Le Cardinal Tagle : un profil de jésuite d’aujourd’hui

Rédigé par Pio Pace le dans Res Novae

Le Cardinal Tagle : un profil de jésuite d’aujourd’hui

La formation sacerdotale de Luis Antonio G. Tagle fut prise en main par les jésuites : il entra au séminaire Saint-Joseph, tenu par eux, et fit ses études à l’Université jésuite Ateneo de Manille (il obtint sa licence avec mention très bien en 1977), pour être enfin envoyé par ses maîtres à la Catholic University of America à Washington. Il y avait été recommandé par son mentor, le P. Catalino Arevalo, sj, l’un des personnages les plus en vue de la « théologie asiatique », une branche de la théologie de la libération, ce P. Arevalo, disciple de Jürgen Moltmann, qui a été l’éminence grise de Cory Aquino, ancienne présidente de la république. 

Ordonné prêtre en 1982 pour le diocèse d’Imus, L. A. Tagle, en 2001, à 44 ans, en devint l’évêque. En 2011, il était nommé archevêque de Manille, et en 2012, à 55 ans, cardinal. 

Auparavant, son directeur de thèse, le P. Joseph A. Komonchak, professeur à la Catholic University of America, un des maîtres à penser de l’ecclésiologie américaine, l’avait introduit auprès de l’École de Bologne, en le faisant nommer, en 1995, membre du comité éditorial qui supervisait l’entreprise éditoriale de la monumentale Histoire de Vatican II. Dans la foulée, Komonchak et ses amis obtinrent que Tagle soit nommé, en 1997, membre de la Commission théologique internationale.

Trois jésuites philippins, amis de Tagle, ont d’ailleurs été appelés à Rome, aux postes de commande de la Compagnie, par le Père Nicolas, supérieur général, et ont été conservés par le Père Sosa, son successeur, auprès de lui, constituant une sorte de lobby pro-Tagle à la Curie générale. Un autre jésuite, Jorge Bergoglio, s’était lié avec lui alors qu’ils siégeaient tous deux au conseil général du Synode des évêques, au début des années 2000. Tout naturellement, lors du conclave de 2005, qui élut Benoît?XVI, Tagle fut un soutien de Bergoglio, de même qu’au conclave de 2013. 

« Beaucoup de ce qu’il [le Pape] dit et fait confirme ce que j’ai dit ou fait, mais qui n’a probablement pas été compris par certains, ou dont certains n’ont pas pris toute la mesure », remarque sans apprêt le cardinal. 

Et ses amis de le répéter : il est un autre François. La Croix du 9 février 2016 rapportait sa catéchèse à Cebu, au 51ème Congrès eucharistique international, en janvier 2016 : « Il serait bon de s’enquérir sur l’origine de nos pain et vin sacramentaux. La farine a-t-elle été produite par un migrant, serait-elle le fruit du travail d’un esclave ? Le vin est-il importé d’un vignoble qui emploie des personnes sans leur payer un salaire décent et donc les pousse à traverser les frontières pour survivre ? La nourriture et les plats des synodes, conventions, assemblées, conférences sont-ils assurés par les traiteurs des chaînes d’hôtel métropolitains ? Qui cuisine et qui nettoie par la suite ? Que dire des chaussures, cravates, chapeaux, gants, chemises et robes appelés habits du dimanche ? Qui les fabrique et qui les nettoie au pressing ? Sont-ce des frères et sœurs, ou juste des migrants et réfugiés invisibles, considérés comme des pions sur l’échiquier de l’humanité ? »

Quant à ses idées liturgiques minimalistes, elles ont été bien exprimées par son prédécesseur, le cardinal Gaudencio Rosales, archevêque émérite de Manille, lors d’une messe présidée par le cardinal Tagle pour ce congrès de Cebu : il convient de « faire Eucharistie en se libérant des rituels ». P.P.

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