Au quotidien-n°42 (Revue de presse du confinement)

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien-n°42 (Revue de presse du confinement)

Dans sa chronique du Point (7 mai), Sébastien Le Fol revient sur l’enfoncement dans 1984 d’Orwell que révèle la crise actuelle :

Dans un article courageux et argumenté, paru sur le site de Libération, le journaliste Jean Quatremer fustige le confinement imposé aux Français. « Tant que l’état d’urgence s’appliquera, la France n’est plus une démocratie, même si elle n’est pas tout à fait une dictature », écrit-il. Les mots sont forts, les arguments discutables. (…) Face au fléau sanitaire, tout le monde a l’injonction de penser la même chose. Il n’y a plus qu’un camp du bien : celui qui soutient l’assignation à domicile des Français. La moindre critique, le moindre doute sur la politique menée sont assimilés à des commentaires dignes du « café du commerce ». Le Premier ministre a prononcé ce mot à la tribune de l’Assemblée nationale. (…) La France confinée ressemble de plus en plus à 1984 d’Orwell. Tel le commissariat aux Archives du ministère de la Vérité imaginé par l’écrivain, le gouvernement sélectionne désormais les « sources d’information sûres et vérifiées » quant à la pandémie. Orwell n’aurait peut-être pas imaginé que l’on pût imposer le tennis en simple et une distance minimale de 10 mètres entre deux cyclistes ou deux joggeurs. Dans la répression et la vexation, l’État français se montre bien plus imaginatif. En revanche, sa communication fleure l’amateurisme. Elle est infantilisante.

Dans la suite logique, Rivarol (13 mai) voit dans les prochaines mois l’émergence de nouvelles révoltes populaires :

De plus, ces catégories supérieures, formées intellectuellement, seront en mesure, outre d’éviter les pièges, d’orienter la France périphérique vers un débouché politique. Par conséquent, soit la société se soumet à cette dictature numérique, sanitaire et bancaire, soit elle se révolte violemment pour en finir avec ce régime corrompu jusqu’à la moelle. C’est d’ailleurs l’analyse récente de l’historien et démographe Emmanuel Todd qui, répondant à une interview du 26 avril 2020, posait la question suivante : « Les luttes de classes en France au XXIe siècle traitent de la montée en puissance du conflit socio-économique en France, jusqu’à 2019. Le confinement fige les luttes comme les individus. Que laissera apparaître la levée du confinement ? 1) une société française sonnée, épuisée, et encore plus soumise à l’État, malgré l’insuffisance manifeste de son groupe dirigeant ? 2) telle une cocotte-minute ouverte trop brutalement, la levée du confinement libérera-t-elle une explosion, un règlement de compte final avec cette aristocratie stato-financière dont l’incapacité stupéfiante vient d’être révélée, un peu comme la dé- route de 1940 qui avait été suivie par un renouvellement des élites ? 3) un mélange des deux valant anarchie ?

Tout en notant le succès des Verts aux dernières élections, un article publié sur le site Le Vent se lève (30 avril) en pointe aussi les limites :

En premier lieu, les partis écologistes se situent malgré tout massivement à gauche. Or, leur succès n’a pas entraîné une progression du bloc de gauche et, leurs progrès se sont faits essentiellement au détriment des autres partis du bloc de gauche. Leurs conquêtes indéniables d’un électorat de droite ont été contrebalancées par des pertes plus importantes de la gauche au profit de l’extrême droite. (…) Le cœur électoral des Verts est donc constitué par la nouvelle classe moyenne à fort capital culturel. Il s’agit d’un groupe social sensible à ce que Ronald Inglehart nomme les revendications « post-matérialistes », vivant dans les métropoles, bénéficiant de la mondialisation et ne se positionnant pas très à gauche sur les questions socio-économiques : en Finlande, les écologistes sont moins à gauche encore que les sociaux-démocrates. Sans parvenir à dépasser cette cloison pour se tourner vers les catégories populaires, les Verts ne pourront pas devenir un bloc électoral réellement significatif. Si l’écologie, comme préoccupation, est largement partagée, l’écologie comme déterminant électoral reste cantonné à un segment minoritaire de la population. (…) Le logiciel politique des Verts souffre d’un autre problème, qui réside dans leur adhésion aveugle à l’Union européenne, perçue comme l’archétype du monde politique post-national. Les groupes sociaux soutenant les Verts y sont favorables pour les gratifications symboliques (« l’Europe, c’est la paix ») et les avantages matériels (les voyages « Erasmus » etc. ) qu’elle leur confère. Le projet libéral institutionnalisé par l’Union européenne est pourtant en contradiction fondamentale avec ce que pourrait requérir un agenda écologiste. L’impératif de relocalisation de la production nécessite pourtant une rupture radicale avec les principes mêmes de libre circulation des capitaux, des biens et des marchandises qui constituent autant de piliers de l’Union européenne. Les écologistes les plus préoccupés par les problèmes sociaux ne peuvent pas même se targuer de porter une possible réorientation de l’Union européenne, puisqu’une partie non négligeable des Verts européens sont en faveur de réformes libérales, plus spécifiquement en Europe centrale et orientale.

 

Cette Revue de presse ne se contente pas de proposer des informations éphémères, mais vous offre aussi de découvrir des réflexions. Elle est là pour nous inviter à réfléchir. En ce sens, elle ne perd (presque) rien de son actualité. Elle se lit et se relit.

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