Au quotidien n° 65

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien n° 65

Que veulent exactement les militants antiracistes qui manifestent ces derniers temps ? L’hebdomadaire Marianne (12 juin) pose la question. Intéressant :

« On veut changer le système », ambitionnent Assa Traoré et et le jeune philosophe Geoffroy de Lagasnerie, coauteurs du livre le Combat Adama (Stock, 2019). Ce dernier formule l'idée de supprimer « la possibilité donnée à la police de contrôler les passants, de leur demander leur identité, de les fouiller et éventuellement de les pourchasser ». « L'Etat ne devrait pas avoir le droit de demander aux gens ce qu'ils font là », abonde plus tard le normalien au Point. (…) Mais comment dissoudre plus globalement le racisme s'il est, comme l'estiment les protestataires, à ce point « systémique » dans l'Etat et la société ? Beaucoup de figures de l'antiracisme politique n'ont pas répondu à nos sollicitations. A lire leur œuvre, leur boîte à idées ne semble pas déborder. Si ce n'est sur la question scolaire. Pour Traoré et Lagasnerie, la police et l'école sont deux faces d'une même pièce, ayant pour but « l'élimination sociale des Noirs et des Arabes », phosphore le second, pour qui « la mort d'Adama est le résultat d'un système de pointage du doigt qui commence dès le plus jeune âge, notamment à l'école ». (…) Davantage inscrit dans le champ des luttes que dans celui de l'action politique, le nouvel antiracisme est plus à l'aise dans les débats sur le militantisme. Hostiles à l'universalisme, ses représentants ont réussi à installer de nouvelles pratiques. Ainsi Rokhaya Diallo défend-elle avec ardeur et constance la tenue de réunions militantes en « non-mixité raciale », c'est-à-dire interdites aux Blancs. Youcef Brakni, du comité Adama, affiche, lui, la couleur : son but est d' « imposer la question des violences policières dans le débat public, de l'imposer aux mouvements de gauche ». Une logique de pression et de combat culturel donc, plutôt que de propositions politiques précises. (…) A quoi ressemblerait une abolition du « privilège blanc » ? Puisque les nouveaux antiracistes semblent incapables, pour l'heure, de le formaliser, celui-ci apparaît comme une invitation adressée aux Blancs pour qu'ils battent leur coulpe publiquement, sans changement structurel en vue. Un état de fait qui souligne le risque posé par l'antiracisme politique : attiser une colère, pointer un antagonisme, sans expliquer comment la grande réconciliation s'opérera. Si tant est que tel est bien leur objectif.

Alors que le film Autant en emporte le vent vient d’être retiré de la vente en streaming par HBO, une nouvelle traduction française du roman éponyme de Margaret Mitchell paraît en France. Le Figaro littéraire (11 juin) en a profité pour faire un point sur ce qu’en France nous appelons la Guerre de Sécession et qui s’appelle aux États-Unis la guerre civile (côté Nord) et la Guerre entre les États (côté Sud) :

MARGARET Mitchell disait qu’elle avait écrit un roman sur la façon dont les habitants de sa région avaient vécu la guerre civile et non pas un roman historique sur la guerre de Sécession dans son ensemble. Dès son plus jeune âge, à une époque où les enfants assis sagement sur les genoux des grandes personnes écoutaient leurs conversations, elle s’est imprégnée des histoires que racontaient inlassablement les vétérans et les femmes qui comme Scarlett étaient de toutes jeunes filles quand le conflit commença. Plus tard, elle a épluché des centaines de vieux journaux et magazines de l’époque, des écrits intimes, des correspondances et des dizaines d’autres ouvrages, avec un souci de réalisme qui donne à Autant en emporte le vent cette rare puissance d’évocation. Néanmoins, on ne peut s’empêcher de s’interroger : le tableau qu’elle brosse de la fin de la guerre et des années dites de Reconstruction, un régime d’occupation sous la férule de l’armée nordiste, est-il exact ? L’historien Farid Ameur, qui se passionne pour cette période depuis qu’il a lu et vu enfant les Tuniques bleues et Autant en emporte le vent, a fait sa thèse de doctorat sur les Français dans la guerre de Sécession. (…) Il confirme que la guerre civile a « réduit les États du Sud en cendres » : « Les villes et les campagnes ont été ravagées, les plantations incendiées, les propriétés pillées. En 1865, le Sud était dans un état de chaos total. Les réquisitions et le saccage des récoltes provoquèrent des disettes tandis que la corruption de certaines administrations et des bandes de hors-la-loi créaient un angoissant sentiment d’insécurité. » Comme le raconte Margaret Mitchell, la loi martiale fut instaurée en 1867 et les anciens notables sudistes privés du droit de vote jusqu’en 1872. « L’assassinat de Lincoln qui voulait user de modération envers les États séparatistes laissa le champ libre aux extrémistes qui voulaient traiter les États du Sud en provinces conquises et punir les rebelles. Les sudistes étaient ruinés, avilis, soumis, humiliés. Le fossé entre le Sud et le Nord se creusa », explique Farid Ameur. (…) Dans Autant en emporte le vent, l’arrogance moralisatrice des Américains venus du Nord spéculer sur la reconstruction du Sud nourrit également la rancœur sudiste : la bourgeoisie yankee a lu La Case de l’oncle Tom et milité contre l’esclavage mais n’imagine pas un instant engager une nourrice noire pour ses enfants, ce qui stupéfie Scarlett, la bouleverse et la met en colère. Farid Ameur confirme qu’il y avait beaucoup de racistes dans le Nord et que le clivage « gentils nordistes abolitionnistes contre méchants sudistes esclavagistes » est très réducteur. « Abraham Lincoln lui-même a dit que s’il pouvait sauver l’Union sans libérer un seul esclave, il le ferait. »

 

Pour consulter nos précèdentes publications, voir :

A quotidien n°64

Au quotidien n°63

Au quotidien n°62

Au quotidien n°61

Au quotidien n°60

Au qutodien n°59

Au quotidien n°58

Au quotidien n°57

Au quotidien n°56

Au quotidien n°55

Au quotidien n°54

Au quotidien n°53 (du numéro 24 au numéro 53)

Au quotidien n°23 (du numéro 1 au n° 23)

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