Le Magnificat purifie l’air ambiant.

Rédigé par Un moine le dans Religion

Le Magnificat purifie l’air ambiant.

La logorrhée nous assaille de tous côtés, les médias, surtout les nouveaux, sont victimes d’une inflation de l’information désordonnée, contraire à la morale du journalisme à laquelle L’Homme Nouveau est si attaché. Cette inflation du verbe, de la parole-pour-ne-rien-dire, engendre confusion et panique. Pire, elle nous menace dans notre jardin intérieur ; l’honnête homme de notre temps, ou du moins celui qui pense de bonne foi œuvrer pour l’être, parle avec passion sous le coup de la dernière émotion dont le fondement est invérifiable.

Saint-Exupéry, dans le monde dur de l’immédiat après-guerre, souhaitait « faire pleuvoir sur lui quelque chose qui ressemble à un chant grégorien » (lettre, 30 juillet 1944). Il voyait juste. La louange divine remet de l’ordre sur la terre. Nous la croyons disparue peu à peu sous l’avalanche de l’incrédulité, mais nous ne savons pas assez que Notre Dame continue sans cesse son Magnificat, qui verse une ondée bienfaisante bien cachée dans les âmes humbles. 

L’Évangile nous apprend quand le Magnificat apparut sur les lèvres de Marie. Visitant Élisabeth sa cousine, elle comprit que son secret avait été éventé auprès d’elle, de par le Saint-Esprit. Aussitôt, elle put alors vider le trop plein de son âme en chantant extérieurement le cantique qui l’habitait depuis la visite de l’ange et l’Incarnation du Verbe à laquelle elle avait acquiescé. À dire vrai, cette louange est tout à la fois d’elle et de Celui qu’elle porte en elle et qui le chante avec elle. 

L’art sacré a été fasciné par le Magnificat, la musique s’en est emparé, la peinture également. À Florence, on admire un tableau de Botticelli : la Vierge écrit le Magnificat, un ange lui sert de pupitre pour en recevoir les lettres en beau gothique. Mais Jésus, à côté, semble arrêter sa main comme s’il voulait prendre la plume lui-même et y ajouter sa propre louange à l’égard de sa Mère, car elle est la Magnificence de Dieu, Magnificientia Dei, comme disait un auteur du XIIIe siècle (Richard de Saint Laurent, + 1250). 

Le cantique ponctue depuis toujours dans l’Église sa louange du soir, répandant la joie chrétienne sur chacun des siècles passés. Il a la même mission conquérante sur notre monde dès que, au-delà des progrès clinquants et angoissants à la fois, sa stérilité mystique est reconnue et offerte humblement. L’effusion de la joie mariale, qui a laissé de larges traces dans le passé, est prête à se répandre sous nos yeux.

Abraham tressaillit de joie quand il vit intérieurement la venue de Jésus, le Messie attendu. L’Évangile nous apprend cela, qui intrigua tellement les Juifs de l’époque (Jean 8, 56). Ce tressaillement passe surtout dans l’âme de Marie et la pousse à louer notre Sauveur révélé magnifiquement dans l’opus dei, cette grande Œuvre de l’Incarnation qui sauve l’humanité. Saint Paul VI, dans un beau texte sur le culte marial, l’évoque avec force en s’appuyant sur saint Irénée qui, en son IIe siècle, fait le rapprochement avec le tressaillement d’Abraham : « À la Visitation, Notre Dame ouvre son cœur en rendant grâce à Dieu, en exprimant son humilité, sa foi, son espérance : tel est le Magnificat (cf. Luc 1, 46-55), la prière par excellence de Marie, le chant des temps messianiques dans lequel convergent l’allégresse de l’ancien et celle du nouvel Israël. En effet – comme semble le suggérer saint Irénée – dans le cantique de Marie passa le tressaillement de joie d’Abraham qui pressentait le Messie et retentit, dans une anticipation prophétique, la voix de l’Église (…) De fait, le cantique de la Vierge, en s’élargissant, est devenu la prière de toute l’Église dans tous les temps » (Marialis cultus, 1974, n° 18).

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