Mgr Nicolas Brouwet : « Le cœur d’un prêtre
est disponible pour tous »

Rédigé par Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Tarbes et Lourdes, propos recueillis par Odon de Cacqueray le dans Religion

Mgr Nicolas Brouwet : « Le cœur d’un prêtre <br>est disponible pour tous »

Mgr Nicolas Brouwet est évêque de Tarbes et Lourdes. Après avoir lu Des profondeurs de nos cœurs, il a accepté de répondre à nos questions et de nous livrer ses réflexions sur le livre du Cardinal Sarah et du pape émérite, ainsi que sur le célibat sacerdotal. 

Le cardinal Sarah et le pape émérite Benoît XVI ont sorti un livre sur le célibat sacerdotal, pourquoi ce sujet revêt-il une telle importance aujourd’hui ?

Deux éléments ont relancé la question du célibat des prêtres. Le synode sur l’Amazonie, d’une part, puisque les pères du synode ont voté une résolution favorable à l’ordination sacerdotale de diacres mariés. La question des abus sexuels commis par des clercs, d’autre part, certains prétendant que le mariage des prêtres aurait pu éviter ces abus. Le manque de prêtres dans nos diocèses est aussi un argument récurrent en faveur de l’ordination d’hommes mariés.

Les réponses qui circulent réduisent souvent le célibat des prêtres à une « discipline » qui se serait imposée dans l’Église catholique latine au Moyen Âge et qu’il serait temps de réviser parce qu’elle ne correspondrait plus à l’esprit du temps. Voilà pourquoi il fallait écrire ce livre. Je signale aussi le livre très intéressant du cardinal Marc Ouellet, Amis de l’Époux : Pour une vision renouvelée du célibat sacerdotal.

 

Comment comprenez-vous la volonté de Benoît XVI d’expliquer le célibat sacerdotal en recourant à l’Ancien Testament ?

Faire remonter la décision du célibat pour les prêtres à la réforme grégorienne ou au deuxième concile du Latran en 1239 est réducteur. Le choix de prendre les prêtres parmi les hommes qui ont reçu le charisme du célibat n’est pas une pure décision juridique prise tardivement. Elle s’enracine très profondément dans la vie de l’Église mais également dans l’Ancien Testament où, déjà, apparaît la figure du prêtre consacré pour le culte de Dieu. Il était mis à part pour se tenir devant le Seigneur et le servir, comme l’explique le pape émérite Benoît XVI, et cette consécration se traduisait concrètement par un renoncement à la possession d’une terre et par l’absence de relations conjugales au moment du service liturgique à Jérusalem. « Les prêtres doivent vivre seulement de Dieu et pour lui » (p. 53). Si notre sacerdoce catholique vient du Christ nous sommes aussi héritiers de la figure du prêtre de l’ancienne Alliance.

 

Au-delà du célibat est-ce une manière d’être prêtre et de recevoir le sacerdoce que propose le Pape émérite ?

La vie d’un prêtre est une offrande de soi à la suite de Jésus, bon pasteur et prêtre de la nouvelle Alliance. Le culte du Temple est pour nous une figure qui trouve son accomplissement dans l’offrande que Jésus a faite de lui-même sur la croix pour le salut du monde, à la fois autel, prêtre et victime. C’est dans cette offrande que se comprend notre ministère sacerdotal.

Cette dimension cultuelle de notre sacerdoce n’a rien perdu de son actualité, parce qu’en célébrant la messe, c’est toute l’humanité que nous offrons au Père par Jésus-Christ dans le feu de l’Esprit-Saint. Mais c’est également notre pauvre vie que nous présentons au Seigneur pour lequel, par grâce, nous avons tout donné. Le reste de notre mission, de notre journée, nos prédications, nos projets missionnaires, la célébration des autres sacrements, ne prennent sens que dans cette action fondamentale et quotidienne qu’est la célébration de la messe, où tout est déposé, remis entre les mains du Père.

 

Le célibat sacerdotal est-il remis en cause parce que son sens a été en partie perdu ?

Lorsque Jésus annonce à ses apôtres la possibilité d’un célibat pour le Royaume, il suggère tout de suite que cet appel ne sera pas compris par tous : « Qui peut comprendre, qu’il comprenne ! » (Mt 19, 12). Pourtant il y a, chez les catholiques, une véritable estime pour le célibat. Les fidèles comprennent, dans un regard de foi, qu’un prêtre s’est mis à la suite de Jésus célibataire venu offrir le salut à tous les hommes. Le cœur d’un prêtre est disponible pour tous, sans exclusivité et sans préférence. C’est cela qui fait la richesse de son célibat : il peut aller vers tous, le cœur libre, sans attachement. Et c’est aussi cela qui est apprécié par les fidèles : cette grande disponibilité qui n’est pas seulement celle de l’agenda mais celle du cœur profond livré entièrement au Christ. « Les pauvres et les simples, écrit le cardinal Sarah, savent discerner avec les yeux de la foi la présence du Christ-Époux de l’Église dans le prêtre célibataire. » (p. 85)

 

Le célibat sacerdotal n’est-il pas un moyen de revaloriser la vocation au mariage ?

On reproche parfois aux prêtres de ne pas être dans le monde parce qu’ils ne sont pas mariés. Ils ne connaîtraient pas les réalités de la vie. Rappelons qu’en janvier 2018, 41,3 % des Français de plus de 15 ans sont célibataires. Les prêtres ne sont pas seuls à vivre dans cet état de vie. En fait le célibat, pour nous, ouvre à la relation. Au début de mon ministère un prêtre m’avait dit que nous avions une vie « surrelationnelle », et c’est vrai. J’ai toujours rendu grâce pour la richesse des rencontres que j’ai faites dans mes différentes missions. Notre sacerdoce, vécu dans le célibat, nous ouvre un nombre considérable de portes.

Prêtre célibataire ou fidèle engagé dans les liens du mariage, la vie prend le sens d’une offrande, d’un amour donné. Le célibat n’est pas du tout une privation de sa capacité d’aimer et d’être aimé. S’il était vécu ainsi il serait vraiment déshumanisant. Un cœur de prêtre est fait pour aimer. Il le fait à la manière et à la suite du Christ époux, du Christ entièrement livré par amour à l’humanité. Et ce don de soi pour l’humanité et dans l’Église a du sens ; il comble la vie d’un prêtre.

S’il y a une émulation entre les prêtres et les couples dans les paroisses, c’est parce que chacun de ces états de vie est une offrande d’amour à la suite de Jésus. Et si les prêtres, dans leur don d’eux-mêmes, dans la fidélité à leurs engagements, sont un encouragement pour les fidèles engagés dans le sacrement du mariage, l’inverse est également vrai : le témoignage des couples mariés est extrêmement précieux pour un prêtre.

 

Le cardinal Sarah et le Pape émérite rappellent qu’aux premiers siècles les hommes mariés ordonnés prêtres s’engageaient à l’abstinence. Les discussions autour du célibat sacerdotal ne sont-elles pas tout simplement dues à un manque de profondeur historique ?

Je ne crois pas qu’on puisse comprendre le célibat sacerdotal par des études historiques. Il fait peur à certains parce qu’ils n’y sont pas appelés. Ils pensent que seul l’état du mariage est une garantie pour l’équilibre humain. Mais je ne suis pas du tout convaincu que le mariage soit une voie plus facile. J’ai suffisamment confessé et accompagné des gens mariés pour le savoir. Ce qui manque pour comprendre le célibat, c’est un regard de foi, et une action de grâce pour la différence des états de vie dans l’Église qui sont une incroyable richesse humaine et spirituelle.

 

En tant qu’évêque comment appréhendez-vous le célibat sacerdotal ?

Il est une grande chance pour l’Église. Le prêtre célibataire témoigne de la présence du Christ qui s’est entièrement donné à l’Église, comme l’époux à l’épouse. Et, par son ministère, par sa disponibilité, par tout ce qu’il entreprend pour l’annonce de l’Évangile, par son humble fidélité, il dit à la communauté des fidèles tout l’amour, l’attention qu’il a pour elle, à la manière de Jésus. Il n’a pas d’à-côté, il n’a pas d’autre refuge, il n’a personne à protéger. Toute sa vie est offerte dans ce ministère.

Benoît XVI souligne aussi plusieurs fois que le célibat, pour prendre tout son sens, doit être vécu dans une certaine sobriété de vie, une forme de renoncement à tout le confort matériel qui est à notre disposition. À cela s’ajoute aussi la disponibilité à la mission confiée par l’évêque. C’est un grand dépouillement de ne pas choisir sa mission mais de la recevoir et de se tenir prêt à changer, à partir, à se déplacer. Le célibat permet cette liberté et cette disponibilité pour être envoyé.

Comme évêque je suis témoin de cette générosité chez les prêtres de mon diocèse et chez ceux que je connais. Combien de prêtres offrent un visage joyeux, serein, du ministère sacerdotal ! Et combien leur mission est féconde dans l’Esprit-Saint ! J’aimerais les remercier, les encourager et leur dire combien, nous, comme évêques mais aussi comme pères, frères et amis de nos prêtres, nous leur sommes reconnaissants pour le témoignage qu’ils nous offrent. Qu’ils soient vraiment bénis par le Seigneur !

 

 

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