Offrir un livre

Rédigé par Anne Bernet le dans Culture

Offrir un livre

Faut-il encore offrir des livres alors que le goût de la lecture se perd, que le numérique tente de prendre le pas sur le papier et que, trop souvent, l’ouvrage, même choisi avec amour à l’intention d’une personne chère dont on pense connaître les goûts et les centres d’intérêt, finira, au mieux, à prendre la poussière dans le bas d’une bibliothèque négligée, au pis aussitôt revendu sur Internet ?

Pourtant, la réponse est oui, et, s’il est bon d’offrir des livres toute l’année, le temps des cadeaux permet de choisir des ouvrages illustrés, donc plus chers, que l’on hésite à s’offrir ou offrir d’ordinaire. Au vrai, le choix est pléthorique et, en raison de la cellophane de protection qui les recouvre, il n’est pas toujours aisé de se faire une idée de leur contenu et de sa valeur réelle.

La sélection qui suit, si elle ne colle pas tout à fait à la plus récente actualité littéraire, privilégie la qualité et d’abord un surplus d’âme qui fait un peu trop défaut de nos jours.

Bernard Rio, à qui l’on doit des livres merveilleux, et d’une inépuisable richesse, entre autres un Dictionnaire des Saints de Bretagne inoubliable, possède comme personne l’histoire de nos traditions, notre patrimoine, nos croyances, nos dévotions, nos légendes. Il est aussi un randonneur infatigable qui a arpenté tous les chemins de France et bon nombre d’ailleurs. Quand il associe ces deux passions, cela donne des albums splendides, d’une vraie richesse spirituelle qui séduiront autant le marcheur, en raison des itinéraires et conseils pratiques offerts, que le simple touriste ou pèlerin, qui trouvera là l’essentiel de ce qu’il doit savoir pour appréhender la grandeur d’un lieu. 

Sur les chemins de France, sentiers d’histoire et de légendes (Ouest-France. 225 p. 25 €) invite à découvrir sous un angle neuf des sites majeurs de notre passé : suivre Péguy sur la route de Chartres, marcher avec les Michelets vers le Mont, découvrir à Jumièges la légende du loup vert de sainte Austreberthe, et sa vraie signification, partager le quotidien des moulineaux du Hainaut qui allaient à la mine, parcourir le chemin des Dames, rencontrer sainte Odile en Alsace, Jeanne en Lorraine, Pergaud en Franche-Comté, Vincenot en Bourgogne, arpenter le Vercors, pérégriner avec saint François Régis à travers le Velay et le Vivarais,  découvrir la Provence de Giono, frissonner sur les traces de la Bête du Gévaudan, transhumer en Aubrac, retrouver l’ombre des Cathares ou celle du preux Roland à Roncevaux, percer les secrets du Chinonnais de Rabelais, pleurer en Anjou les victimes des Colonnes infernales, se glisser dans les caches morbihannaises de Cadoudal, se perdre sous les arbres de Brocéliande ou parmi les landes des Monts d’Arrée … Tout est possible et Rio un guide infatigable. Les photographies de Bruno Colliot sont simplement magnifiques et inspirées.

Sur les chemins de pèlerinage en France (Ouest-France. 256 p. 32 €) propose d’avancer sur des routes balisées par des siècles, voire des millénaires de piété, en fonction du temps dont vous disposez, et de vos capacités physiques. Deux heures suffisent pour faire le tour de Lisieux sur les pas de sainte Thérèse, il faut des semaines, voire des mois pour se mettre à la suite des jacquets ou de saint Colomban, parti d’Irlande pour s’arrêter à Bobbio non sans avoir fait halte à Luxeuil. Il en est pour tous les goûts : Tro Breizh en l’honneur des sept Saints fondateurs de Bretagne, halte au tombeau de saint Martin à Tours, de saint Gilles, de saint François Régis à La Louvesc, sanctuaires marials aux quatre coins de la France, de Boulogne à Rocamadour, de Querrien à Sion en passant par Lourdes, La Salette, Vassivière, Orcival, Béhuard, Verdelais et bien d’autres, pardons de sainte Anne d’Auray ou de saint Yves de Tréguier, troménie de saint Ronan, fête gitane des Saintes-Maries de la mer, marches sur les pas de saint Bruno, saint Dominique, du curé d’Ars ou des prêtres martyrs des pontons de Rochefort.

Vous trouverez là de quoi vous retremper l’âme tout au long des saisons.                                                                                                                                          

Les éditions de la Nuée Bleue, à Strasbourg, éditent une collection hors du commun, La grâce d’une cathédrale, qui permet de découvrir de manière exhaustive ces sanctuaires diocèse par diocèse. Désormais riche de vingt-six titres, la série allie la beauté de photographies spectaculaires, révélant des détails cachés invisibles au simple promeneur, à une érudition embrassant tous les domaines, les meilleurs spécialistes ayant tous été mis à contribution.

Parmi les derniers volumes parus, il faut signaler celui consacré à Saint-Louis des Invalides, la cathédrale des armées françaises (La Nuée bleue, 480 p ; 85 €). Voulue par Louis XIV à titre de chapelle de l’institution qu’il avait créée pour héberger les blessés, infirmes, mutilés et vétérans de ses campagnes militaires, d’abord fondue dans les perspectives linéaires de l’hôtel tel que l’avait conçu Libéral Bruant, l’église devait changer de visage lorsque Mansart la dota de son dôme spectaculaire, bleu et or, couleurs de la monarchie, en faisant pour longtemps l’édifice le plus haut de Paris. Somptueusement aménagé, le Roi-Soleil et ses successeurs  ayant fait appel aux plus grands artistes pour l’orner, Saint-Louis reste, en dépit de la Révolution qui la ravagea à l’instar des autres édifices religieux, d’une grande richesse en raison de ses fresques et de sa statuaire. Symboliquement scindée en deux après le rapatriement de la dépouille de Napoléon, qui alla reposer sous le dôme, en compagnie de quelques-unes des plus grandes gloires militaires de la France, l’église, même si le tombeau de l’empereur a tendance à l’éclipser dans l’esprit du grand public, demeure plus que jamais le lieu privilégié où se manifeste, lors d’obsèques et de cérémonies, la force du lien unissant l’armée et la nation. Cryptes, mobilier liturgique, statues, cloches, orgues, tombeaux, bas-reliefs, tout ce qui concourt à l’originalité de la cathédrale est ici étudié et montré dans le moindre détail. Et le rôle à part du sanctuaire parfaitement expliqué. Une grande réussite, comme, au demeurant, tous les autres titres de la série. Un seul défaut : le poids considérable du livre qui réclame, ou peu s’en faut, un lutrin.

Il s’agissait, à l’origine, d’une série d’émissions destinées à la chaîne Arte. Le réalisateur Jacques Debs et la scénariste Marie Arnaud ont souhaité en donner aussi une version imprimée. Ainsi est né l’album Monastères d’Europe, les témoins de l’invisible (Zodiaque, Arte Éditions. 252 p. 39 €). De l’Irlande à la Russie, de la Belgique à la Grèce, vingt monastères d’hommes ou de femmes, catholiques, catholiques orientaux ou orthodoxes, ont exceptionnellement ouvert leurs portes à l’équipe de télévision et permis de découvrir l’intimité de leur vie contemplative et de leur rapport à Dieu.

Certes, le format ne permet pas de pénétrer au cœur même d’un mystère que les réalisateurs tendent trop souvent à réduire, étonnés, au vœu de chasteté, mais, à travers les portraits de ces abbés, abbesses, moines et moniales, qui ne cachent pas leurs combats quotidiens, un monde déchristianisé peut appréhender quelque chose de ce choix radical, en apparence différent et pourtant semblable, que l’on ait choisi de s’enfermer au Mont Saint-Michel, au Mont Athos, à Jasna Gora ou à Iverski. Certaines de ces communautés, survivantes improbables de la période communiste, débordent de vocations, telle la Laure Saint-Serge avec ses 340 frères, d’autres ne comptent qu’un moine, revenu tout seul rendre vie à des monastères abandonnés. De jeunes communautés relèvent des maisons abandonnées par leurs fondateurs. Il faut laisser parler les images, superbes, plutôt qu’un texte parfois réducteur ou indiscret. Et garder cependant à l’esprit que, sauf secours spécial de la Providence, ces forteresses de la foi demeurent plus que jamais menacées.

Au désintérêt de nos contemporains pour le spirituel chrétien, systématiquement moqué, caricaturé, méprisé, s’ajoute partout une poussée d’un Islam radical qui, dans le passé, tenta plus d’une fois d’éradiquer ces bastions de la foi au Christ. Il ne faut pas grand-chose, dans une société qui a perdu ses valeurs et ses repères traditionnels, et qui, surtout, ne sait plus les défendre, moralement désarmée, pour qu’une persécution éclate contre un catholicisme occidental devenu minoritaire.

Publié alors que l’État islamique était au faite de sa puissance et à l’acmé de ses crimes, l’album de Katharine Cooper et Pierre Alexandre Bouclay, Peuples persécutés d’Orient, carnet de voyages de Palmyre au Champ des Merles (Le Rocher.160 p 35 €) n’est plus un reportage racontant l’actualité, il est devenu un document pour l’histoire. On y trouve, bien sûr, de bouleversantes photographies d’enfants chrétiens ou yazidis, kurdes, irakiens, syriens, simplement coupables de n’être pas musulmans, des portraits de jeunes filles d’une époustouflante beauté, qui ne voulaient plus être des proies sans défense pour les violeurs, les esclavagistes et les tueurs de Daesh, et apprenaient à se battre, des volontaires français partis à la rencontre de ces populations persécutées, décidés à faire exploser la chape de silence, de mensonges et de désinformation médiatique autour des événements. On y trouve surtout une réflexion sur le courage, l’engagement, et la nécessité d’apprendre à défendre sa liberté de vivre et de croire.

 

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