Au quotidien-n°31 (Revue de presse du confinement)

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien-n°31 (Revue de presse du confinement)

Dans La Nef (avril/mai), Christophe Geffroy, après avoir salué les efforts de la hiérarchie catholique et l’esprit d’initiative des catholiques, invite à un examen de conscience :

Si la notion de « châtiment de Dieu » est ici incorrecte, il est vrai, en revanche, que nous avons à voir ces événements dans un regard de foi en scrutant « les signes des temps » (Mt 16, 3), comme le Seigneur lui-même nous y invite. Qu’un minuscule virus mette à ce point en péril notre civilisation technicienne si sûre d’elle- même a le mérite de nous remettre à notre place, de rabattre notre orgueil et nos prétentions. Il nous rappelle combien nous sommes fragiles et dépendants, combien la mort demeure une réa- lité que l’on ne peut évacuer. Si cette pandémie pouvait provoquer un examen de conscience, à la fois individuel et collectif, et pousser nos contemporains à s’interroger plus avant sur la question de Dieu, ces derniers étant pour la plu- part bien plus dans l’ignorance ou l’indifférence envers Dieu que dans une hostilité délibérée, alors quelque chose de meilleur pourrait sortir de ce drame planétaire. Mais cela ne suppose-t-il pas que, nous chrétiens, montrions l’exemple, car, ainsi que le rappelait le cardinal Ratzinger évoquant les temps antiques, la conversion des païens ne s’est réalisée que « par la communauté croyante en tant que telle: son existence est une réalité qui attire les hommes ou tout au moins leur pose une question. Le premier pas pour de- venir chrétien ne consistait guère, en général, à demander un programme, mais se réalisait par la sympathie à l’égard de l’image de communauté représentée par l’Église, sympathie qui souvent prenait sa source dans l’amitié personnelle im- médiate avec des chrétiens » (8). Nos communautés chrétiennes sont-elles ainsi attrayantes? Il serait bon que la remise en cause affecte également notre façon de vivre et nos analyses poli- tiques. Comment ne pas tirer les leçons de l’échec patent de l’européisme, du mondialisme et de notre bureaucratie imprévoyante ? Saura-t-on re- venir aux frontières, renoncer au « bougisme », favoriser les circuits courts, le local, redonner vie à nos campagnes... ? Saurons-nous sortir de notre hubris techniciste qui atteint l’homme lui-même dans sa dignité et retrouver un peu d’humilité ?

Sur un autre ton, avec un autre vocabulaire, l’éditorial de Rivarol (29 avril) invite également à tirer la leçon des événements :

Toute célébration publique de la fête de Jeanne d’Arc est interdite cette année à cause du confinement. Alors que nous fêtons cette année le centenaire de la canonisation par le pape Benoît XV de la sainte de la patrie, et également les cent ans de la loi Barrès fixant au deuxième dimanche de mai la fête nationale de la Pucelle d’Orléans, loi obtenue après des milliers de jours de prison des Camelots du Roi voulant célébrer la bergère de Domrémy, il est interdit d’organiser des défilés, des processions, de faire des discours publics devant la statue de la Sainte place des Pyramides. (…) Car le confinement n’est pas seulement physique, matériel, il est mental et spirituel. Plusieurs célébrations liturgiques ont ainsi été interrompues en France ces derniers jours par la police au nom de l’urgence sanitaire alors que l’on peut librement faire ses courses quotidiennement au supermarché voisin. Les messes publiques, même pour Pâques, ont été interdites, alors même que les avortoirs fonctionnent toujours à plein régime et que la machine à décérébrer n’a jamais été aussi puissante. (…) On le voit, il y a plus dangereux que le coronavirus. Il y a ce virus mental, intellectuel, spirituel qu’il nous faut combattre. Faute de quoi il nous faudra disparaître.

Dans sa chronique de Charlie-hebdo (27 avril), le politologue Jean-Yves Camus constate pour sa part le « retour du point d’interrogation au-dessus de nos têtes  :

La crise sanitaire et le confinement nous donnent le temps de réfléchir à ce qui me semble un enjeu majeur pour nos vies : la décélération. Autrement dit la baisse de notre rythme de vie, aujourd’hui imposée mais pour beaucoup d’entre nous souhaitée, durablement, à rebours de la logique productiviste dominante. Un des défis de l’après-épidémie sera d’ouvrir le débat sur ce sujet : qui d’entre nous ne s’aperçoit, sous la contrainte du confinement, que nous passions une partie de notre temps actif à des occupations superflues?? La pandémie nous fait aussi changer notre rapport au temps, que nous semblions pouvoir contrôler par un ordonnancement réglé de notre agenda et par la possibilité de modéliser à peu près tout. (…) Du même coup, une autre croyance essentielle, notamment à gauche, se trouve remise en question : celle dans le progrès scientifique et technique. Il était tenu pour acquis qu’il allait s’accroître de façon continue, jusqu’à éliminer des maux que nous considérions être « réservés » aux pays pauvres et que nous avions coutume d’associer, dans les pays occidentaux, au lointain passé prémoderne. Erreur : l’épidémie frappe aussi les sociétés du bien-être, même si elle se révèle aussi être, au sein de celles-ci, un gigantesque amplificateur des inégalités. Nous sommes certes capables de mobiliser la recherche comme jamais, de traiter des malades que la mort aurait inexorablement frappés voici vingt ans. Il n’en demeure pas moins que le progrès balbutie et, en tout cas, qu’il n’est pas une conséquence mécanique du niveau de PIB : encore faut-il investir quand il faut, où il faut. Nous sommes enfin confrontés à une hypothèse que nulle génération depuis 1945 n’a eu à expérimenter, collectivement : celle de l’interruption subite du temps de notre vie.

Cette Revue de presse ne se contente pas de proposer des informations éphémères, mais vous offre aussi de découvrir des réflexions. Elle est là pour nous inviter à réfléchir. En ce sens, elle ne perd (presque) rien de son actualité. Elle se lit et se relit.

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