Le Pape nous explique le sens de la lutte entre Dieu et Jacob dans la Bible

Rédigé par un moine le dans Religion

Le Pape nous explique le sens de la lutte entre Dieu et Jacob dans la Bible

Commentaire de l'audience générale du Pape à la Bibliothèque du palais apostolique le juin 2020.

Le Pape poursuit ses allocutions sur la prière lors des audiences du mercredi. Comme Benoît XVI l’avait fait en 2011, il se penche sur les grands orants de l’Ancien Testament. Après Abraham, il aborde la personne tourmentée de Jacob qui nous offre, dans le récit difficile à interpréter de la lutte avec Dieu au gué de Yabboq, un bel exemple de prière « comme combat de la foi et victoire de la persévérance » (Catéchisme de l’Église catholique). Jacob a décidé de prendre congé de Laban et de revenir dans sa terre natale avec femmes, enfants et troupeaux. Avec astuce, il compte sur la nuit toujours favorable pour agir de façon cachée et échapper ainsi à une rencontre de jour avec son frère Esaü qu’il craint. Après avoir franchi le gué du torrent, il est brusquement agressé par un inconnu avec lequel il lutte toute la nuit. Le texte sacré ne précise pas l’identité de l’agresseur, sinon de façon générique : quelqu’un. La nuit empêche de l’identifier. Dans cette lutte, Jacob semble d’abord le plus fort, mais l’adversaire le frappe à la hanche, ce qui contraint Jacob à boiter. La partie semble alors gagnée pour l’adversaire. Or, c’est ce dernier qui demande grâce à Jacob qui lui répond qu’il ne le lâchera pas tant qu’il ne lui aura pas révélé son nom. La lutte contre Dieu est dans la Bible un symbole fort de la prière. Le mystérieux agresseur ne dévoile pas son identité. Par contre, il donne un nouveau nom à Jacob qui s’appellera désormais Israël parce qu’il a combattu contre Dieu. On sait que dans la tradition biblique, le fait de changer de nom était de la plus haute importance, car il équivalait à un changement de mission. Il en avait été ainsi pour Abraham. Il en ira de même pour saint Pierre.

Le combat de Jacob a nourri pendant plusieurs siècles la piété des chrétiens avides de solitude et de silence pour découvrir la face du Dieu de Jacob. Dans son combat, Jacob crut voir Dieu, puisqu’il s’étonna de ne pas mourir. Mais tant que le voile d’ici-bas ne s’est pas déchiré, le face-à-face définitif est impossible. Ce n’est qu’au Ciel que nous verrons Dieu « comme il est », nous dit saint Jean. Si Dieu nous octroie des faveurs de Thabor, l’Époux ne restera pas longtemps, si ce n’est par l’union réalisée par la grâce sanctifiante. Les Pères de l’Église virent dans ce combat le symbole du combat spirituel et l’efficacité d’une prière instante et constante, pour remporter la victoire finale. Le Pape les suit ici. De fait, le combat de la foi entraîne une longue lutte jusqu’à l’aurore, car il n’y a pas de persévérance possible sans ténacité. Souvenons-nous des passages de saint Luc sur la prière.

Beaucoup de Pères et d’auteurs spirituels ont vu également dans ce combat de Jacob le symbole des rapports tourmentés entre Israël et l’Église. Ainsi Bède le Vénérable dans son commentaire sur la Genèse. Luther a vu dans l’adversaire de Jacob le Christ lui-même et dans l’épisode une révélation voilée des deux mystères de la Sainte Trinité et de l’Incarnation. Il écrivait : « Sans contredit, cet homme n’est pas un ange, mais Notre Seigneur Jésus-Christ, Dieu éternel devenu homme ». Notons que, dans ce combat, Jacob prit conscience de la grandeur et de la transcendance de Dieu, mais également de sa proximité. Il comprit que Dieu habitait sur la terre des hommes. C’est pourquoi, il construisit une maison de Dieu, un autel qui devait marquer de façon durable cette mémorable rencontre. Par l’Eucharistie, Jésus demeure désormais avec nous jusqu’à la consommation des siècles. Vivons intensément ce sacrement de la Présence substantielle du « Dieu avec nous », Emmanuel.

 

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