Notre quinzaine : prêchez-nous le Christ,
pas l’assimilation au monde

Rédigé par Philippe Maxence le dans Éditorial

Notre quinzaine : prêchez-nous le Christ, <br>pas l’assimilation au monde

Des propos lénifiants

Du long, du très long, du trop long discours de clôture de l’assemblée plénière des évêques de France, réunis à Lourdes du 5 au 10 novembre dernier, que faut-il retenir ? Dans le Figaro (11 novembre 2019), Jean-Marie Guénois, le chroniqueur religieux du quotidien parisien, notait que Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims, élu président de la Conférence des évêques de France en avril dernier, avait abordé « tous les sujets d’actualité : lutte contre la pédophilie, “écologie intégrale” (…) voile musulman, immigration ». « Pas de mot en revanche, indique encore le journaliste, sur la question de la chute des vocations sacerdotales et sur la réforme des séminaires, pourtant au programme de cette assemblée. »

À la vérité, c’est encore peu que de noter l’absence des thèmes annoncés. Dans une Église qui s’interroge en synode sur l’ordination éventuelle de viri probati (cf. l’instrumentum laboris du synode sur l’Amazonie) ou qui préconise l’ordination de diacres permanents (cf. le document final du même synode), il est compréhensible que l’annonce sur la chute des vocations sacerdotales ait été renvoyée à plus tard et que la réforme des séminaires disparaisse des écrans radars. 

Le plus grave n’est pas tellement là. Confessons-le, même si c’est réellement avec douleur : il y a longtemps que nous sommes habitués aux propos lénifiants des responsables de la Conférence des évêques de France, quels qu’ils soient. L’archevêque de Reims a donc beau jeu de discourir sur le fait que le rôle des évêques n’est pas « de préserver des structures » et d’assimiler à celles-ci l’Église elle-même… Il a beau jeu encore de se réjouir de la synodalité en œuvre et d’inviter « à édifier l’Église comme unité dans la diversité » alors même que des pans entiers de celle-ci sont laissés aux marges. Et il a toujours beau jeu de nous appeler à « la conversion écologique » et de dénoncer les conditions de vie dans les pays industrialisés. 

Malheureusement, une fois encore, une fois de plus, ce type de discours, qui peut contenir des choses justes en elles-mêmes, se tait sur ce qui relève de la mission des évêques. Peu de mots auraient pourtant suffi pour dire l’essentiel : « convertissez-vous, reconnaissez vos péchés et faites pénitence ». De péchés, il n’en est quasiment pas question, sauf du « péché écologique ». De conversion, un peu plus, bien que nous ne sachions pas à quoi exactement, si ce n’est, encore une fois, à l’écologie. Quant à la pénitence, elle brille par sa dramatique absence.

Disons-le tout net : nous écouterons nos évêques sur les sujets mondains quand ils nous auront prêché la Croix et non l’assimilation-dissolution au monde. Non pas que nous contestions qu’ils interviennent dans les questions sociales et politiques, mais à condition qu’ils le fassent en vue du Salut et de l’extension du règne, y compris social, du Christ. 

 

Voile islamique et immigration

Sur la question de l’immigration, l’exemple, sur ce plan, est flagrant, au point que l’on se demande s’il s’agit encore de naïveté ou d’aveuglement politique. Évoquant la question du voile islamique, qui a connu ces derniers temps de nouveaux rebondissements, le président de la CEF se contente de s’interroger sur ce qu’en pensent les femmes musulmanes. Sous prétexte de réalisme, il prend acte comme d’une donnée irréversible de l’afflux constant de « migrants » et déclare tranquillement : « les bouleversements de nos sociétés seront grands, nous pouvons choisir de les rendre positifs ». Heureux optimisme scandant une marche en avant qui s’auto-convainc elle-même que demain les choses iront mieux. 

Si le président des évêques de France salue la générosité de ceux qui aident les « migrants », pas un mot, en revanche, n’est adressé à ceux de nos concitoyens qui souffrent directement des conséquences de l’immigration. À la CEF, qui aime tant faire appel à des « experts », a-t-on lu par exemple les travaux du géographe Christophe Guilluy sur la France périphérique ? Et sur l’islam, pourquoi n’a-t-on toujours pas fait appel aux travaux d’islamologues comme Marie-Thérèse et Dominique Urvoy (1) ou à ceux d’Annie Laurent ? Il y a des oublis qui sont, hélas, coupables.

 

Évêques, soyez-le pleinement !

Que l’on ne s’y trompe pas, cependant ! Nous ne faisons pas de l’opposition aux évêques une vertu, ni même un sceau de catholicité. Nous exprimons une souffrance, laquelle dure, pour les plus anciens d’entre nous, depuis plus de cinquante ans. À nos évêques, qui sont, contrairement à nous, les piliers de l’Église, nous osons ne demander qu’une chose : qu’ils soient les successeurs des Apôtres, mais qu’ils le soient pleinement. Pas à la mesure du monde, mais à celle de la Croix. 

1. Voir notre hors-série L’Islam face au christianisme, Éd. de L’Homme Nouveau, 68 p., 8 e.

 

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