Au quotidien-n°54

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien-n°54

Sur fond de crise liée au Covid-19, une nouvelle guerre froide naît entre les États-Unis et la Chine. Sur FigaroVox (28 mai), Steve Bannon donne une analyse géopolitique de ce qui se profile l’horizon :

Je peux vous dire qu’aux États-Unis, un vrai mouvement politique gagne du terrain, visant à priver la Chine de son immunité souveraine. L’État du Missouri et l’État du Mississippi ont déjà lancé des poursuites. Des avocats préparent des plaintes individuelles semblables à celles portées par les familles des victimes du 11 Septembre contre l’Arabie saoudite. Je pense que le gouvernement soutiendra. Un document de la campagne de Mitch McConnell, qui dirige la majorité républicaine au Sénat, recommande d’accuser le Parti communiste chinois des dévastations subies. Pour moi, ce sera le sujet déterminant de l’élection de 2020. Près de 91% des Américains estiment que le Parti communiste chinois et la montée en puissance de la Chine sont une menace directe pour la sécurité des États-Unis. (…) Non seulement le découplage n’est pas impossible mais il doit se faire. D’ailleurs, les Chinois avaient déjà commencé à le mettre en œuvre en annonçant qu’ils allaient passer à leurs propres standards technologiques. En dehors de cette pandémie, c’est même l’annonce géopolitique la plus importante des dernières années, même si elle est passée inaperçue. Les Chinois ont commencé ce découplage à travers leur projet de route de la soie, au centre duquel se trouve la compagnie Huawei, qui se pose en nouvel «hégémon» technologique. Bien sûr, les élites économiques occidentales comme la Cité de Londres, les financiers de Paris et les hommes de Wall Street, ne changeront pas le modèle d’eux-mêmes car ils font beaucoup d’argent. Ils devront être sommés d’agir par les peuples d’Occident en révolte contre la désindustrialisation. Je veux vous ramener trois ans en arrière, en janvier 2017, quand le président Xi arrive dans la station suisse de Davos, alors que le président Trump vient d’être élu. Dans son discours, Xi déclare que le problème, c’est le mouvement nationaliste et populiste occidental qui menace l’ordre international. Il affirme que la Chine défendra la globalisation. Il est alors loué par le Financial Times et d’autres pour son côté visionnaire, alors que Donald Trump est vilipendé parce qu’il défend le système westphalien des nations. À ce moment à Davos, tous les gens des grandes agences financières, banques et corporations, étaient au courant des camps de rééducation pour les Ouïghours et de la répression politique. Mais ils saluaient Xi en héros et voyaient Trump comme un monstre parce qu’ils s’intéressaient exclusivement à leurs profits.

Dans Le Monde des livres (29 mai), à travers le cas du romancier suisse Joël Dicker, on se pose la question de ce qu’est la littérature, de son rapport au succès et donc au public, le tout sur un ton très germanopratin, entre bonne conscience de gauche, petite assurance aristocratique mondialiste et leçons offertes. Vous y croiserez le nom d’une certaine Tiphaine Samoyault qui semble aussi docte qu’inconnue. Mais on aime l’entre-soi au Monde des livres.

l’auteur suisse s’est vu reconnaître un statut d’écrivain. La Vérité..., son deuxième roman et premier gros succès, a reçu en 2012 le Grand Prix de l’Académie française, a été retenu sur les listes du Femina, de l’Interallié et du Goncourt – jusqu’au carré final dans ce dernier cas. Il a décroché le prix Goncourt des lycéens et été élu Meilleur roman français de l’année par le magazine Lire. Stupéfaction d’une partie de la critique, celle pour laquelle la prose de Dicker n’est qu’une longue averse de clichés et de poncifs émaillée de dialogues indigents. Satisfaction de l’autre, applaudissant le couronnement d’un auteur de romans populaires à l’écriture fluide et à l’indéniable sens du suspense. Depuis, chacun de ses nouveaux romans est pour la critique un objet un peu embarrassant, modèle de « livre qui fait lire ceux qui ne lisent pas » et que certains hésitent à réduire à cette seule qualité. Pas toujours facile d’y voir clair dans la zone grise où romans populaires et littérature de qualité peuvent se rejoindre parfois (Alexandre Dumas, Georges Simenon, Donna Tartt, pour n’en citer que quelques auteurs), mais où pullulent surtout les page turners mal écrits, mais fort bien marketés. Pas facile non plus d’en rendre compte. « Dénoncer la junk fiction [la “mauvaise fiction”] serait dénoncer son public, estime l’essayiste, critique et écrivaine Tiphaine Samoyault. Or il n’y a aucune raison de railler le besoin de divertissement. En revanche, il y a, me semble-t-il, une démission d’une partie de la critique concernant les textes exigeants. La critique, dans les journaux, préfère aujourd’hui embrayer sur les succès publics en pensant que son propre succès en dépend. » Et Tiphaine Samoyault de constater que, dans le journal en ligne qu’elle dirige, En attendant Nadeau, les articles les plus lus sont ceux qui portent sur les livres qui font le plus parler d’eux ou sont le plus vendus. (…) Au fil de ses nombreuses pages, ce roman rend hommage à Bernard de Fallois, qui fut, jusqu’à sa mort en janvier 2018, l’éditeur de Dicker. (…) le voici en 2012 qui se lance dans la promotion d’un auteur inconnu de 28 ans, juriste de formation, que lui a fait découvrir son ami Vladimir Dimitrijevic, patron de la maison d’édition L’Age d’homme, décédé accidentellement l’année précédente. Le premier roman de Dicker, fiction tissée autour de l’armée secrète de Churchill (Les Derniers Jours de nos pères, De Fallois/L’Age d’homme), a fait un flop en début d’année mais, après avoir reçu en juin le manuscrit de La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, l’éditeur met toutes ses forces dans la bataille, sa dernière peut-être. Car l’éditeur de 86 ans, dont la maison vient de connaître plusieurs exercices déficitaires, songe alors à passer la main. « Je n’ai aucun pouvoir, mais j’ai un peu de crédit. Pendant deux mois, j’ai posé la question à tous mes amis : “Avez-vous lu Dicker ?”», confiera-t-il plus tard à l’hebdomadaire Le Point.

 

Pour consulter nos précèdentes publications, voir :

Au quotidien n°53 (du numéro 24 au numéro 53)

Au quotidien n°23 (du numéro 1 au n° 23)

 

 

 

 

 

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