Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice

Rédigé par un moine le dans Religion

Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice

Le coronavirus, s’il a pratiquement supprimé toutes les activités du Pape, ne l’a pas empêché de poursuivre son enseignement sur les Béatitudes, avec celle des assoiffés de justice, quatrième des béatitudes de saint Matthieu et deuxième de saint Luc. Notons que ce dernier semble n’énoncer qu’une situation d’ordre physiologique : « Bienheureux vous qui avez faim maintenant car vous serez rassasiés ». Saint Matthieu, au contraire, aborde une réalité d’ordre spirituel et universel : « Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice ». La faim, comme la soif, dénote chez l’homme le besoin de se nourrir pour ne pas mourir. Il ne s’agit pas d’un désir particulier, mais bien d’une exigence vitale et quotidienne. C’est pourquoi, dans le Notre-Père, Jésus nous fait demander au Père notre pain quotidien. Mais pour saint Matthieu, il ne s’agit pas de n’importe quelle faim. Il parle de « faim et soif de justice ». Dans l’Ancien Testament, que Jésus n’est pas venu abolir mais accomplir, la justice faisait du Tsadiq non seulement un juste mais encore un homme de Dieu, en un mot un saint. 

Tout le monde à l’heure actuelle parle de justice et de droit, mais justice et droits de l’homme n’ont jamais été autant violés de nos jours. Que l’on songe par exemple à l’avortement devenu un droit de la femme, alors qu’il supprime chez l’enfant son droit premier et fondamental qui est celui d’exister. L’injustice abonde dans notre société malade et en fin de règne, mais qui paradoxalement ressent le besoin d’une vraie justice tant sociale qu’individuelle. Chaque homme, chaque nation ressent le besoin d’être libre, sinon les autres commettent envers eux une profonde injustice. Dieu permet cela souvent comme une épreuve. Que l’on songe par exemple pour les juifs ce que fut la servitude d’Égypte ou plus tard l’exil à Babylone. Dieu fait alors justice à son peuple en devenant son « Goël », c’est-à-dire son sauveur et en le libérant de toute servitude. La justice totale est alors accomplie.

Mais la justice de la quatrième béatitude va encore plus loin, car elle revendique le légitime besoin d’une justice que chaque homme porte en son cœur. Saint Matthieu développera après les Béatitudes cette justice nouvelle qu’apporte Jésus : « Moïse vous a dit..., moi je vous dis ». Il s’agit non plus d’une justice purement humaine mais de celle qui s’origine en Dieu. La faim et la soif de justice dépassent donc largement la faim physique. On peut trouver dans les Psaumes plusieurs aspirations à la justice de ce genre. Les Pères de l’Église parlèrent volontiers d’un désir naturel et même d’une inquiétude qui habite dans le cœur de tout homme. Et nous connaissons la phrase fameuse de saint Augustin : « Vous nous avez faits pour vous Seigneur, et notre cœur sera toujours inquiet tant qu’il ne reposera pas en vous. » Cette faim et cette soif en tout homme nous font désirer la vérité tout entière. Elles sont source de lumière, mais d’une lumière qui provient de Celui qui a dit : « Je suis la lumière du monde ». Voilà pourquoi de tels justes reçoivent la récompense d’être rassasiés. Demandons au Seigneur cette faim de la splendeur de la vérité, cette faim de Jésus qui a rassasié tous les saints. Demandons-lui par Marie cette soif de l’eau vive que demandait à Jésus la Samaritaine, cette soif d’eau vive qui faisait dire à saint Ignace d’Antioche : « Mon désir terrestre a été crucifié, et il n’y a plus en moi de feu pour aimer la matière, mais en moi une eau vive qui murmure et qui dit au-dedans de moi: Viens vers le Père ». C’est la soif de ceux qui remplis de l’Esprit peuvent dire Abba Père !

 

 

 

PAPE FRANÇOIS 

AUDIENCE GÉNÉRALE

Bibliothèque du palais apostolique
Mercredi 11 mars 2020

Chers frères et sœurs, bonjour!

Au cours de l’audience d’aujourd’hui, nous continuons à méditer sur la voie lumineuse du bonheur que le Seigneur nous a donnée dans les Béatitudes, et nous arrivons à la quatrième: «Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés» (Mt 5, 6).

Nous avons déjà rencontré la pauvreté d’esprit et les larmes; à présent, nous affrontons un autre type de faiblesse, celle liée à la faim et à la soif. Faim et soif sont des besoins primaires, qui concernent la survie. Cela doit être souligné: il ne s’agit pas ici d’un désir générique, mais d’une exigence vitale et quotidienne, comme la nourriture.

Mais que signifie avoir faim et soif de justice? Il n’est bien sûr pas question ici de ceux qui cherchent une vengeance, au contraire, dans la béatitude précédente, nous avons parlé de douceur. Certes, les injustices blessent l’humanité; la société humaine a un besoin urgent d’équité, de vérité et de justice sociale; rappelons que le mal subi par les femmes et les hommes du monde arrive jusqu’au cœur de Dieu le Père. Quel père ne souffrirait-il pas pour la douleur de ses enfants?

Les Ecritures parlent de la douleur des pauvres et des opprimés que Dieu connaît et partage. Pour avoir écouté le cri d’oppression élevé par les enfants d’Israël — comme le raconte le livre de l’Exode (cf. 3, 7-10) — Dieu est descendu libérer son peuple. Mais la faim et la soif de justice dont parle le Seigneur est encore plus profonde que le besoin légitime de justice humaine que chaque homme porte dans son cœur.

Dans le même «discours sur la montagne», un peu plus loin, Jésus parle d’une justice plus grande que le droit humain ou que la perfection personnelle, en disant: «Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux» (Mt 5, 20). Et cette justice est la justice qui vient de Dieu (cf. 1 Co 1, 30).

Dans les Ecritures, nous trouvons exprimée une soif plus profonde que celle physique, qui est un désir placé à la racine de notre être. Un psaume dit: «Dieu, c’est toi mon Dieu, je te cherche, mon âme a soif de toi, après toi languit ma chair, terre sèche, altérée, sans eau» (Ps 63, 2). Les Pères de l’Eglise parlent de cette inquiétude féconde qui habite le cœur de l’homme. Saint Augustin dit: «Tu nous as faits pour toi Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose pas en toi» (Les confessions, 1, 1.5). Il existe une soif intérieure, une faim intérieure, une inquiétude...

Dans chaque cœur, même de la personne la plus corrompue et éloignée du bien, est caché un désir de lumière, même s’il se trouve sous des décombres de tromperies et d’erreurs, mais il y a toujours la soif de vérité et de bien, qui est la soif de Dieu. C’est l’Esprit Saint qui suscite cette soif: c’est Lui l’eau vive qui a façonné notre poussière, c’est Lui le souffle créateur qui lui a donné vie.

Pour cela, l’Eglise est envoyée pour annoncer à tous la Parole de Dieu, imprégnée d’Esprit Saint. Parce que l’Evangile de Jésus Christ est la plus grande justice qui puisse être offerte au cœur de l’humanité, même si elle ne s’en rend pas compte (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 2017: «La grâce du Saint-Esprit nous confère la justice de Dieu. En nous unissant par la foi et le baptême à la Passion et à la Résurrection du Christ, l’Esprit nous fait participer à sa vie»).

Par exemple, quand un homme et une femme se marient, ils ont l’intention de faire quelque chose de grand et de beau, et s’ils conservent cette soif vivante, ils trouveront toujours la voie pour aller de l’avant, dans les problèmes, avec l’aide de la Grâce. Les jeunes ont eux aussi cette faim, et ils ne doivent pas la perdre! Il faut protéger et nourrir dans le cœur des enfants ce désir d’amour, de tendresse, d’accueil qu’ils expriment dans leurs élans sincères et lumineux.

Chaque personne est appelée à redécouvrir ce qui compte vraiment, ce qui fait bien vivre et, dans le même temps, ce qui est secondaire, et ce dont on peut facilement se passer.

Jésus annonce dans cette béatitude — faim et soif de justice — qu’il y a une soif qui ne sera jamais déçue; une soif qui, si on y répond, sera étanchée et qui aura toujours une heureuse issue, parce qu’elle correspond au cœur même de Dieu, à son Esprit Saint qui est amour, et également à la semence que l’Esprit Saint a semée dans nos cœurs. Que le Seigneur nous donne cette grâce: d’avoir cette soif de justice qui est précisément la volonté de le trouver, de voir Dieu et de faire du bien aux autres.

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