Au quotidien n° 66

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien n° 66

Chaque matin, la rédaction de L'Homme Nouveau vous propose une courte revue de presse, principalement axée sur la réflexion (sans dédaigner l'information pure). Nous ne cherchons pas d'abord à faire du clic, pour nourrir des statistiques et l'auto-satisfaction. Notre démarche est plus simple et repose sur une conviction presque simpliste : « demain se prépare aujourd'hui ». Dans ce sens, depuis des années, L'Homme Nouveau propose un regard différent, loin des clivages faciles dans le but d'offrir les outils conceptuels, les habitus de réflexion pour reconstruire une société humaine et chrétienne. cette Revue de presse ne se contente pas de proposer des informations éphémères, mais vous offre aussi de découvrir des réflexions. Elle est là pour nous inviter à réfléchir. Elle ne perd donc (presque) rien de son actualité. Elle se lit et se relit.

 

Dans le Figaro Magazine (12 juin), Eric Zemmour revient à l’origine des manifestations en France contre le racisme, nées à la suite de la mort de George Floyd aux Etats-Unis :

C’est le débarquement tous les jours. Beaucoup de bombardements et beaucoup de destructions. Tous les événements et tous les concepts idéologiques venus d’Amérique sont acceptés et digérés sans aucun esprit critique par les cerveaux français. Régis Debray n’a pas tort lorsqu’il ­explique que la fille est devenue la mère et que la « civilisation américaine » règne désormais sur les « cultures » européennes. On peut le constater avec cette affaire Floyd, du nom de ce jeune Noir tué par un policier de Minneapolis. Aussitôt, les esprits s’embrasent. Les ­manifestations (interdites) se multiplient. Le discours victimaire se répand comme une traînée de poudre. Les militants noirs vitupèrent contre le « privilège blanc » et des Blancs s’agenouillent en signe d’expiation. Jadis, on apprenait que « comparaison n’est pas raison ». Désormais, comparaison est passion. Nous sommes tous des Américains. Les Noirs africains nés en France ont été ­esclaves en Amérique et les descendants de paysans français ont tous eu des esclaves comme dans Autant en ­emporte le vent ! George Floyd et Adama Traoré sont ­frères de race et de destin, tous deux victimes du racisme blanc. Les ­races n’existent pas, mais les racistes existent quand même. Les Noirs, de part et d’autre de l’Atlan­tique, sont victimes du même « racisme d’État », dont le bras armé est la police qui ne lutte pas contre les trafics, mais persécute en fonction de la couleur de la peau. Cette soupe conceptuelle est en vogue sur les campus américains. Elle a été cuisinée - ironie du sort - par ­quelques intellectuels français dans les années 1960, adeptes de la déconstruction. Cette « French theory » nous est revenue en boomerang. Elle rassemble les minorités sexuelles et raciales contre leur seule cible : l’homme blanc hétérosexuel. Avant le confinement, c’étaient les ­féministes qui s’en prenaient à lui, multipliant les lyn­chages médiatiques et les accusations de féminicides. ­Désormais, ce sont les militants d’extrême gauche, alliés à leurs acolytes antiracistes qui tentent d’imposer leur discours victimaire et racialiste.

Même son de cloche (révérence gardée…), ou presque au Point (11 juin), dans l’éditorial de Franz-Olivier Giesbert :

En France, l’américanisation de la pensée est en marche, rien ne l’arrêtera. Les racialistes, les décoloniaux et les indigénistes, autrement dit les « Français malgré eux » (1), importent leur idéologie des campus américains et ne cessent de marquer des points, comme le montre leur campagne contre les « violences policières » en France après la mort du Noir George Floyd aux États-Unis.

Tout n’est certes pas à jeter dans ce mouvement de contestation et on peut toujours discuter du concept de « privilège blanc », selon lequel la couleur de la peau peut être un avantage. Mais comment accepter le monde rigidifié, ethnicisé, que veulent nous imposer ces néo-identitaires ? (…) D’ordinaire mieux inspiré, Joe Biden, le candidat démocrate à la présidence des États-Unis, a sombré dans cette racialisation quand il a déclaré, avant de s’excuser : « Si vous avez un problème pour savoir si vous êtes pour Trump ou pour moi, c’est que vous n’êtes pas noir. » Logique : si l’engeance racialiste gagne la bataille idéologique en cours, nous serons tous réduits à notre couleur de peau. 

Sans excuse est la complaisance à l’égard des racialistes d’une gauche de plus en plus délétère. Y a-t-il une logique à vouloir obsessionnellement faire taire Éric Zemmour, les souverainistes ou les identitaires si c’est pour s’agenouiller pieusement, ensuite, devant les icônes de l’indigénisme, qui sont souvent des suprémacistes à l’envers, décidés à refaire la France à zéro, à leur façon ? u diable, les grands auteurs comme Platon, Molière ou Darwin, incarnations de la société occidentale tant honnie ! Dans les universités des États-Unis, dernières forteresses marxistes de la planète avec l’université française, l’heure est de plus en plus aux cultures alternatives, aux marginalités discriminées. L’enracinement, si cher à la philosophe Simone Weil, est interdit dès lors qu’il est ici et non ailleurs. Tels sont les effets du progressisme.

Tout en refondant la culture, il s’agit de réécrire l’Histoire, quitte à en zapper des pans entiers. Les racialistes américains s’attaquent-ils aux statues des généraux sudistes de la guerre de Sécession ? En Martinique, leurs épigones français déboulonnent deux statues de Victor Schœlcher, le militant qui a décrété l’abolition de l’esclavage, en 1848. Il avait un grand tort : il était blanc. 

 

 

 

 

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