Allez à Joseph

Rédigé par Anne Bernet le dans Religion

Allez à Joseph

La dévotion à Saint Joseph était passée de mode, comme tant d’autres, au lendemain du concile Vatican II. D’ailleurs, quelle place accorder au patron des pères de famille et des époux dans un monde en pleine révolution post-soixanthuitarde où les femmes revendiquaient leur droit d’exister sans enfant ni mari, et où les hommes, sous peine d’être accusés de sexisme et de machisme, n’avaient plus qu’à se taire ?

Est-ce parce que ce nouveau « modèle parental » ne fonctionne pas si bien que cela que saint Joseph revient, au moins dans certains milieux catholiques où l’on a pris conscience de la nécessité urgente de son patronage ? 

Le frère Dominique Joseph, de l’Ordre de Saint Joseph, appartient à une congrégation qui a choisi de placer cet homme silencieux au cœur de sa vie et de sa vocation. Il a donc beaucoup médité sur la personnalité de Joseph et le message qu’il délivre, par son exemple, au monde actuel. Pensées spirituelles sur saint Joseph (Artège 113 p ; 9,90 €.) est le fruit de ces méditations. 

Présentées sous forme de brèves réflexions thématiques, ces « pensées spirituelles » démontrent combien Joseph, s’il choisit, confronté à l’immensité divine, de se taire, preuve d’une immense sagesse car que dire quand le Verbe repose dans vos bras, n’en est pas moins un homme fort, courageux, obéissant et juste qui tiendra à la perfection son rôle de chef de famille auprès de l’Enfant divin et de sa très sainte Mère. C’est dans le renoncement à sa volonté propre, l’abandon de ses projets personnels, l’adhésion entière au plan de Dieu sur lui, pour déconcertant qu’il soit, que Joseph, « celui qui accroît », œuvra pour son Seigneur et Fils. C’est à travers lui, mystère ineffable, que le Père se révéla, et donna une idée de son amour paternel pour l’humanité. C’est encore à travers lui, et de ses souffrances face au dépouillement de son Dieu fait homme et de sa Mère, que l’on peut appréhender un peu les souffrances du Père associées à celles du Fils incarné et comprendre jusqu’où est allé l’amour divin envers nous.

Bien loin de son imagerie pieuse, voici Joseph, prince de la Maison de David et digne de porter la couronne royale, modèle, exemple et recours pour tous jusqu’au dernier souffle. Chacune de ces courtes pensées ouvre à de profondes méditations.

Resituer Joseph dans son époque et son milieu afin d’en mieux appréhender les grandeurs : tel est l’objectif du frère Noël-Marie Rath, auteur de Vivre du Christ avec saint Joseph (Salvator ; 160 p ; 17 €.)

Vivre du Christ, vivre avec le Christ devrait être le but de toute vie chrétienne. Quel meilleur maître peut nous enseigner l’art d’entrer dans l’intimité de Jésus sinon Joseph qui l’éleva, le nourrit, le vit grandir et lui enseigna tout ce qu’il savait ? Parce qu’il vécut toutes les difficultés du quotidien, Joseph est aussi le plus capable de nous aider à les résoudre dans la foi et la confiance en Dieu.

Mais qui est-il ? Le frère Noël-Marie Rath nous rappelle que Joseph, héritier du Joseph de la première alliance, fut de tout temps choisi de Dieu, et promis à cette mission démesurée de tenir auprès du Sauveur la place et le rôle du Père. Il nous rappelle aussi que Joseph, fils de David, prince de la Maison d’Israël, n’était pas le premier venu et que son métier de charpentier, pour être manuel, était cependant des plus considérés. En entrant dans le contexte biblique et juif, la grandeur de Joseph « le juste », mot qui, là encore, réclame des explications, apparaît plus vive, tout comme s’éclaire mieux la validité de son mariage avec Marie aux yeux de la Loi. De la réalité de ce mariage, pour virginal qu’il soit, découle la réalité de la vie familiale menée à Nazareth où cette petite « trinité » domestique constituait non seulement une vraie famille, mais l’archétype même de toute famille. À l’heure où celle-ci est attaquée de toutes parts, et le rôle du père contesté ou réduit à néant, il faut plus que jamais, comme la Bible et les saints nous y engagent : « aller à Joseph ». C’est par son intermédiaire que viendront les secours et les grâces célestes.

Patron de l’Église, protecteur des familles, modèle des pères, des artisans et de tous ceux qui peinent pour assurer aux leurs le pain quotidien, inépuisable recours dans les difficultés matérielles de la vie quotidienne, patron de la bonne mort : que de raisons d’invoquer saint Joseph et d’en appeler à son aide !

Reste à savoir le prier. Marie Boyer, en s’inspirant de textes anciens dont elle a sagement conservé l’esprit tout en en modernisant un peu l’expression, propose une remarquable neuvaine à l’époux de Notre-Dame (Neuvaine à Saint Joseph. Salvator ; 45 p ; 3,90 €.), accompagnée des explications nécessaires pour ne pas confondre dévotion et pratiques magiques, et d’un choix de prières classiques à saint Joseph adaptées à toutes les circonstances. À utiliser sans hésitation et sans limites.

Et si, en ce mois de Saint Joseph au contexte si particulier, alors qu’en renonçant au culte public, l’Église rompt avec tous ses usages, au risque de se priver d’une bonne partie des secours célestes auxquels Elle recourait traditionnellement avec succès, vous souhaitez, afin de remplacer la messe du 19 mars, renchérir dans vos dévotions, prenez Les sept douleurs et les sept allégresses de saint Joseph, (Téqui. 155 p. 10 €), présentées par le Père Dominique Chanet.

Au XVe siècle, deux frères franciscains qui s’étaient embarqués pour les Flandres firent naufrage loin des côtes par une mer démontée. Depuis huit jours que durait la tempête, les bons frères n’avaient cessé, sans succès, d’inviter leurs compagnons de voyage à invoquer le secours de saint Joseph. La nef alla finalement par le fond, entraînant dans les abysses ses trois cents passagers. Seuls les deux religieux, qui n’avaient cessé de prier le virginal époux de Marie, survécurent, accrochés à un morceau d’épave, situation qui n’avait au demeurant rien d’enviable. Ils ne cessèrent point pour autant d’appeler à leur aide le père nourricier du Sauveur. Or, après trois jours et trois nuits ballottés par les flots, un « jeune homme rayonnant de joie » apparut et leur dit : « Dieu vient à votre secours. N’en doutez pas. » Aussitôt, les naufragés se retrouvèrent en sécurité sur la terre ferme. Le jeune homme, détail intéressant tant il rompait avec l’usage iconographique du temps qui présentait le saint sous les traits d’un vieillard chenu, leur dit alors : « Je suis Joseph, le très digne époux de la très grande Mère de Dieu, auquel vous vous êtes fort recommandés. C’est pourquoi j’ai été envoyé par le Seigneur d’infinie bonté afin de vous sauver. » Puis il leur révéla que quiconque, « pourvu que la grâce demandée soit juste, c’est-à-dire conforme à la volonté de Dieu » verrait sa prière exaucée à condition, pendant un an, de réciter chaque jour sept pater et sept ave en l’honneur de Joseph.

Cette persévérance dans la prière rappelle que le saint charpentier de Nazareth, s’il exauce toujours et puissamment, n’est pas toujours pressé … 

Pour vous aider à tenir le rythme, le Père Chanet présente et médite ces sept douleurs et ces sept allégresses de saint Joseph en s’appuyant sur les révélations qu’une religieuse bénédictine du Saint Sacrement de Montefiascone en Italie, sœur Maria Cecilia Baj, reçut au début du XVIIIe siècle. Cette Vie de saint Joseph, publiée en 1736, s’inscrit dans la ligne des révélations privées d’une Marie d’Agreda ou d’une Anne Catherine Emmerich et l’Église n’en fait évidemment pas des vérités de foi. Même si le style, très vieilli, peut agacer, vous y trouverez cependant de très belles réflexions sur les angoisses et les joies de Joseph.

Priez-le. Avec persévérance. Il ne déçoit pas. Cela, tous ses dévots le savent.

 

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