Au quotidien-n°28 (Revue de presse du confinement)

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien-n°28 (Revue de presse du confinement)

Chaque matin, la rédaction de L'Homme Nouveau vous propose une courte revue de presse, principalement axée sur la réflexion (sans dédaigner l'information pure). Nous ne cherchons pas d'abord à faire du clic, pour nourrir des statistiques et l'auto-satisfaction. Notre démarche est plus simple et repose sur une conviction presque simpliste : « demain se prépare aujourd'hui ». Dans ce sens, depuis des années, L'Homme Nouveau propose un regard différent, loin des clivages faciles dans le but d'offrir les outils conceptuels, les habitus de réflexion pour reconstruire une société humaine et chrétienne.

 

La crise et son traitement par le pouvoir politique donnent au philosophe Pierre Manent dans le Figaro (24 avril) de dresser un constat amer :

En attendant le «jour d’après», nous observons le retour des traits les moins aimables de notre État. Au nom de l’urgence sanitaire, un état d’exception a été de fait institué. En vertu de cet état, on a pris la mesure la plus primitive et la plus brutale: le confinement général sous surveillance policière. La rapidité, la complétude, l’allégresse même avec lesquelles l’appareil répressif s’est mis en branle font un pénible contraste avec la lenteur, l’impréparation, l’indécision de la politique sanitaire, qu’il s’agisse des masques, des tests ou des traitements éventuels. Des amendes exorbitantes frappent des écarts innocents ou bénins. Il est interdit de sortir de chez soi sans passeport, mais le rétablissement des frontières nationales est toujours jugé un péché mortel. Je ne pense pas que la crise réhabilite cet État-là. Quant à la nation, elle a été abandonnée, discréditée, délégitimée depuis deux générations, comme a été abandonnée, discréditée, délégitimée toute idée de politique industrielle. Nous avons renoncé à l’idée même d’indépendance nationale. Ah, n’être plus qu’un nœud mol et souple de compétences «pointues» dans les échanges mondiaux! Oh, surtout ne jamais ralentir les flux! Nous découvrons que nous sommes dépendants de la Chine pour presque tout ce dont nous avons besoin? Mais nous nous sommes organisés pour être ainsi dépendants! Nous l’avons voulu! Croyez-vous que, lorsque nous sortirons exsangues de la destruction économique occasionnée par la crise sanitaire, il y aura beaucoup de volontaires pour remonter la pente que nous descendons depuis quarante ans ?

Le sociologue anglais David Goodhart, qui a théorisé la fracture en deux clans face à la mondialisation, les Anywhere (ceux de Partout, les gagnants de la mondialisation) et les Somewhere (ceux de Quelque-Part, les perdants), se montre plus optimiste dans le Figaro Magazine (24 avril) sur l’évolution de notre monde après la pandémie :

La mondialisation ne va pas connaître une interruption définitive, mais elle va subir un ralentissement irrémédiable. Nous allons ainsi assister à un scepticisme de plus en plus important sur la dimension globale des grandes chaînes de production. L’interdépendance excessive va être remise en question. En résumé, la pandémie va prolonger et accélérer un changement de paradigme qui avait déjà débuté. Le commerce international était, en effet, en déclin depuis de nombreuses années et il n’y avait, par exemple, eu aucun accord de libre-échange de grande ampleur depuis 1993 et la ratification de l’Alena (Accord de libre-échange nord-américain). Dans le domaine politique, avec le Brexit, l’élection de Donald Trump et la percée de nombreux mouvements populistes en Europe, une grande recomposition était déjà à l’œuvre. (…) Le modèle de l’État-nation et le contrôle national des frontières vont sans nul doute trouver une vigueur et une légitimité nouvelles à la faveur de cette crise. Lorsqu’une crise survient, il est naturel d’attendre de l’État une certaine garantie de protection. On ne peut pas, pour l’instant, en dire autant de l’Union européenne, même s’il faut reconnaître qu’elle n’a que peu d’autorité et d’influence sur les différents systèmes de santé nationaux. De nombreuses formes de coopération internationale demeurent cependant, notamment dans les domaines scientifique et médical. L’Allemagne a, par exemple, accueilli dans ses hôpitaux des malades français et italiens. Malgré ces partenariats, il était logique de réinstaurer des contrôles aux frontières, ne serait-ce que pour ralentir la propagation du virus. (…) Au sortir de la crise, tout le monde voudra accroître ses capacités de résistance. L’impératif d’une autonomie plancher dans les secteurs fondamentaux sera davantage pris en compte. Et je ne pense pas ici aux seuls appareils respiratoires et vaccins. Tous les pays développés ne devraient-ils pas, par exemple, avoir leur propre producteur sidérurgiste? L’idée traditionnellement française de grands fleurons stratégiques nationaux va sans nul doute redevenir à la mode.

Préparé avant le début de la pandémie, le dernier numéro de la revue Catholica (Printemps 2020) s’est penché sur le contrôle des masses et sur la raison profonde de celui-ci :

Le rejet moderne de l’ordre naturel au nom de l’autonomie humaine a prétendu ériger l’individu en maître absolu de lui-même, ne fondant les relations avec ses semblables que sur le libre consentement d’un contrat social offrant plus d’avantages que de charges. En faisant voler en éclats les liens communautaires de type traditionnel, le contractualisme a peut-être ainsi donné aux hommes l’impression d’une libération, mais en réalité il en a fait des isolats au sein d’une masse indistincte. Comme l’a souligné Hannah Arendt, « une société de masse n’est rien de plus que cette espèce de vie organisée qui s’établit automatiquement parmi les êtres humains quand ceux-ci conservent des rapports entre eux mais ont perdu le monde autrefois commun à tous1 ». Même si le contrat social n’est qu’une fiction, même si les survivances de la communauté politique naturelle ont opposé une longue résistance, il a fallu toujours plus rechercher l’unité sociale par d’autres moyens que la direction proprement politique d’une autorité que légitime la poursuite de la justice et de la paix. (…) La destruction des liens sociaux organiques opérée délibérément à partir de la Révolution française et maintenue, tant par la prétention étatique au monopole que par la logique de l’économie libérale, a donc été la condition sine qua non de l’apparition d’un individu prétendument maître de lui-même et auteur souverain de sa propre loi, mais en même temps unité élémentaire d’une masse indistincte, aussi isolé qu’abs- trait. C’est donc sur ce terrain qu’arrive à point nommé la propagande – euphémisée en publicité, information, communication publique... –, laquelle ne s’adresse pas à cette masse sans visage, mais à chacun de ceux qui la composent, en vue d’obtenir adhésion et soumission.

Cette Revue de presse ne se contente pas de proposer des informations éphémères, mais vous offre aussi de découvrir des réflexions. Elle est là pour nous inviter à réfléchir. En ce sens, elle ne perd (presque) rien de son actualité. Elle se lit et se relit.

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