Au quotidien-n°55

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien-n°55

Le Bulletin d’André Noël (30 mai au 7 juin) se montre sceptique face au plan de relance du gouvernement et fait ressortir les contradictions de mesures prises dans la précipitation, sans projet à long terme :

Le gouvernement a lancé un plan de relance en faveur de l’industrie automobile, avec moult subventions, primes, bonus...Il veut tout à la fois relocaliser la production dans l’Hexagone pour y favoriser l’emploi et privilégier les véhicules électriques, pour la transition énergétique. Or, si les voitures fabriquées actuellement en Hongrie, en Pologne ou en Tchécoslovaquie le sont de nouveau chez nous, elles seront plus chères, eu égard au coût de la main-d’œuvre qui explique les délocalisations intra-européennes, fruit de la libre circulation bruxelloise. Plus chères, elles se vendront et s’exporteront moins, ce qui signifie moins de production et plus de chômage. Quant aux véhicules électriques, leur assemblage nécessite 20% d’ouvriers en moins que pour les voitures à essence tandis qu’il sera toujours nécessaire d’importer les batteries de Chine, d’où elles viennent à 90%. (…) Cette transformation contraindra également l’Etat à fournir de grosses quantités d’électricité... nucléaire alors que les écolos souhaitent réduire à néant nos centrales atomiques. (…) Le pouvoir, se fixant des objectifs qui se révèlent contradictoires, va se trouver rapidement dans une impasse et les ouvriers de l’automobile avec lui.

 

Sur son site (23 mai 2020), l’économiste chrétien Pierre de Lauzun tente de définir les conditions pour un véritable changement politique et table sur le conservatisme :

l’avenir d’idées ‘conservatrices’ se joue à plus long terme. Mais cela ne veut pas nécessairement dire très loin : en poursuivant notre raisonnement, cela peut se jouer relativement vite après 2022, tant il apparaît improbable que cette élection apporte une vraie réponse. La deuxième condition, l’échec des joueurs en lice, a même toutes chances de se vérifier dans les années qui suivront. Que faire alors ? Passons sur la question du leader, difficilement planifiable. Mais elle est sans doute essentielle pour réaliser la conjonction avec la dimension populiste, sans laquelle le succès paraît improbable. Reste donc le travail de fond : la réflexion sur la pensée conservatrice, depuis la recherche fondamentale jusqu’au traitement de sujets concrets, plus d’actualité, et sa diffusion, y compris à l’occasion de campagnes politiques. Cela suppose des moyens, l’idéal étant le modèle dit think tank, ou fondation. Mais aussi un vrai effort de réflexion. Je rappelle ici ma conviction profonde : la pensée conservatrice est pour moi une forme d’adaptation ou de compromis entre les idées dominantes de notre époque et la pensée classique, celle qui trouve ses origines dans Aristote et sous-tend toute la grande tradition de pensée occidentale. La pensée classique, bien mieux structurée, à la fois enracinée et à portée universelle, pragmatique et ferme sur les principes éthiques, a une portée et une puissance considérablement plus consistantes que ce qu’on appelle conservatisme. Ce dernier a donc le plus grand intérêt à revenir aux sources et à s’en inspirer, pour donner des réponses qui soient évidemment adaptées à notre temps, mais aussi à la mesure du paradigme relativiste qui domine la pensée collective de nos sociétés et fait se dresser la barrière toujours plus dure du politiquement correct. Bien entendu, un tel développement est un travail de longue haleine. Mais d’une part, il est seul à même de donner une base réellement solide, au-delà des coups sans lendemain que peut permettre le jeu politique ; et d’autre part, parallèlement, il peut nourrir l’expression publique et les programmes au fil de l’eau. A côté de cette action substantielle, plusieurs questions structurantes méritent un examen particulier, à mi-chemin entre la réflexion de fond et les programmes. L’une est évidemment le cadre de communauté que l’on prend en référence centrale. Le cadre national s’impose comme une évidence pour un Américain, un Chinois, un Russe, un Japonais, un Indien ou un Brésilien, et bien d’autres. Pour nous, cela se heurte à la question cruciale de l’Europe. Il me paraît qu’une approche de type conservatrice (ou classique), fondée pragmatiquement sur les communautés réelles, ne peut adhérer ni au fédéralisme qui motive l’Europe actuelle, ni à la prédominance de l’idéologie relativiste qui la sous-tend, ni à son libre-échangisme dogmatique. Parallèlement, la sortie pure et simple n’est pas pour la France une solution comparable à ce qu’est le Brexit pour nos voisins britanniques : sans parler de l’euro, nous n’avons pas l’équivalent du monde anglosaxon pour nous donner un relais extérieur, et nous ne sommes pas organisés en emporium mondial. Il faut donc concevoir une autre Europe, bien plus confédérale (Europe des nations), moins idéologique, et d’ici là une remise en cause des chaînes que nous imposent les traités. Une deuxième question structurante est de développer un modèle de rapport avec la mondialisation économique, qui soit assez protecteur pour nous permettre de maintenir un niveau de solidarité et un sentiment d’identité qui nourrissent une vraie communauté, mais pas naïf au point de croire à la possibilité d’un repli national ou local. Une troisième question structurante, liée à la précédente, est un positionnement intelligent en matière écologique, reconnaissant avec le regretté Roger Scruton que l’écologie vraiment efficace est conservatrice, et à dominante locale. La quatrième question structurante est bien sûr celle de la population comme telle, question typiquement conservatrice (et classique). Et donc du besoin simultané d’une remise à l’honneur de la famille et de la natalité, et de la reconnaissance du besoin de recréer une vraie communauté, enracinée dans son passé, et identifiée à une culture commune, ce qui implique concrètement une politique d’immigration ferme : filtrage sévère des entrées et exigences d’assimilation. La cinquième enfin est l’éducation. Question elle aussi éminemment dans la tradition conservatrice et plus encore classique, qui suppose une remise en cause en profondeur de la structure centralisée du système français, et de son emprise idéologique actuelle. En bref, il ne sert à rien de s’obnubiler sur la situation actuelle. Mieux vaut investir, rester mobilisé, et attendre le moment propice. Et d’ici là, travailler en profondeur.

 

Pour consulter nos précèdentes publications, voir :

Au quotidien n°54

Au quotidien n°53 (du numéro 24 au numéro 53)

Au quotidien n°23 (du numéro 1 au n° 23)

 

 

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