De la communion spirituelle et autres sujets…

Rédigé par Abbé Hervé Benoît le dans Religion

De la communion spirituelle et autres sujets…

Décidément, plus on y songe, et plus cette épidémie, pardon, cette pandémie, qu’elle ne soit que passagère ou prolongée, semble accumuler les avantages et les qualités. Que l’on me comprenne bien, pas question d’ironiser sur le malheur des gens. La maladie et la mort sont des choses sérieuses. La misère et le désespoir qui vont probablement suivre, touchant une fois de plus les plus pauvres et les plus fragiles, ne réjouissent personne. Mais que sont-elles au regard de l’éternité ? Là où le monde en crise, depuis le Prologue de saint Jean et jusqu’à la fin du monde, attend des paroles de commisération plus ou moins sincères, et une sorte d’empathie humanitaire obligatoire, un chrétien, et qui plus est un prêtre catholique, sont dans l’obligation de parler « évangéliquement » et « radicalement ». Foin des tergiversations ! Ces bouleversements, attendus, prévus, logiques, eu égard aux folies de notre temps, à sa course à l’abîme, n’auront surpris que ceux qui ont bien voulu l’être. Retour au réel, au bon sens, aux vertus cardinales de prudence et de tempérance, autant de fruits positifs que nous pourrions recueillir, une fois la crise passée… si nous le voulions bien, et en attendant la prochaine. C’est l’Apocalypse au sens étymologique du terme, c’est-à-dire le « dévoilement » de la réalité des choses, dans le projet de Dieu et malgré la folie des hommes. Réveils salutaires, mais sans se faire beaucoup d’illusions sur la capacité congénitale de l’homme à s’illusionner, et à oublier ses erreurs, plutôt que d’en tirer des leçons. Inutile de se bercer d’illusions non plus sur d’hypothétiques « retour à la religion » qui ne trompent personne. Si la peur, selon la sagesse populaire, est mauvaise conseillère, elle ne constitue pas, hors cas particulier, une base saine pour un retour à la foi. Aussitôt le danger passé, le « chien retourne à ses vomissements », dit cruellement l’Écriture.

Ces évènements mettent aussi à nu quelques disfonctionnements dans nos esprits et dans notre pratique, du moins quelques ambiguïtés, vis à vis de ce sacrement. Il n’existe pas de « droit » à l’Eucharistie. Il ne s’agit pas d’un bien spirituel que nous pourrions manipuler et « utiliser » à notre guise, réclamer à cor et à cri lorsque nous en serions privés. Rappelons que les sacrements sont des signes de la grâce divine, purement gratuits. Ils sont à recevoir avec reconnaissance, ils sont désirables, mais, attention, autant que Dieu permet, selon les dispositions qu’il a établi pour que nous les recevions. « Le Seigneur a donné… le Seigneur a repris… Qu’il soit béni ». Il y a quelque perplexité à voir certains sortir brusquement du bois, pour récriminer, que l’on sentait auparavant assez peu soucieux de vivre « eucharistiquement ».

Par contre, cerise sur le gâteau, ces temps ont ramenés au premier plan le thème de la communion spirituelle. Que n’a-t-on pas ironisé sur le sujet, dans mes jeunes années cléricales. Il n’y avait là une spiritualité dépassée et ringarde ! Oubliant que, pour tant de raisons, maladie, vieillesse, isolement, persécutions, des chrétiens de tous les temps, n’ont pas toujours pu accéder aisément à la Sainte Eucharistie, et devaient bien continuer à vivre, et même à vivre saintement sans elle. Humour et patience du Bon Dieu qui conduit le monde à sa façon. Par ailleurs, l’esprit du temps, pour n’incriminer personne, ce n’est pas le moment, avait fait du Saint Sacrement de la présence réelle du Seigneur, un signe de ralliement pour des causes bien humaines, un objet de querelles, d’empoignades pastorales, de « droit de l’homme », d’une instrumentalisation propagandiste, etc., bref, réduisant et utilisant le « Mystère de la foi ». Tout cela méritait quelques remises en ordre.

Bref, pour quelques temps, l’accès à la Sainte Eucharistie va être restreint. Cependant, les prêtres vont continuer à offrir le Saint Sacrifice et la prière de l’Eglise monter vers le Ciel. Pas de panique. Concrètement, la communion spirituelle, c’est le fait de vivre, au moment même où les circonstances nous privent légitimement de ce sacrement, dans les dispositions identiques à celles que nous devrions avoir avant, pendant et après une communion sacramentelle. On ne fera pas l’injure aux lecteurs de L’Homme Nouveau de les rappeler ici, elles sont bien connues. Se préparer spirituellement à recevoir Notre Seigneur, avec tous les égards dus au rang de ce visiteur divin, en particulier par la confession (au moins intérieure) de ses péchés. S’associer à sa Passion et à l’offrande du sacrifice pour le salut du monde. S’unir à l’Église, avec laquelle nous restons plus que jamais en communion, en offrant notre vie pour nos frères. En d’autres termes, tout faire comme si…, même si, pour le moment, ce n’est pas possible. On y ajoutera, dans les circonstances d’une communion retardée, la résolution de continuer cette bonne préparation même lorsque la possibilité de communier sera revenue à la normale.

Les fruits d’une telle pratique seront, en définitive, les mêmes que ceux d’une communion « normale » : la grâce sanctifiante, c’est-à-dire l’accroissement de la charité, de notre foi en la présence de Notre Seigneur dans le sacrement, de notre union à Jésus, de notre fidélité à l’Église. Que ces moments difficiles accroissent en nous le désir de l’Eucharistie.

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