Au quotidien n° 75

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien n° 75

L’Osservatore romano en langue française (23 juin) publie un extrait de la préface d’André Riccardi à un livre sur les archives de la gendarmerie pontificale pendant le pontificat de Pie XII, et singulièrement pendant la Seconde Guerre mondiale :

La situation devient encore plus complexe après le 8 septembre, quand les troupes nazies surveillent le Vatican et que l’on peut voir les patrouilles allemandes en faction de l’autre côté de la ligne blanche qui avait été tracée par les autorités vaticanes sur le bord de la place Saint- Pierre. Le Vatican est désormais l’otage du troisième Reich. Quel avenir sera réservé au Pape et à sa Curie ? La réponse n’est pas évidente. Pendant la période de l’occupation nazie, Pie XII ne sort plus des murs du Vatican, comme il l’avait fait auparavant, également en temps de guerre, pour se rendre par exemple parmi les personnes déplacées après le bombardement allié à San Lorenzo. Le Pape est enfermé derrière les murs fragiles du Vatican. Cesare Catananti — cela me paraît une acquisition importante — a retrouvé, dans les documents  de la gendarmerie, le projet du Vatican pour répondre aux tentatives d’invasion de ce petit Etat et d’enlèvement du Pape. Ce petit Etat était un espace de liberté et une alternative au totalitarisme nazi au cœur des terres contrôlées par Berlin. Pendant combien de temps pouvait-il être toléré? Il est prouvé qu’Hitler avait projeté d’enlever le Pape. Si la guerre avait suivi un autre cours, la liberté de Pie XII aurait sûrement été limitée ou peut-être entièrement supprimée. Le Pape en était conscient. L’épisode de l’arrestation du Pape à l’époque napoléonienne se serait répété. Mais que serait alors devenue l’Eglise catholique? Le Vatican sait que, en cas d’invasion, « toute résistance serait rapidement écrasée ». On ne se fait pas d’illusion sur la possibilité de se défendre. Faut-il utiliser les armes ? La décision est laissée entre les mains des « supérieurs », comme on dit au Vatican. La citadelle du Pape est une réalité sans défense dans la grande mer du pouvoir militaire et totalitaire du nazisme: tel est le Vatican dans la tourmente. On ne projette que la façon de se comporter. En cas d’attaque, les résidents doivent se rassembler dans le palais apostolique, autour du Pape: c’est le cœur du Vatican qui doit tomber le dernier. On lit dans un document retrouvé par l’auteur: si, « selon une terrible hypothèse, les hommes destinés à la défense des portes d’accès du palais apostolique étaient écrasés, tous les militaires aux ordres de leurs supérieurs respectifs, ayant rejoint l’appartement pontifical avec les gardes nobles, feront un bouclier de leur propre corps à la Sainte et Auguste personnes du Souverain pontife ». On ne peut rien faire d’autre.

Ajoutons que dans le cas d’un enlèvement, Pie XII avait prévu de résigner sa charge pour laisser à l’Église la possibilité de se donner un nouveau pape.

 

Le vaticaniste italien Sandro Magister  (ici en italien ; là en français) dresse un bilan négatif des relations entre le Saint-Siège et la Chine communiste, alors que s’approche l’échéance de l’accord entre les deux parties et d’éventuelles renégociations :

Le 22 septembre prochain, deux années après sa signature, l’accord secret signé en 2018 entre le Saint-Siège et la Chine sur la nomination des évêques « arrivera à échéance ».  C’est l’archevêque et diplomate Claudio Maria Celli, l’artisan de longue date des contacts entre les deux parties, qui l’a annoncé le 7 juin dernier. Et il a ajouté : « Je pense que nous devrons probablement le reconfirmer pour un ou deux ans mais le Saint-Siège n’a pas encore pris à ce sujet de décision à communiquer ensuite aux autorités chinoises ». Mgr Celli a reconnu que l’accord « n’est pas un chemin facile » étant donné qu’il y a des « obstacles qui demeurent » et « des situations qui nous laissent plus que dubitatifs, je dirais même inquiets ». En effet, pratiquement deux ans après la conclusion de l’accord, le bilan est désastreux pour le Saint-Siège. Sans compter Hong Kong et Macao qui ont un statut à part, les diocèses et les préfectures apostoliques en Chine sont au nombre de 135.  Par elles, au moment de la signature de l’accord, seules 72 étaient dirigées par un évêque, soit un peu plus de la moitié. Aujourd’hui, celles qui ont un évêque à leur tête sont toujours au nombre de 72.  C’est-à-dire avec pratiquement autant de diocèses qui continuent à être vacants, malgré que l’un des objectifs du Saint-Siège avec la signature de cet accord était justement celui de combler ces vides. Les deux seules nouvelles ordinations épiscopales ayant eu lieu après le 28 septembre 2018 – celles d’Antoine Yao Shun, ordinaire du diocèse de Jining, et de Etienne Yu Hongwei, coadjuteur du diocèse de Hanzhong – remontent toutes deux à avril 2019 et avaient été décidées avant la signature de l’accord. (…) On a beaucoup parlé de la levée immédiate par le Pape de l’excommunication des 7 évêques les plus inféodés au régime.  Mais dans l’autre sens, il ne semble pas que Pékin de son côté se soit montré enclin à légitimer les évêques clandestins. Ces derniers, au moment de la ratification de l’accord, gouvernaient 17 diocèses alors qu’aujourd’hui ils n’en gouvernent plus que 12.  Mais entretemps, les autorités chinoises n’ont donné leur assentiment qu’à deux d’entre eux : Pierre Jin Lugang, 65 ans, du diocèse de Nanyang, et Pierre Lin Jiashan, 86 ans, du diocèse de Fuzhou.  L’âge avancée de ce dernier n’est pas un cas isolé.  Parmi les évêques clandestins toujours en fonction, quatre ont plus de 80 ans et un autre est décédé en 2019 à l’âge de 92 ans.  Certains tablent sur leur disparition naturelle. Quant à ceux qui restent, ils sont loin d’être bien traités.  Nous avons déjà parlé de Mgr Guo du diocèse de Xiapu-Mindong, rétrogradé auxiliaire et placé sous surveillance.  Mgr Augustin Cui Tai, coadjuteur du diocèse de xuanhua, est privé de liberté depuis 2014.  Et Thaddée Ma Daqin, l’évêque de Shanghai, est lui aussi assigné à résidence depuis le jour de son ordination en 2012, destitué pour avoir pris ses distances avec l’Association patriotique des catholiques chinois, l’organe du régime chargé de contrôler et de mettre au pas l’Église.  Rien n’a pu lui obtenir la clémence, ni l’acte de soumission publique auquel il s’est plié en 2015, qui a donné lieu aux applaudissements – eux aussi inutiles – de « La Civiltà Cattolica », qui avait défini ce geste comme un modèle exemplaire de « réconciliation entre la Chine et le gouvernement chinois ».

 

Découvrez notre hors série spécial consacré à l'Église catholique en Chine.

 

 

Pour consulter nos précèdentes publications, voir :

Au quotidien n°74

Au quotidien n°73

Au quotidien n°72

Au quotidien n°71

Au quotidien n°70

Au quotidien n°69

Au quotidien n°68

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Au quotidien n°53 (du numéro 24 au numéro 53)

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