Lire, apprendre, comprendre : trois conseils de lecture pour les enfants

Rédigé par Anne Bernet le dans Culture

Lire, apprendre, comprendre : trois conseils de lecture pour les enfants

Si vous ne souhaitez pas laisser vos enfants, désœuvrés, s’abrutir devant les écrans de télévision ou d’ordinateur, et puisque nous avons à nouveau les moyens de nous procurer des livres, en voici trois qui, chacun à sa manière, les instruiront du Beau et du Bien.

Une histoire de saint Gwénolé

Au mitan du Ve siècle, alors que les envahisseurs angles et saxons dévastent les côtes de Grande-Bretagne et massacrent les populations catholiques de l’île, Fragan, un chef de clan, un tiern, décide de passer la mer avec son épouse, Gwenn, leurs enfants, et leurs gens. Ainsi, comme tant d’autres Bretons à l’époque, débarquent-ils en Armorique, terre ravagée, cinquante ans plus tôt, par la grande invasion germanique et depuis dépeuplée. Ces colons ont toujours entretenu des liens étroits avec leurs cousins celtes du continent ; ils parlent la même langue et c’est sans difficulté qu’ils s’installent sur les terres laissées en friche. Fragan et les siens s’établissent dans la baie de Saint-Brieuc, où, en 460, leur naît un fils prénommé Gwénolé. Très tôt, les parents comprennent que cet enfant n’est pas comme les autres et que l’Esprit de Dieu repose sur lui. À sa demande, ils décident alors de confier Gwenolé à l’ermite Budoc qui forme de jeunes garçons au service divin. Ainsi commence la longue existence, ponctuée de prodiges et de miracles, de l’un des plus grands saints bretons.

La belle histoire de saint Gwénolé, premier moine de Landevennec, de Nathalie Fréour, est une exceptionnelle réussite (Ouest-France. 55 p. 13 €). S’il s’agit en principe d’un album pour enfants, la belle tenue littéraire et historique du texte, ce qui devient de plus en plus rare s’agissant de littérature pour la jeunesse, permet de l’offrir à des adolescents, voire à des adultes. L’auteur, également illustratrice, a donné une série de planches parfois à la limite du figuratif, ce qui n’a rien de déplacé s’agissant d’exalter la figure d’un saint celte, aux couleurs vives ou douces, d’une poésie merveilleusement évocatrice qui parle à l’âme. La dimension chrétienne de l’ouvrage, d’ailleurs cautionné par l’abbaye de Landévennec, est incontestable, ce dont il faut se réjouir. Et, en rêvant aux miracles de bilocation, guérison, libération, et autres merveilles, que les esprits rassis voulaient tenir pour pieuses fantaisies médiévales, du saint abbé, l’on se prend à songer au Padre Pio et à conclure que tout cela, finalement, doit être exact. Et l’on en éprouve une véritable jubilation.

 

Cotignac, le village de la Sainte Famille

Voilà un peu plus de cinq cents ans, le 10 août 1519, Jean de la Sacco, ou de La Baume si l’on veut franciser son nom, un paysan du village provençal de Cotignac, s’en alla, comme chaque jour, bûcheronner sur les pentes du Mont Verdaille. Alors qu’il travaillait, la Sainte Vierge, tenant l’Enfant Jésus dans ses bras et accompagnée de l’archange Michel, de sainte Catherine d’Alexandrie, patronne de la Maison de Valois qui régnait alors sur la France, et de saint Bernard de Clairvaux, lui apparut et lui demanda d’avertir les autorités de Cotignac qu’Elle leur réclamait en ces lieux la construction d’une chapelle placée sous l’invocation de Notre-Dame de Grâce, où il faudrait venir en procession afin qu’Elle pût répandre ses dons sur les pèlerins, demande qu’Elle renouvela le lendemain de façon pressante.

L’on avait la foi en ces temps lointains et les édiles de Cotignac se hâtèrent d’obtempérer aux demandes de la Reine des cieux. Les foules promises ne tardèrent pas à emplir l’église qu’il fallut agrandir, avant même que sa célébrité s’étendît à toute la France lorsque, en décembre 1637, Notre-Dame étant apparue à Paris à un frère augustin et lui ayant demandé de prévenir la reine Anne d’Autriche, désespérément stérile après vingt ans de mariage, qu’un fils lui serait donné si elle faisait trois neuvaines à Notre-Dame de Paris, Notre-Dame de Cotignac et Notre-Dame des Victoires, un dauphin naquit en effet. Louis XIV et sa mère n’oublièrent pas ce qu’ils devaient au sanctuaire provençal qu’ils comblèrent de leurs bienfaits. Fait unique dans l’histoire des apparitions, en  1660, par une journée d’été torride, saint Joseph se manifesta à son tour à Cotignac, sur une autre colline proche du village, et y fit jaillir une source intarissable, marquant combien est profonde l’unité de la Sainte Famille.

Ni la Révolution ni la déchristianisation n’eurent raison de Cotignac et de son double pèlerinage auquel, ces dernières années, Mgr Rey, évêque de Fréjus et Toulon, a tenu à redonner tout son lustre. C’est cette histoire (Cotignac, le village de la Sainte Famille. Téqui ; 31 p ; 13 €. Collection Petits Pâtres.) que Francine Bay raconte aux enfants ; Anne-Charlotte Laroque, dont le talent d’illustratrice ne cesse de s’affirmer, signe les dessins de l’album, gracieux, tendres, colorés et charmants. Une petite merveille !

Les merveilles de la Création

Apprendre à lire le grand livre de la Création est encore une façon de rendre grâces au Créateur. Pour cela, pourquoi ne pas choisir Reconnaître les traces d’animaux (Ouest-France. Guide déplipoche. 26 fiches imperméables et indéchirables. 5,90 €.) de Stéphane Signollet et Dominique Mansion ?

Le concept est intelligent : il consiste à remplacer les guides d’ornithologie, zoologie, tourisme et activités diverses par des fiches pratiques reliées format carte pliable qui tiennent dans la poche, sont imperméabilisées, résistent aux pires traitements et permettent d’accéder aux informations essentielles sur un sujet donné. Ce volume est destiné aux promeneurs qui, dans la forêt ou la campagne, cherchent à repérer le passage d’animaux souvent nocturnes ne se laissant pas facilement observer. À quoi reconnaître la présence de cervidés, sangliers, castors, martres, fouines, belettes, écureuils, blaireaux, lièvres, lapins, rats musqués, hulottes, pics, renards, marmottes, hérissons, hérons, cigognes, mésanges sur vos lieux de promenade ? Quelles empreintes, quelles traces, quelles laissées, quels vestiges de repas, quelles dégradations abandonnent-ils derrière eux permettant de les identifier ?

Les excellents dessins de Dominique Mansion, remarquable illustrateur naturaliste, vous seront d’une aide précieuse pour différencier les sabots d’un chevreuil de ceux d’un cerf, les traces sautillantes d’un oreillard, ou les pommes de pin ébouriffées dévorées par l’écureuil. Un excellent moyen de s’initier, et d’initier les enfants, à l’observation attentive et respectueuse de la nature et de la faune sauvage.

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