Continuité de l’enseignement scolaire :
un exemple

Rédigé par Michel Valadier, directeur de groupe scolaire Saint-Dominique du Pecq, propos recueillis par Odon de Cacqueray le dans Politique/Société

Continuité de l’enseignement scolaire : <br>un exemple

Quels sont les moyens à disposition des établissements pour assurer la classe à tous les élèves malgré le confinement sanitaire forcé ? Un directeur donne des solutions.

 

Comment vous êtes-vous organisés face à la fermeture des écoles à cause de l’épidémie de coronavirus ? 

Avant la fermeture nous avons pris les mesures sanitaires de base : suppression de tous les torchons par les contacts desquels les élèves pourraient se contaminer, désinfection toutes les deux heures de toutes les poignées de porte des classes et des bâtiments et consignes données aux élèves de se laver les mains à chaque récréation. Ce qui était moins évident pour les plus petits qu’il fallait accompagner. Nous avions également mis du gel hydroalcoolique dans les salles de professeurs, etc.

Dès l’annonce de la fermeture des classes, nous avons immédiatement, pendant le week-end, mis en place un système de cours à distance. Nous avons identifié un logiciel qui permet aux professeurs d’inviter sur une base identique l’ensemble des élèves de leur classe, de faire cours, de montrer les documents. Nous avons mis ce procédé en place en urgence pour les classes du lycée. Pour les autres classes, du collège et du primaire, nous mettons en place un système de conférences téléphoniques basique qui permet aux élèves d’appeler avec un téléphone seulement. En effet, dans beaucoup de familles de nos élèves, il y a des fratries nombreuses, souvent elles n’ont qu’un seul ordinateur, il faut donc pouvoir les faire travailler avec les moyens du bord. Le téléphone fixe doit pouvoir être mis à contribution, de même que les téléphones portables les plus simples. Ceux qui sont dotés d’un « smartphone » pourront cette fois en avoir une utilisation utile. Une ou deux fois par semaine, les professeurs réuniront leurs élèves par ce biais pour répondre aux questions. 

En amont, nous utilisons le logiciel Scolinfo qui permet d’envoyer le travail aux élèves, qui peuvent y voir leurs notes et récupérer le travail à faire. 

Les moyens techniques nous permettent aujourd’hui d’avoir une communication avec les élèves par le biais de ces messageries. Une des difficultés auxquelles les familles vont être confrontées, c’est l’impression de tous ces documents. Nous ne savons pas encore s’il existe des risques de pénurie d’encre ou autres. Nous nous adaptons. 

Nous assurons les principales disciplines en proposant aux parents (du secondaire) de mettre leurs élèves au travail en respectant les créneaux établis dans leur emploi du temps classique. En terminale, même le professeur de sport donne ses instructions : ils préparent l’épreuve du bac de fin d’année. 

Nous allons rencontrer d’autres difficultés. Nous devons remplir les dossiers de Parcoursup avant le 1er avril pour les élèves de terminale. Nous nous réunissons habituellement à cet effet mais nous ne le pourrons pas physiquement cette année. Les conseils de classe devront se faire au téléphone. Tous les ans nous allons dans les classes préparatoires dans le courant du mois de mars ou du mois d’avril, pour leur proposer les dossiers de nos élèves. Cette année nous ne le pourrons pas. 

 

Concernant les évaluations, comment vous organisez-vous ? 

Avec l’aide des parents, nous maintenons les devoirs sur table du samedi matin. Nous leur demandons de mettre leurs lycéens en conditions d’examen, en respectant le matériel autorisé et en écartant les cours. Leurs enfants doivent leur rendre les copies dans le temps imparti habituellement. Chacun a sa conscience. Ce procédé permettra de garder un système de notation fiable.

C’est une formule que nous connaissons bien puisque lorsque des parents d’élèves venant d’autres établissements veulent inscrire leurs élèves chez nous, il nous arrive de faire passer l’examen d’entrée à distance, une famille habitant Dubaï ne faisant pas un aller-retour pour ce type de procédure. Nous envoyons alors les sujets et nous demandons aux parents de mettre leurs enfants en conditions d’examen. 

 

L’État apporte son aide aux établissements publics et privés sous contrat, bénéficiez-vous, vous aussi, de son soutien ? 

La réponse est non, en ce sens que le CNED donne des codes aux professeurs des classes privées sous contrat et permet à leurs élèves de s’inscrire sur « Ma classe à la maison », une plateforme de communication entre élèves et professeurs. 

Même si nous n’y avons pas accès, l’impact est limité dans la mesure où nous avons bien expliqué aux élèves et aux professeurs qu’ils ne sont pas en vacances. Chaque professeur reste responsable de la progression de ses élèves pendant cette période de confinement. Je constate que les professeurs prennent ces décisions très au sérieux. Même trop peut-être, puisque nous avons eu des demandes de parents pour avoir un peu de souplesse dans le travail à rendre. En effet, l’organisation de chaque famille a pu demander du temps et ne pas en laisser suffisamment pour répondre aux exigences des professeurs. Il y a tout un environnement à recréer. 

Je constate que ce qui est proposé par le CNED est assez léger. Si ce n’est pas complété par les professeurs du public ou du privé sous-contrat, il va y avoir une baisse de niveau dans les établissements concernés et une absence de progression sensible. 

 

Il y a le risque de voir des écarts de niveau se créer en fonction de l’assiduité des uns et des autres. Comment comptez-vous les pallier ? 

Si l’école reprend fin avril, début mai, il sera possible aux professeurs d’évaluer l’étendue d’un éventuel écart et de mettre en place des révisions. Nous n’excluons pas de supprimer des jours de congé sur les ponts du mois de mai pour rattraper le retard. 

Le problème ne se pose pas pour les classes de première et terminale où les élèves sont très motivés par la perspective des examens de fin d’année. Sachant que les examens du bac risquent d’être aménagés cette année. 

 

Pour ceux qui ne sont pas parents d’élèves, y a-t-il des moyens de vous aider ?

Si le confinement se prolonge, nous allons sûrement devoir mettre en place des réductions de scolarité. Nous allons également maintenir les salaires du personnel et des professeurs. Je vois donc deux types d’aides possibles : prier saint Joseph en ce mois de mars, et après, bien sûr, pour que l’école puisse reprendre dans de bonnes conditions et que les parents d’élèves ne soient pas touchés par la crise économique qui va suivre immanquablement, une fois que le virus sera maîtrisé ; et nous envoyer des dons, nous risquons d’avoir des baisses de recettes. 

 

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