Au quotidien-n°44 (Revue de presse du confinement)

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien-n°44 (Revue de presse du confinement)

Dans un entretien publié sur FigaroVox (14 mai), Anastasia Colosimo, auteur des Bûchers de la liberté, s’inquiète de l’omnipotence du pouvoir scientifique à l’œuvre pendant la crise actuelle :

De même qu’il peut lui être indispensable de recueillir un avis scientifique, il est impératif que le politique garde le monopole de la décision. Les scientifiques ne sont pas seulement dépourvus de légitimité démocratique, ils sont aussi en désaccord entre eux, enclins aux chapelles et objet des lobbys. Surtout ils ne sont pas, et les meilleurs le savent, des devins ou des thaumaturges. Le grand embarras dans cette affaire de comité savant est qu’il exclut les sciences dites molles au profit des sciences dites dures et, parmi elles, qu’il privilégie la biologie dont le paradigme domine désormais toutes les disciplines. D’un côté, on induit que le virologue et l’épidémiologue, qui brassent éprouvettes et statistiques, pourraient être les philosophes instantanés de leur pratique. De l’autre, on laisse au généticien ou au laborantin, dont les recherches restent souvent soumises aux financements intéressés de l’industrie, le soin de déterminer ce qu’est le vivant. Ce qui condamne les épistémologues et les bioéthiciens, alors que leurs filtres sont cruciaux, à une inquiétante marginalité. Il va de même pour le blanc-seing accordé à l’économiste-mathématicien, au physicien-climatologue, au paléo-anthropologue et à l’éthologue-animalier dès lors qu’ils savent marier vulgarisation et publicité. Les uns et les autres signalent une nette tendance à promouvoir, sous couvert de rationalité, des discours dictatoriaux, moralisateurs dans la forme et apocalyptiques sur le fond. On est en droit d’être quelque peu terrifié, moins par la fin du monde qu’ils nous promettent, à la manière des prophètes d’antan, si nous n’exécutons pas les réformes qu’ils prônent, que par l’influence précisément que leurs discours exercent sur le discours politique.

Dans son éditorial de Challenge (14 mai), Philippe Manière, pour critiquer (à raison) la CFDT, n’a rien trouvé de mieux que de s’en prendre à ses origines chrétiennes reniées. Il fait surtout preuve de son ignorance totale de ce qu’est le christianisme et la doctrine sociale de l’Eglise. Bonne nouvelle : nous avons encore du travail pour longtemps…

Née en 1964 d’une scission de la CFTC (dont elle a emporté le gros des troupes), la CFDT s’est alors déconfessionnalisée sans pour autant abjurer une forme de messianisme. Le froc de la « morale sociale chrétienne » a été jeté aux orties, mais la dimension prophétique du christianisme originel...pieusement conservée. Les seventies virent logiquement la CFDT fl irter avec le gauchisme semi-beatnik de l’époque (Larzac et « Vivre et travailler au pays »), cousin d’un certain catholicisme social, mais aussi avec des idées autogestionnaires saugrenues empruntées à Tito. Edmond Maire puis Nicole Notat permirent que, malgré quelques engouements douteux (comme le christique « partage du travail », concept hélas ensuite inoculé aux politiques), la CFDT conjure ses tentations extra-syndicales. Depuis une dizaine d’années, voilà qu’elle succombe de nouveau à ses démons. D’abord, en donnant sans cesse son avis sur ce qui ne la regarde pas (immigration, organisation territoriale, usage du 49-3...) Ensuite, en embrassant avec zèle la vision eschatologique et pénitentielle des écolos, empruntant même leur douteux sabir : le patron de la CFDT a appelé (avec, entre autres, la fondation de Nicolas Hulot) à une « conférence écologique et sociale du pouvoir de vivre » (sic) avec l’objectif de « repenser notre modèle de développement » (rien que ça !) puis lancé l’opération #construisonsdemain pour « bâtir l’après-Covid-19 » – ce qui exige, selon un Berger aux accents pikettyiens (à qui personne n’a apparemment dit que la France est déjà championne du monde des impôts et de la redistribution), « une contribution des plus riches et des grandes entreprises ». Fini le syndicalisme du terrain, du contractuel et du raisonnable, ce fameux « syndicalisme responsable » !

Politis (15 mai) publie la lettre d’une mère d’une enfant handicapée qu’elle a dû récupérer pendant le confinement. Un témoignage sur une situation peu évoquée :

Je suis la mère d’une jeune femme qui a un handicap intellectuel. Le 13 mars nous avons reçu un mail de son établissement : vous avez entendu le Président hier, veuillez venir chercher votre enfant dès réception de ce mail. Bien sûr, d’autres établissements ont prévenu autrement les familles, mais nous avons presque toutes repris nos enfants, petits ou grands. Les établissements pour enfants et adultes ayant un handicap sévère sont restés ouverts, sous le régime des Ehapd (pas de visite) et les personnels ont souvent déployé des trésors d’ingéniosité pour garder la joie présente malgré tout. (…) Alors, le dernier soir du confinement officiel, j’ai écrit une lettre à mes amies, aux parents que je connais, de près ou de loin... La voici :« Nous avons tenu ». Ce soir, je me suis dit que j’avais envie de vous rendre hommage, de nous rendre hommage. À nous, les parents ayant un enfant handicapé. Et c’est cette citation de Mark Twain qui me vient à l’esprit : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils le firent. » On a tenu, on a tenu deux mois. On a tenu une heure à la fois, un jour à la fois. On a tenu. Et on va encore tenir ! (…) On a parfois culpabilisé de ne pas y arriver, on a parfois culpabilisé de ne plus supporter leur handicap, leur lenteur, leurs idées fixes. Mais on a tenu avec eux, grâce à eux. Grâce à leur force de vie, grâce à leur force de lien et d’amour. On a tenu car on a cheminé à leur pas, on a accepté de se mettre à leur pas. Le temps ne comptait plus, on a buté contre leur lenteur, mais on a aussi, en s’y coulant, accepté leurs limites et accepté les nôtres (ou presque ! ). On a été surpris d’être capables de « ça » !

 

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