques dévotionnelles, spirituelles, que nous n’observons pas dans nos églises en Occident. Par exemple, il est possible de trouver dans certaines églises un endroit réservé aux défunts, où se trouvent des registres qui portent le nom et la photo des défunts, où l’on peut déposer un cierge et prier à leur intention. Donc l’attachement qu’ont les Chinois à leurs familles, à leurs ancêtres, l’Église a su l’intégrer et le christianiser en le remettant dans une juste perspective. 

Pour Confucius les choses sont plus simples, en ce sens que le confucianisme fait partie de la culture chinoise au sens large et un chrétien chinois n’a pas idée aujourd’hui de rendre un culte à Confucius. Il connaît son nom, éventuellement ses écrits, mais dans le système politique actuel, toutes les religions, tous les cultes sont à égalité, donc il n’y a plus d’impératifs de l’État (comme cela a pu être le cas sous l’empire) de rendre un culte à Confucius. 

 

Concernant le communisme, comment les catholiques se sont-ils positionnés lors de leur arrivée au pouvoir ? 

Comme cette prise de pouvoir a été progressive, à partir des années 30 jusqu’en 49, les catholiques ont déjà eu l’occasion d’expérimenter ce que sont le régime communiste et l’idéologie communiste. Dans certaines régions contrôlées par les communistes, on avait déjà eu des persécutions, des assassinats. Il y a eu, ici ou là, des chrétiens qui ont été éblouis par cette révolution en marche et y ont adhéré. À partir de 1949, à partir de la prise de pouvoir du parti communiste à Pékin, qui va très rapidement contrôler toute la Chine, son but n’est pas d’éradiquer le christianisme, il sait bien que dans l’immédiat c’est impossible, mais son objectif immédiat est de contrôler les instances religieuses, protestantes, catholiques… et donc de faire adhérer les religions aux finalités du parti. 

 

Dans la mise en place du contrôle des religions apparaît le concept des trois autonomies, pouvez-vous nous expliquer ce qu’elles sont ? 

C’est un concept très important, encore en vigueur aujourd’hui, bien qu’il ne soit plus automatiquement utilisé comme slogan. À l’origine c’est un concept que les protestants ont diffusé avant la Seconde Guerre mondiale pour faire valoir que les communautés protestantes chinoises devaient atteindre une triple autonomie, à savoir :

  • Se financer elles-mêmes, 
  • Décider elles-mêmes de leur organisation, de leur hiérarchie, etc.
  • Ne plus dépendre de l’étranger pour leurs publications, leur enseignement, etc. 

Ce slogan de triple autonomie va être repris par les autorités communistes, à l’égard des protestants, mais aussi à l’égard des catholiques. On voit bien que c’est un concept destructeur de l’essence même de l’Église, impliquant que les catholiques chinois, laïcs ou religieux, ne dépendent plus du Saint-Siège, ne reçoivent plus de lui son enseignement et que les nominations, notamment d’évêques, se fassent localement et donc sans l’accord du Saint-Siège. 

 

Dans les multiples persécutions qu’ont subies les catholiques chinois, vous parlez plus spécifiquement de celles infligées aux Légions de Marie, pourquoi cette association de fidèles a-t-elle été prise pour cible ? 

La Légion de Marie a été implantée en Chine dans l’après-guerre, à l’époque où la progression du parti communiste est la plus forte et où le Parti communiste va prendre le pouvoir. Elle s’implante donc dans différentes régions, notamment à Shanghaï où elle rencontre un grand succès. C’est un mouvement apostolique, né en Irlande en 1921, organisation de laïcs sous l’autorité des évêques, qui vise à perfectionner ses membres par une réunion hebdomadaire de prière et d’enseignement, à les faire progresser spirituellement, mais ses membres exercent aussi un apostolat direct et aident le clergé dans ses activités pastorales. La Légion de Marie, avec ses réunions hebdomadaires, l’engagement de ses membres et son organisation très structurée, va apparaître au parti communiste, qui ne comprend rien à ce dont il s’agit, comme une sorte d’organisation quasi clandestine qui appuie le clergé catholique. Donc elle va être qualifiée par les autorités de « société secrète réactionnaire » et va être particulièrement persécutée, y compris dans ses membres les plus jeunes, avec l’objectif de faire disparaître cette organisation apostolique, par tous les moyens. Il en résulte une interdiction de l’organisation et une incitation des fidèles à dénoncer, même s’ils ne sont pas membres de la Légion de Marie, ceux qu’ils savent y appartenir. 

En Chine, si la Légion de Marie a persisté, c’est de façon souterraine et clandestine. À Shanghaï elle a eu une importance considérable. 

 

Après avoir utilisé l’expression des « trois autonomies », le gouvernement communiste est passé à la création de l’Association patriotique, comment s’est effectué ce passage ? 

Le gouvernement chinois, comme il l’a fait pour les protestants et les autres religions, a créé une organisation qui contrôle l’Église catholique et la fait servir ses objectifs politiques : l’Association patriotique catholique chinoise (APCC) en 1957. Elle est composée de laïcs, de prêtres et d’évêques et relaie les directives et objectifs du gouvernement. Les prêtres et évêques ont été fermement incités à adhérer à cette association. Ceux qui ont refusé se sont enfuis ou se sont retrouvés dans l’impossibilité d’exercer leur ministère, qu’il s’agisse de prêtres ou d’évêques. Beaucoup ont été emprisonnés ou ont été soumis à des sessions de rééducation. 

Dès 1958, on a les premières consécrations épiscopales sans l’accord de Rome, organisées par l’APCC et le gouvernement. Cela donne des évêques ipso facto excommuniés. Soi-disant élus par les fidèles et le clergé, ces ordinations épiscopales vont continuer jusqu’aux années 2000. 

Une grande majorité des prêtres et des évêques a refusé de rejoindre l’APCC. C’est ainsi que débute ce qu’on a appelé « l’Église clandestine ». Si on peut distinguer deux clergés, un clergé patriotique et un clergé fidèle à Rome, il faut comprendre que cela ne se retrouve pas au niveau des fidèles. Un catholique chinois peut se retrouver à assister à une messe d’un prêtre patriotique un jour et d’un prêtre fidèle un autre jour, en fonction de ce qu’il sait de ce prêtre…

 

 

 

Qu’est-ce que la Révolution culturelle ? Quelles ont été ses conséquences ?

La situation va devenir encore plus dramatique en 1966, après une révolution interne au parti communiste : il y a une volonté de revenir aux fondamentaux, c’est le début de la Révolution culturelle. Pour la religion catholique, cela va se concrétiser par la fermeture de toutes les églises sur tout le territoire. Les églises officielles et les églises clandestines. À nouveau, de nombreux prêtres et évêques sont arrêtés et emprisonnés. 

À partir de 1976, progressivement, les églises ont pu rouvrir, mais seulement celles qui étaient soumises à l’APCC. Le clergé et les évêques clandestins ont repris leur apostolat de façon discrète, et sous la menace continuelle de persécutions, d’arrestations.

L’ « Église clandestine » s’est retrouvée dans une situation difficile. Beaucoup d’évêques en communion avec Rome étaient morts, de vieillesse ou en prison. Ceux qui avaient survécu étaient pour certains toujours en prison ou avançaient en âge. En 1980 un évêque fidèle à Rome, Mgr Zhou, décide de consacrer un coadjuteur, destiné à lui succéder après sa disparition. Il considérait que cela était nécessaire à la survie de la communauté de fidèles et de prêtres dont il avait la charge. Cette consécration s’est faite sans l’accord de Rome parce que Mgr Zhou n’avait aucun moyen de communiquer avec le Saint-Siège. 

Un autre évêque va consacrer trois évêques pour les mêmes raisons, en revanche il va chercher à faire savoir au pape ce qu’il a fait et pour quoi il l’a fait. Jean-Paul II va avoir connaissance de ces sacres et par différents canaux il va faire savoir aux évêques consécrateurs qu’ils ont eu raison au vu des circonstances. Il va leur donner des pouvoirs spéciaux afin d’ordonner des prêtres sans l’accord de Rome (mais en essayant d’informer Rome dès que possible), et le pouvoir de sacrer des évêques même destinés à d’autres diocèses. 

À partir de 1980, il y aura donc des sacres clandestins d’évêques. Il y en aura 99 entre 1980 et 2014. 

 

Un fait étonnant, il y a eu des clercs de l’église clandestine qui ont enseigné dans des séminaires de l’association patriotique, comment cela a-t-il été possible ? 

Tous les séminaires avaient été fermés en 1958. Au début des années 1980, l’évêque officiel de Shanghaï obtint l’autorisation de rouvrir un séminaire. C’était un pas considérable. Cependant il n’y avait presque plus de professeurs de séminaire, de manuels, etc. C’est dans ce contexte que l’évêque de Shanghaï va pouvoir faire venir dans son séminaire le futur cardinal Zen, qui alors réfugié à Hong Kong, et d’autres après lui. Ces professeurs n’apportaient pas leur soutien à l’Association patriotique, mais venaient aider l’Église chinoise à avoir des prêtres, considérant que si eux n’enseignaient pas ces futurs prêtres, les conséquences auraient été pires. Ils espéraient également corriger les erreurs que ces séminaristes auraient pu entendre ailleurs. 

 

Quels furent les apports de la diplomatie de Jean-Paul II, lui qui connaissait pour l’avoir vécu, le système communiste ? 

Jean-Paul II soutient l’église clandestine en autorisant les consécrations épiscopales même sans accord immédiat du Saint-Siège, mais en même temps il sait que l’on ne peut pas continuer à s’opposer frontalement au régime communiste et qu’il faut donc essayer d’arriver à un accord pour que l’Église survive et que le clergé clandestin exerce publiquement son ministère. Il y a donc deux actions très importantes qu’il engage : d’une part, en 1984, il crée à Hong Kong de façon très discrète une Mission d’études qui a pour but d’être non pas en rapport avec les autorités chinoises, mais avec le clergé chinois. Une Mission qui existe encore aujourd’hui et qui va permettre progressivement à Rome de mieux connaître la situation des catholiques chinois et d’œuvrer à leur réconciliation. C’est grâce à l’action de cette Mission que des évêques patriotiques vont rentrer en communion avec Rome et que l’on va aboutir à partir de 2002 à des nominations en accord entre le Saint-Siège et Pékin. Dans les faits Pékin annonce leur nomination et le Saint-Siège les reconnaît a posteriori. 

Il y a donc, à partir de 2002, trois types d’évêques, les clandestins nommés sans l’accord de Rome, mais reconnus par Rome, les officiels nommés par Pékin et non reconnus par Rome et des officiels reconnus par Pékin et Rome. 

En parallèle Jean-Paul II engage des rapports diplomatiques avec le gouvernement communiste, par l’intermédiaire de Mgr Celli à partir de 1996, en vue d’un accord officiel. 

Ces deux actions vont être poursuivies par Benoît XVI. Par la Mission d’études, de plus en plus d’évêques ordonnés par Pékin sans l’accord de Rome vont se réconcilier avec Rome afin d’être en pleine communion. Lorsque Benoît XVI devient pape en 2005, il n’y a plus qu’une dizaine de prêtres qui ne sont plus en pleine communion avec Rome. 

C’est dans ce contexte qu’en 2007 Benoît XVI publie sa Lettre aux catholiques de Chine, un document très important, où il appelle à la réconciliation entre les officiels et les clandestins. Il ne souhaite pas une réunification à tout prix, mais il cherche une réconciliation. Dans cette Lettre, il met fin aux pouvoirs spéciaux accordés par Jean-Paul II en 1981 pour la consécration d’évêques. La Lettre demande aussi la liberté religieuse pour les catholiques chinois et l’indépendance de l’Église. Il est hors de question de reconnaître l’APCC. 

Cette lettre de Benoît XVI n’a pas été publiée en Chine, bien que diffusée sur internet, cette lettre a été bloquée par le gouvernement en 24 h. Il est possible que des fidèles et des évêques aient attendu très longtemps avant de connaître son contenu.

 

Quelle a été la stratégie diplomatique du pape François depuis son élection ? 

Le pape François a maintenu la Mission d’études à Hong Kong, qui existe encore aujourd’hui, et il a poursuivi les négociations engagées sous Benoît XVI, mais qui avaient été interrompues. Avec son secrétaire d’État, le cardinal Parolin qui souhaitait lui aussi un accord rapide, ils sont arrivés le 22 septembre 2018 à ce qui est appelé l’Accord provisoire, le terme provisoire étant très important. 

Cet accord n’est toujours pas connu dans son texte, on n’en connaît que ce que le Saint-Siège a dit lors de la signature. Il porte sur une nouvelle procédure de nomination des évêques. Il était accompagné de la levée des excommunications des sept évêques qui restaient hors de la communion avec Rome. Aujourd’hui officiellement, il n’y a plus d’évêques en Chine qui ne soient pas reconnus par le Saint-Siège. 

 

Pourquoi un mouvement de catholiques dont le cardinal Zen est la figure de proue, est-il si défiant vis-à-vis de cet accord ? 

Il faut redire que cet Accord est dans la continuité des échanges qui ont eu lieu entre le gouvernement chinois et les prédécesseurs du pape François. Il y a des effets qui apparaissent comme positifs. Lors de la signature, il y avait 40 diocèses qui n’avaient plus d’évêques. Il y avait donc une certaine urgence de s'entendre. Pour éviter que Pékin nomme des évêques sans l’accord de Rome, le Saint-Siège a préféré signer un accord pour avoir un droit de regard. Dans les faits on voit que les deux nominations épiscopales récentes se sont faites avec le double accord. 

En revanche les dangers sont multiples : l’Accord (du moins ce qu’on en connaît) ne dit rien des évêques clandestins et du clergé clandestin en général. Est-ce que les évêques clandestins vont être reconnus par les autorités et vont pouvoir exercer leur ministère ? Que faire dans les diocèses où il y aura deux évêques, un clandestin et un évêque ?

 

Rome a d’ailleurs demandé à certains évêques clandestins d’abandonner leur charge au profit d’évêques officiels… 

Cela s’est fait à deux reprises. Le cardinal Zen a raison de craindre pour la survie de l’Église clandestine.

Par ailleurs, les prêtres comme les évêques, s’ils veulent exercer leur ministère, doivent être enregistrés auprès des autorités politiques. Peuvent-ils le faire ? C’est une question e conscience qui divise et inquiète encore les prêtres et les évêques chinois. 

 

Que penser des Orientations pastorales du Saint-Siège à propos de l’enregistrement civil du clergé en Chine ? 

Ces Orientations, publiées en juin dernier, portent sur la question de l’enregistrement auprès des autorités civiles, en considérant qu'il peut poser des problèmes de conscience. La réponse du Saint-Siège peut-être considérée comme inquiétante ou rassurante. Le Saint-Siège dit que les prêtres qui acceptent de se faire enregistrer auprès des autorités civiles peuvent le faire à la condition suivante : si dans le texte qui leur est soumis il y a des éléments contestables ou dangereux, ils peuvent faire des restrictions, orales en présence d’un témoin ou écrites. Le Saint-Siège affirme aussi que les prêtres qui refuseraient en conscience de se faire enregistrer peuvent le faire. 

 

Les persécutions se sont-elles arrêtées ? 

Il y avait des persécutions avant l’Accord provisoire. Depuis cet Accord, elles n’ont pas cessé et il y a même de nouvelles entraves. Il y a notamment une nouvelle disposition interdisant au moins de 18 ans d’assister à la messe. Lors de mon déplacement en Chine continentale, j’ai eu l’occasion de fréquenter plusieurs églises, officielles ou non, et dans les faits, cette disposition n’est pas forcément respectée. Elle pourrait être opposée à n’importe quel instant en n’importe quelle église. D’autre part, le contrôle des églises s’accentue par une disposition que j’ai constatée sur place : de façon officielle, les responsables du Bureau des Affaires religieuses peuvent débarquer n’importe quand dans les édifices, pendant ou en dehors du culte, afin de vérifier que toutes les réglementations en vigueur sont respectées. Désormais, dans toutes les églises, il y a un tableau d’affichage sur lequel figurent les noms et visages des responsables du Bureau des Affaires religieuses habilités à faire les inspections. De même, les destructions d’églises qui existaient avant les accords continuent. 

 

La longue marche des catholiques de Chine, Yves Chiron, éditions Artège, 336p., 17,90 €.

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