Mère Pauline Pinczon du Sel :
l’ouverture du jubilé d’une géante de la charité

Rédigé par Antoine Bordier le dans Religion

Mère Pauline Pinczon du Sel : <br>l’ouverture du jubilé d’une géante de la charité

Le 22 septembre 1820, la vénérable Mère Pauline Pinczon du Sel s’éteint à Lambesc, près d’Aix-en-Provence. Au sein de sa congrégation, les Sœurs Hospitalières de Notre-Dame de Grâce, dite de Saint-Thomas de Villeneuve, elle n’a cessé de développer des établissements de soins et d’ouvrir des écoles. 200 ans plus tard s’ouvrait officiellement son année jubilaire.  

Les sœurs ne sont pas toutes-là, mais, elles sont venues en nombre de toute la France pour honorer Mère Pauline. Comme les autres congrégations religieuses en Europe, elles sont touchées par la baisse des vocations. Entre 2007 et 2019, leur nombre a été divisé par deux. En 2007, elles étaient plus de 200. Aujourd’hui, elles sont une centaine répartie dans 15 établissements en France et sept à l’étranger (sans compter la maison-mère). Après avoir été fondée en 1661 à Lamballe, en Bretagne, par le Père Ange Le Proust, elles se sont développées dans toute la France et au-delà. A l’étranger, aux États-Unis, la première fondation date de 1948. L’année suivante, elles ouvrent au Sénégal. Leur dernière fondation date de 2016, à Natitingou au Bénin. Elles sont présentes, aussi, au Togo. Les vocations venues d’Afrique viennent combler généreusement l’absence de vocations en France. Et leur développement à l’étranger démontre, en même temps, leur dynamisme. Elles sont, d’ailleurs, appelées à ouvrir d’autres maisons dans les prochaines années.

La vision du fondateur

Tout commence avec le Père Ange Le Proust, né en 1624 à Châtellerault dans une famille très croyante. Sur les neuf enfants, six entreront dans les ordres. Lui entre chez les Augustins, à Poitiers. C’est-là qu’il lit la vie exemplaire de Thomas de Villeneuve (1488-1554), dont le procès de canonisation est en cours. Cet archevêque de Valence, en Espagne, devient un modèle pour le Père Ange qui apprécie surtout ses œuvres de charité et son amour de l’Eucharistie. En 1658, Thomas de Villeneuve est canonisé. L’année suivante le Père Ange devient prieur du couvent de Lamballe. Là, au cours d’une veillée d’adoration du Saint Sacrement, il reçoit une vision qui l’engage auprès des pauvres de l’Hôtel-Dieu de Lamballe. Sa vision se précise : « Il faut des cœurs de femmes, toutes données à Dieu, pour vivre avec les pauvres de l’Hôtel-Dieu, les soigner et les entourer d’amitié, leur faisant ainsi découvrir l’amour dont Dieu les aime ». En 1661, il fonde la Congrégation des Sœurs Hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve. En 1697, lorsqu’il meurt, le Père Ange a créé 33 communautés en Bretagne, dans le Poitou et en Ile-de-France.

Mère Pauline dans la tourmente révolutionnaire

En 1752, c’est en Bretagne, à Rennes, que naît Pauline.  Elle entre au noviciat en 1780 chez les Sœurs Hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve, à Rennes. En 1788, l’évêque d’Aix appelle sœur Pauline pour fonder le collège de Lambesc. L’année suivante la folie révolutionnaire emporte tout. Les biens de l’Eglise sont confisqués, les prêtres et les religieux sont pourchassés, arrêtés, condamnés à mort. En 1791, sœur Pauline est obligée de s’enfuir direction l’Italie, Gênes, où elle s’installe jusqu’en 1800 et vit dans la plus grande pauvreté. Elle rentre clandestinement à Marseille, en pleine Terreur, et relance ses activités dans l’enseignement. Plusieurs écoles ouvrent. Avec son énergie débordante, elle attire de nombreuses vocations. En 1807, la Congrégation des Sœurs Hospitalières de Notre-Dame de Grâce, dite de Saint-Thomas de Villeneuve, est officiellement reconnue. Mère Pauline en restera la Supérieure Générale jusqu’à sa mort. 

Un procès en béatification

Clin Dieu de la Providence : Mère Pauline meurt le 22 septembre 1820, jour de la fête de saint Thomas de Villeneuve, à Lambesc. Elle laisse derrière-elle de nombreuses communautés. Elle a vécu ses dernières années dans la maladie, comme l’a rappelé Mère Marie-Delphine, l’Assistante Générale de la Congrégation, lors de la Messe d’Ouverture du Jubilé, le 22 septembre dernier : « A la fin de sa vie, elle était devenue dépendante de ses « filles ». Elle ne se déplaçait plus que sur une chaise roulante. Elle a fini sa vie dans la souffrance. Elle se rendait tous les jours à la chapelle. » La veille de Noël 1891, le Pape Léon XIII la déclare Vénérable. Depuis, un procès en béatification a été ouvert.

Notre-Dame de Bonne Délivrance 

Dans le petit livret que les sœurs ont édité pour le jubilé, de nombreuses guérisons sont rapportées, attribuées à la Vénérable Pauline. Cette-dernière était très attachée à Notre-Dame de Bonne Délivrance. Cette statue dite miraculeuse se trouve, aujourd’hui, dans la chapelle de la maison-mère, à Neuilly. Elle daterait du XIVème siècle. Lors de la période révolutionnaire, elle a été sauvée et cachée par Madame de Carignan Saint-Maurice et confiée ensuite aux sœurs de Saint-Thomas de Villeneuve. La statue mesure 1,5 m, elle est en pierre et non pas en bois. C’est une vierge couronnée noire, portant l’Enfant-Jésus, vêtue d’une tunique rouge parée d’étoiles d’or, d’une ceinture, et, d’un manteau bleu-nuit couvert de fleurs de lys. Elle est aussi appelée la Vierge Noire de Paris.

Le jour J

Le 22 septembre dernier, à Aix-en-Provence, dans l’ancien couvent des Récollets, c’est le grand jour. A 10h00, une cinquantaine d’invités a déjà pris place au pied de l’escalier monumental pour écouter le discours introductif de Mère Marie-José, l’Econome Générale. Dans la grande pièce où repose le corps de la Vénérable, une dizaine de panneaux retrace sa vie. Parmi les invités, des descendants directs de Mère Pauline s’arrêtent devant les vitrines et regardent sa mèche de cheveux, son sac de voyage, ses lettres manuscrites, etc. Edouard Baldo, conseiller municipal de la ville est ému : « Ma maman qui s’appelait Eulalie a terminé sa vie ici. Elle a vécu pendant 4 ans et a été heureuse, explique-t-il. Je tenais à honorer Mère Pauline de ma présence. » Olivier Pinczon du Sel est un descendant direct de Mère Pauline. Six générations les séparent. Ce qui le touche le plus, « c’est que 200 ans après, la Congrégation existe toujours. Les sœurs œuvrent, toujours, pour les malades. J’apprécie beaucoup la devise de l’Hospitalité Saint-Thomas de Villeneuve : "prendre soin et accompagner" ». A 11h00, dans la grande chapelle, un concert est donné. En début d’après-midi, après un déjeuner-festif, tous se rendent à Lambesc. 

Un cœur pour aimer

A 15h00, la Messe d’Ouverture du Jubilé est présidée par Mgr Christophe Dufour, archevêque d’Aix et d’Arles. Il témoigne : « Ce qui me marque, c’est son histoire pleine d’imprévus. La première épreuve, c’est la Révolution. Sa vocation : servir le Christ dans les plus pauvres. Sa devise : " Tout pour Lui, tout à Lui ". Mère Pauline était entière, elle devait tout donner. Elle nous invite à contempler le Christ dans les personnes les plus fragiles. » Épreuve, voilà un mot que l'évêque connait bien : « Nous sommes une Eglise à l’épreuve à cause du péché de ses membres, mais, aussi, à cause de la difficulté de l’annonce de l’Evangile ». Dehors, alors que le soleil fait une percée à travers les nuages, deux petites filles sont habillées en costume folklorique typique de Provence. A 1000 km de là, à Lamballe, les sœurs n’ont pas pu faire le voyage. Elles résident encore dans ce haut-lieu où tout a commencé et où siège la Direction Générale de l’Hospitalité Saint-Thomas de Villeneuve. Mais le jubilé ne fait que commencer : il se clôturera le 20 septembre 2020 et sera parsemé d’évènements historiques, religieux et lyriques, tout au long de l’année. A la fin de sa vie, Mère Pauline adresse ses quelques mots en guise d’au-revoir : « Dieu m’a ôté l’usage de tous mes membres, mais Il m’a laissé le cœur, un cœur pour aimer ! » 

 

 

 

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