« Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre »

Rédigé par Anne Bernet le dans Culture

« Je passerai mon ciel à faire du bien sur la terre »

Fêtée le 1er octobre, Sainte Thérèse est née en 1873. Entrée au Carmel à l'âge de 15 ans, elle y demeure jusqu'à sa mort en le 30 septembre 1897. Docteur de l'Eglise elle est la patronne des missions. Anne Bernet nous présente celle qui avait annoncé qu'elle passerait son « ciel à faire du bien sur la terre », à travers l'ouvrage de Joachim Bouflet : Quand Thérèse parlait aux mystiques.

Chacun connaît l’ultime promesse de la petite sœur Thérèse de l’Enfant Jésus et de la sainte Face, et sa volonté déclarée de venir en aide à tous ceux, justes ou pécheurs, qui réclameraient du secours par son intercession. Ce que l’on sait peut-être moins, c’est qu’à peine avait-elle rendu le dernier soupir et fait son entrée dans les célestes parvis, la jeune carmélite obtenait de Dieu la permission de tenir parole et commençait aussitôt à sillonner le monde afin de secourir et réconforter.

S’il demeure impossible de comptabiliser ses interventions auprès du « tout venant », probablement innombrables, comme l’attestent entre autres les courriers adressés au carmel de Lisieux pendant et après la Première Guerre mondiale, faisant état de grâces de protection parfois très tangibles accordées sans considération aucune pour la nationalité ou le camp de ceux qui l’imploraient, il est en revanche possible de la suivre dans ses missions auprès d’âmes mystiques privilégiées dont les causes de béatification ont été ouvertes.

Telle est la tâche entreprise par Joachim Bouflet, l’un des meilleurs spécialistes des phénomènes surnaturels, qui publie Quand Thérèse parlait aux mystiques (Artège, 245 p,16,90 €).

Tout commence en cette sombre soirée du 30 septembre 1897 alors que Thérèse, au terme d’une terrible agonie physique et spirituelle, vient de rendre l’âme. L’une de ses sœurs, effondré, est sortie un instant afin de cacher ses larmes et, depuis le cloître, levant les yeux vers le ciel normand ennuagé, elle gémit : « Si seulement il y avait des étoiles … ». À l’instant, sans raison apparente, le firmament, jusqu’à alors obscur, se dégage et révèle l’immensité de ces constellations que Thérèse aimait tant. 

Au même instant aussi, peut-être, car elle est désormais passée dans une dimension où le temps ni l’espace ne comptent plus, à Funchal, sur l’île de Madère, une clarisse, sœur Virginia Brites da Paixao, -Brigitte de la Passion-, est au plus mal. Atteinte d’un cancer du sein découvert tardivement, cette religieuse de 37 ans doit se soumettre à une intervention chirurgicale dont les chances de succès sont minces, et qui offusque sa pudeur. Avant d’accepter l’opération, elle a demandé à Dieu de « lui manifester Sa volonté par l’intermédiaire de la première âme qui entrerait au Ciel »

À l’aube du 1er octobre, après une nuit de souffrances incessantes, elle voit à son chevet une jeune religieuse inconnue, d’une éclatante beauté, qui se présente comme « une moniale carmélite appelée Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face qui vient de quitter cette vie mortelle pour le Paradis ». Thérèse lui explique alors qu’elle doit accepter d’être opérée et qu’elle-même la soignera.

Trois jours plus tard, sœur Virginia est parfaitement guérie, apte à entamer la mission dont Dieu veut la charger : révéler toujours davantage aux hommes le cœur immaculé de Marie.

Ce miracle de Thérèse, pas forcément le premier d’ailleurs, révélé tardivement, inaugure les innombrables pérégrinations d’une sainte qui avait consumé sa courte existence entre les quatre murs du carmel de Lisieux et qui, désormais, parcourra le monde pour y semer ses roses à foison. 

Cela lui permettra de lier à travers le monde entier des amitiés mystiques parfois décisives pour le parcours spirituel de ceux et celles qu’elle accompagne. Si le cas du petit Vietnamien Marcel Van est assez connu, l’on ignore le rôle de Thérèse auprès de la bienheureuse Maria Esperanza de Jésus, religieuse andalouse chargée, elle aussi, de faire connaître à l’humanité l’amour miséricordieux du Christ, et ses liens avec sainte Faustine Kowalska, messagère de la Miséricorde divine.

Elle est aussi présente auprès d’âmes qui ont accepté de souffrir et d’expier. Joachim Bouflet dresse un impressionnant catalogue de ces figures expiatrices, ces « victimes d’amour » littéralement crucifiées par des maladies plus ou moins compréhensibles ou les séquelles de blessures terribles : la sainte allemande Anna Schäffer, atrocement brûlée dans un accident, torturée par ses plaies incurables, Thérèse Neumann, sainte Alphonsine de l’Immaculée Conception, première Indienne canonisée, la vénérable Paola Carboni, l’espagnole Maria Concepcion Barrecheguren Garcia, la bienheureuse Cecilia Eusepi, Marthe Robin, Giovanna Lanza, Alexandrina Da Costa, le Padre Pio, ou le touchant Pietro Gonella, jeune séminariste obligé de renoncer au sacerdoce à la suite d’une maladie rénale alors incurable et qui, après plus d’un quart de siècle de tortures offertes pour l’Église et la sanctification des prêtres, sera finalement ordonné peu avant sa mort. À toutes et tous, Thérèse a enseigné le sens de la souffrance et de l’offrande, et les incroyables mérites d’une vie d’oblation qui, extérieurement, semblait être réduite à rien.

Joachim Bouflet dresse ainsi, c’est l’autre mérite de son travail, une impressionnante galerie de figures de sainteté venues, au cours du XXe siècle, rappeler la puissance de Dieu, et jeter dans la balance divine, en contrepoids à toutes les horreurs de l’époque, leur choix d’aimer, expier, adorer.

Quelques miracles délicieux, de guérisons improbables mais aussi de secours matériels invraisemblables, viennent rappeler que Thérèse n’est qu’accessoirement le guide des âmes privilégiées et qu’elle  s’est d’abord donné pour objectif de ne jamais laisser sans réponse un appel à l’aide, d’où qu’il vienne.

 

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