Au quotidien-n°47

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien-n°47

L’abbé Claude Barthe a déjà fait référence à cet article du politologue, spécialiste des religions, Olivier Roy, publié sur le site de L’Obs (9 mai). Aux lendemains de la décision du Conseil d’Etat, demandant au gouvernement de revoir sa copie à propos de l’ouverture des lieux de culte, à la suite de référés n’émanant pas de la Conférence des évêques de France (CEF), il n’est pas inutile de lire l’analyse d’un politologue que l’on ne pourra pas qualifier d’intégriste ou de traditionaliste. Il met le doigt sur notre pire adversaire : l’indifférence, née de notre Ralliement  :

Cependant, après Pâques, un malaise d’abord latent a fini par s’exprimer ouvertement, et avant tout chez les catholiques : pourquoi garder les églises fermées, si les fidèles acceptent de prendre des précautions ? La raison en est que l’Etat ne considère pas la pratique religieuse comme un « besoin essentiel » justifiant l’ouverture des lieux de culte. Et l’Eglise catholique s’aperçoit avec horreur que cette laïcité qu’elle prétendait respecter et avoir intégrée (contrairement à qui vous savez) se retourne contre elle, non pas dans la confrontation, mais, bien pire, dans l’ignorance et l’indifférence envers le religieux. Car il ne faut pas seulement voir dans l’interdiction des rassemblements pieux un accès intempestif de la laïcité française : le gouvernement italien a pris les mêmes mesures, comme l’Allemagne et la plupart des états américains. Dans cette logique autant culturelle que politique, le besoin spirituel vient après les autres et relève du même ordre que le yoga, la méditation, voire la lecture de « A la Recherche du Temps Perdu » : un passe-temps solitaire dans un coin de son appartement. Le ministre des cultes (et de l’Intérieur) Christophe Castaner le dit lui-même qui pense que « la prière n’a pas forcément besoin de lieu de rassemblement » (LCI, dimanche 3 mai). Pourquoi pas la confession par Skype et l’hostie par Amazon ? Le déconfinement met le McDo avant l’église, la mosquée ou la synagogue ; en Italie le gouvernement a ouvert les musées avant les églises, comme si la religion venait après la culture, ou pire, n’avait rien à voir avec la culture. Or on ne peut soupçonner Macron, Merkel ou Conte de régler des comptes avec l’Eglise.

Allons-nous vers un nouvel exode rural – mais à l’envers – post-Covid ? Un retour au vert. C’est l’interrogation de François-Guillaume Lorrain dans Le Point (14 mai) :

Deux symptômes ont traduit ce chamboulement des cotes à la Bourse de la qualité de vie. Une ruée vers l’or vert et un exode des métropolitains. Avec, à la clé, la résurgence de réflexes qu’on pensait révolus. Les Parigots têtes de veau sont devenus têtes de bobo. Dans la foulée, le téléphone des agences immobilières s’est mis à chauffer. « On craignait que les transactions s’arrêtent net. Les locations saisonnières ont bondi de 50 % et on a vu déferler une demande inédite d’achats pour des maisons avec terrains », résume Philippe Boulet, directeur Provence de l’agence Émile Garcin. Pour lui, la pandémie a été un élément déclencheur : « Les clients songeaient à quitter Paris ou les grandes villes, le Covid-19 a été la goutte d’eau, on les sent très motivés, presque insistants. » Alexander Kraft, patron de Sotheby’s France, fait le même constat : « Depuis que la qualité d’Internet s’est améliorée dans les campagnes, il y a deux ou trois ans, on perçoit un frémissement, que la pandémie vient d’accélérer. Mais les actifs ne veulent pas s’installer au milieu de nulle part. On privilégie la Bretagne, la Gironde, la vallée de la Loire, la Basse-Normandie, autour de Toulouse… » L’offre y est disponible. Seul Jean-Marc Torrollion, président de la Fnaim, demande à voir : « On va surveiller les résiliations de baux à Paris, où le marché est surtout locatif, pour vérifier si les gens s’en vont. » Racines. Avec plus de 3 millions de maisons de campagne ou de résidences secondaires, un record en Europe, la France affiche sa singularité. La vogue a surgi lors d’une autre période difficile, la guerre, pour améliorer le ravitaillement. « Notre exode rural tardif, qui date surtout d’après 1945, a permis ensuite de garder beaucoup de maisons dans les familles », relève le géographe Éric Charmes, auteur de La Revanche des villages (Seuil). Une transition retardée, qui a contribué aussi à mieux conserver ces bâtiments. On touche là au fameux ADN rural des Français, qui les poussa lors des Trente Glorieuses à en investir les dividendes au plus près de leurs racines. « Par ailleurs, nous sommes un pays aux nombreux attraits touristiques – mer, montagne, campagne –, ce qui multiplie les possibilités », analyse Charmes. Facteur plus récent qu’il met en avant : « Les prix de l’immobilier ayant bondi dans les métropoles, les actifs qui n’ont pas les moyens d’un achat reportent leur envie de devenir propriétaires sur une résidence secondaire : “Ainsi, se disent-ils, j’aurai quelque chose à moi.” » Pourtant, l’immobilier en milieu rural était plutôt morose depuis la crise de 2008. « Le développement d’Airbnb, et des autres plateformes de location, a révolutionné les pratiques, on ne prend plus ses vacances au même endroit, la résidence secondaire à entretenir est devenue moins attrayante. »

Sur Antipress de Slobodan Despot (17 mai), ces réflexions sur les liens étonnants entre les politiques et la communauté scientifique pour imposer des modèles parfois peu… recommandables. L’analyse est d’un britannique, Matt Ridley, « Docteur en philosophie, éditorialiste et chroniqueur de grands journaux et vulgarisateur scientifique », mais peut très bien être adaptée à la situation française…

Lorsque les ministres font des déclarations politiques en matière de coronavirus, ils affirment invariablement qu’ils «écoutent la science». Mais la science de pointe est désordonnée et peu claire, c’est une joute d’idées arbitrée par les faits, un processus de conjecture et de réfutation. Cela n’est pas nouveau. Il y a près de deux siècles, Thomas Huxley décrivait la «grande tragédie de la science» comme «l’assassinat de belles hypothèses par des faits moches.» (…) Il est devenu courant pour les pronostiqueurs financiers, le Trésor, les climatologues et les épidémiologistes de citer les résultats des modèles mathématiques comme s’il s’agissait de «preuves». Une utilisation correcte des modèles consiste à passer les théories de systèmes complexes au crible des faits. Si d’aventure nous voulons fonder des prévisions et des politiques sur des modèles, nous devons être en mesure de vérifier leur exactitude, en particulier lorsqu’ils sont à l’origine de décisions impliquant la vie et la mort. Tel n’a pas été le cas avec le modèle du Collège impérial. Les données suédoises le confirment. En dépit de mesures de distanciation sociale modérées, l’épidémie a cessé de croître dans le comté de Stockholm à la mi-avril et s’est depuis fortement réduite, ce qui implique que le seuil d’immunité collective a été atteint au moment où quelque 20 % de la population était immunisée, selon les estimations de l’autorité suédoise de santé publique. La nature presque confidentielle du débat scientifique au sein de la SAGE, les méthodes de programmation opaques de l’équipe de l’Imperial College, l’indisponibilité du code pour les tests et la révision au moment de la décision, les hypothèses non vérifiées intégrées dans le modèle, tout cela nous inspire une question préoccupante. Avons-nous fondé l’une des plus importantes décisions politiques jamais prises en temps de paix sur des conjectures mathématiques approximatives?

 

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