Au quotidien-n°2 (Revue de presse du confinement)

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien-n°2 (Revue de presse du confinement)

Dans son édito de Marianne (20 au 26 mars), reprenant les paroles du chef de l’État « nous sommes en guerre », Natacha Polony estime que la France se trouve confrontée à une « drôle de guerre ». Un petit air de 1940, Internet en plus :

 

Comme une suspension du temps. Une étrange sensation de flottement qui nous laisse sans prise sur le monde. « Nous sommes en guerre ». Soit. Il nous fallait sans doute ces accents martiaux pour prendre conscience de la nécessité d’enfin bloquer la contagion. Et tout cela semble à la fois absurde et tragique. Pour nous qui n’avons pas vécu la guerre, et qui ne connaissons de l’exode que les photos des longues colonnes de fuyards ou les images terribles de « Jeux interdits », pour nous qui n’avons jamais manqué de rien, jamais connu l’angoisse des tickets de rationnement, les morsures du froid et de la faim, deux ou trois semaines de confinement prennent des allures de cataclysme. C’est sans doute la première fois dans l’histoire qu’une guerre se fera tranquillement installé devant son écran d’ordinateur, avec pour principale crainte un engorgement de la bande passante. Les générations futures retiendront de nous que nous étions assez prompts à nous payer de mots. À nous approprier sans vergogne l’engagement admirable des soignants confrontés, eux, à l’urgence, à la détresse et parfois au manque de moyens.

 

Dans Le Monde (24 mars), avec un vocabulaire choisi, on constate que les consignes de confinement passent mal dans les banlieues :

 

Même constat dans les quartiers nord d’Asnières (Hauts­-de­-Seine) où Zouhair Ech Chetouani, leader associatif qui se dit « très inquiet » du non ­respect des consignes et décrit des situations qui « partent en vrille ».

« La police a dû utiliser une grenade de désencerclement dans le quartier des Courtilles, raconte­-t­-il. Entre les conditions de vie en appartement difficiles, les fake news, les vidéos conspirationnistes dont les jeunes s’abreuvent, le flou du discours du président de la République qui n’a pas prononcé le mot “confinement” et la certitude que, en tant que jeunes, ils ne sont pas concernés, ça rend les choses très compliquées. » « Les forces de l’ordre vont être obligées de fermer les yeux dans quelques cas, sinon la ville va exploser », craint André Lazaoui, de l’association Roubaix Sport et Culture.

En Ile­-de­-France, les autorités redoutaient, avec l’arrivée du week­-end, les regroupements de jeunes refusant le confinement. « Nos collègues nous disent que c’est catastrophique, notamment sur le 93 », assure Christophe Rouget, du Syndicat des cadres de la sécurité intérieure, première organisation chez les officiers. A Bobigny, cité Paul­-Eluard, des policiers ont été caillassés dans leur véhicule. A Sevran, Aulnay, ou au Blanc­-Mesnil, les forces de l’ordre ont constaté une « situation agitée » avec des attroupements, en début de soirée samedi, avant que la situation ne s’apaise après minuit.

 

Politique Magazine (article en ligne, 19 mars) pointe ce que la crise actuelle révèle, notamment, au plan économique :

Selon les secteurs d’activité, cette crise révèle des maux de différentes natures. Dans le domaine industriel, l’éclatement des chaînes de production et la gestion en flux tendus, s’ils permettent de faire baisser certains coûts, rendent aussi la production tributaire de ce qui se passe à l’étranger. Ils conduisent à une perte d’indépendance et dans la mesure où les phénomènes touchent des secteurs stratégiques (Santé, Défense…) ils portent directement atteinte à la souveraineté nationale. On savait qu’ils étaient une cause du chômage de masse (dont on cherchait à masquer le drame derrière des allocations de plus en plus réduites), on découvre qu’ils mettent en danger le fondement même du bien commun.

L’importance prise par l’industrie des loisirs est telle que son arrêt, même provisoire, met en précarité un très grand nombre de personnes. Mais il révèle aussi combien elle est source de pollution. Les images de la terre prises par satellite depuis l’arrêt de nombreux transports aériens montrent que les nuages de gaz toxiques se sont en partie dissipés. On savait qu’un afflux de touristes dégradait sensiblement les sites visités, on a la preuve que leurs déplacements abiment sensiblement la qualité de notre environnement…

Globalement le système actuel est maintenu sous perfusion permanente par les banques centrales qui inondent la terre de fausse monnaie en prêtant aux banques commerciales des sommes qui ne sont pas véritablement utiles pour l’économie réelle mais viennent faire enfler artificiellement la valeur des actifs financiers. Les perspectives de perte de chiffres d’affaires des grandes entreprises a fait chuter le prix des actions entraînant, dans leur sillage tous les « véhicules » financiers inventés par les opérateurs de marché pour participer au grand casino de la Bourse. Or pour acquérir ces titres que l’on voyait toujours monter, les « investisseurs » se sont tous plus ou moins endettés. Mais si la valeur de ces titres a chuté, le montant des emprunts contractés, lui, n’a pas varié. Beaucoup ne pourront donc pas être remboursés, risquant d’entraîner dans leur chute les banques les plus actives dans ce secteur.

 

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