Au quotidien-n°59

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien-n°59

Sur le site Le point de non-retour, de Baptiste Rappin, ce texte de Édouard Schælchli (2 juin), sur l’attitude de l’Eglise face au Covid-19 :

Et c’est bien pourquoi on est en droit de s’inquiéter d’avoir vu l’Église, au nom de l’urgence sanitaire, suspendre, du moins en France, son service eucharistique et s’interdire de célébrer l’office divin devant le peuple des fidèles. Voulait-elle ainsi, par hasard, servir à quelque chose, rendre plus efficace sa participation à la lutte contre le virus ? Ou voulait-elle signifier, par là, autre chose – une forme générale d’apostasie impliquant une mesure d’ex-communication générale ? Car il est de fait qu’en se conformant ainsi, aussi précipitamment que bénévolement, aux mesures édictées par l’autorité scientifique et décrétées par le pouvoir civil, elle proclamait le caractère profondément dérisoire de son propre service au regard de la situation sanitaire en même temps qu’elle obligeait le peuple des fidèles à se sentir dégagé de toute responsabilité spirituelle à l’égard d’un fléau qu’en d’autres temps on eût peut-être regardé comme un signe des temps. Peut-être enfin cette décision avait-elle un autre sens eschatologique et se fondait-elle sur l’hypothèse que les temps derniers étant arrivés, nous n’avions plus besoin de commémorer un sacrifice dont l’actualité historique se serait chargée d’achever la consommation ? (…) Il est douloureux, assurément, de penser que, peut-être, la retenue dont l’Église a, en cette occurrence critique, fait preuve obéissait à une nécessité dans laquelle elle se trouvait empêtrée par ses propres contradictions et qui la rendait incapable de se poser, comme on pouvait l’attendre d’elle, face à l’autorité temporelle d’un État lui-même traversé par une crise profonde de légitimité, comme la garante d’une liberté spirituelle ayant profondément à voir avec une maladie qui, indépendamment de toute approche sanitaire, met en cause l’ordre mondial, au moins sous l’angle de la justice. Mais comment ne pas être frappé du fait qu’au moment où le peuple entier des Chrétiens eût dû, plus que jamais en raison des circonstances, se trouver rassemblé pour vivre, avec le Christ, la douloureuse Passion qui nous relève du péché et de la mort, le pape s’est retrouvé seul à prier devant la place Saint-Pierre vide et muette ? Signe étrange qu’il n’est pas forcément inopportun de relier à l’acte par lequel le prédécesseur de François avait mis fin à son propre pontificat. Dans quelle mystérieuse continuité historique ces faits nous font-ils donc entrer ? L’envers du mystère de l’amour n’est autre chose que le mystère même de l’iniquité, d’une iniquité qui, parce qu’elle ne peut se montrer à visage découvert, porte nécessairement le masque d’une bienveillance en laquelle toute violence se trouve contenue, retenue, tenue en réserve, comme sous vide, prête à se diffuser sous la forme de cette terreur aseptisée que les polices du monde technicien savent si bien distiller dans les rues et sur les places, refroidissant par avance toute velléité de révolte et produisant cette tiédeur caractéristique du monde bourgeois dans lequel les sentiments d’honneur et de solidarité se liquéfient, se muent en ces manifestations écœurantes de l’auto-justification humanitaire qu’on voit partout déverser leurs flots débordants de générosité même pas toujours mercantile. Normalement, l’iniquité devrait le céder à l’amour, et l’on devrait, par avance, pouvoir en « tressaillir d’allégresse », à mesure que s’amoncellent les preuves que tout le système qui s’est bâti sur la possibilité ouverte par nos techniques (orientées ou seulement secondées par un pouvoir étatique largement inféodé aux puissances de l’argent) d’imposer au monde minéral, animal et végétal un rapport unilatéral de pure exploitation et d’asservissement ; que ce système, dis-je, loin d’assurer à toute l’humanité des conditions d’existence dignes d’elle parce que fondées en justice et favorables au développement d’une liberté vraiment responsable, ne fait que l’enfermer toujours davantage dans l’illusion d’un bonheur qui ne se soucie que de lui-même, en même temps qu’il creuse sous ses pieds une fosse dans laquelle risquent de s’engouffrer tous ses rêves. 

Que se passe-t-il aux États-Unis ? Laure Mandeville, qui connaît bien ce pays, montre dans le Figaro (5 juin) qu’au sein même de la communauté noire un refus est entrain de naître devant l’affirmation que le racisme serait l’ADN de cette nation depuis les origines :

Une rébellion intellectuelle baptisée « 1776 », est en train de se lever au sein de la communauté noire d’Amérique contre les obsessions raciales de la gauche et sa volonté de relier toute l’histoire du pays à l’héritage de l’esclavage. Finira-t-elle par se traduire par une fragmentation du vote noir, au profit des républicains, processus qui serait une révolution politique ? La question reste sujette à caution vu le contexte de l’affaire Floyd, qui semble pour l’instant enflammer les théoriciens du « racisme systémique ». Mais le phénomène, très nouveau, n’en est pas moins intéressant. « 1776 » a été lancé dans l’indifférence générale de la presse généraliste au Press Club de Washington en janvier, par une cinquantaine d’intellectuels essentiellement afro-américains (à 60 %), emmenés par Bob Woodson, personnalité chrétienne et conservatrice respectée de la communauté noire, qui aide la jeunesse à sortir du cercle vicieux des ghettos. Le but de « 1776 » est de faire barrage au « projet 1619 », lancé au mois d’août 2019 à l’initiative du New York Times et couronné par le Pulitzer, qui a entrepris de mener une relecture radicale de l’histoire des États-Unis, en prenant pour postulat l’idée que l’arrivée d’un bateau chargé d’une vingtaine d’esclaves sur les côtes de la Virginie le 14 août 1619, aurait été « le véritable acte de naissance de l’Amérique » - pas la révolution américaine de 1776. Bref, l’esclavage serait plus que « le péché originel » du pays, il serait son « origine », a écrit le rédacteur en chef du New York Times Magazine Jake Silverstein. (…) Une vision incroyablement tendancieuse de l’histoire que « 1776 » entend contester, en rassemblant sa propre équipe d’historiens. « L’idée que l’esclavage serait dans notre ADN est l’une des idées les plus diaboliques et autodestructrices que j’ai jamais entendues», a noté Bob Woodson, accusant les organisateurs de « 1619 » et la gauche intellectuelle identitariste, « d’utiliser la souffrance de l’Amérique noire pour définir l’Amérique comme une organisation criminelle ». (…) Sur son blog du New York Times, les reportages audio sont bien faits, parfois émouvants. Mais les prémisses idéologiques du projet n’en apparaissent pas moins sujettes à controverse, comme l’ont souligné des historiens de renom, s’étonnant que le New York Times ait prêté sa légitimité à une entreprise qui semble faire plus œuvre d’idéologie que de vérité historique. « J’ai lu le premier essai de Nikole Hannah-Jones, qui allègue que la révolution s’est tenue en premier lieu à cause du désir des Américains de garder leurs esclaves… Je n’en croyais pas mes yeux », a réagi le grand historien de la révolution américaine Gordon Wood.

 

Pour consulter nos précèdentes publications, voir :

Au quotidien n°58

Au quotidien n°57

Au quotidien n°56

Au quotidien n°55

Au quotidien n°54

Au quotidien n°53 (du numéro 24 au numéro 53)

Au quotidien n°23 (du numéro 1 au n° 23)

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