Notre quinzaine : Notre Église est l’Église des saints

Rédigé par Philippe Maxence le dans Éditorial

Notre quinzaine : Notre Église est l’Église des saints

« L’histoire de France, écrivait naguère Henri Pourrat, aurait pu faire l’économie de beaucoup de généraux, de rois, et de ministres : elle n’aurait pas pu se passer de ses saints. » 

Cette phrase du grand écrivain auvergnat m’est revenue spontanément en mémoire en apprenant, fin mai, la publication de décrets de la Congrégation pour la Cause des saints, reconnaissant les miracles ouvrant la voie à la canonisation de Charles de Foucauld et d’un autre Français, moins connu, César de Bus, fondateur de la Congrégation des Pères de la Doctrine chrétienne (cf. dossier p. 17). Et, comme un bonheur ne vient jamais seul, nous apprenions aussi la reconnaissance du miracle qui va permettre la béatification de Pauline Jaricot, fondatrice à la fois de la Propagation de la foi et du Rosaire vivant.

Moins que jamais, la France ne peut se passer de ses saints et il faut remercier la Providence de nous envoyer ces nouveaux modèles pour nous indiquer la voie à suivre et les moyens de rester fidèles à la vocation de notre pays.

Notre « en même temps »

Dans Les Saint de France, dont la première édition remonte à 1951 (1), Pourrat avait consacré un chapitre prémonitoire à Charles de Foucauld alors que celui-ci n’était même pas béatifié. Au-delà de son propos sur l’ermite du Hoggar, ce simple fait – un chapitre dans un livre – révèle ce que permettent de discerner les yeux de la foi qui ne se contentent pas de l’immédiatement constatable. De savants sociologues parlent aujourd’hui de la déchristianisation de notre pays et de la fin de la civilisation chrétienne. Ils sont à prendre au sérieux car, dans leur domaine, ils apportent des données intéressantes, peut-être nécessaires pour nous sortir de notre léthargie. Mais tenons, nous aussi, un certain « en même temps ». À ces constats naturels, il faut associer le regard de la foi qui n’oublie pas que Dieu est le vrai maître de l’Histoire. Vous voulez des preuves ? Penchez-vous un instant sur l’Église. Y a-t-il une seule institution humaine, aussi universelle, qui puisse se targuer d’avoir traversé les siècles en reposant sur un socle si faible, avoir été minée par toutes les contestations intérieures et les attaques extérieures et être toujours présente, dans sa faiblesse même, pour annoncer le même message ?

Hors des radars

C’est en fait un gage de véritable espérance pour nous : « notre Église, comme le répétait Bernanos, est l’Église des saints ». La sainteté échappe la plupart du temps aux radars naturels. Elle n’entre pas dans les schémas préétablis, ne se plie pas aux courbes et ne se prête pas aux statistiques. Vous n’en entendrez pas parler au journal de 20 h. Le positivisme et le relativisme de notre temps la renvoient d’office dans les nuées d’imaginations trop fertiles, de présupposés mythiques ou de rêveries passéistes. Avouons-le : nous avons parfois (souvent ?) prêté le flanc à ces critiques en canonisant trop vite des personnalités charismatiques, sans donner à nos appréciations le recul nécessaire du temps. Mais, alors, nous sommes les fautifs, pas l’Église ! À dire vrai, seule la sainteté soutient vraiment celle-ci pour lui permettre d’accomplir sa mission. Le reste, stratégies pontificales, techniques pastorales, est certainement important dans son ordre mais ne constitue pas le cœur même de la mission de l’Église.

Bienheureux Français

Réjouissons-nous donc ! En donnant à la France de nouveaux saints et bienheureux, l’Église fait à notre pays le plus insigne des cadeaux. Elle lui redit en même temps que la voie de la sainteté est celle qui amplifiera l’apport des médiations naturelles, qui restent toujours nécessaires. À ce sujet, gardons en mémoire les mots forts de Péguy dans L’Argent (suite) : « Le spirituel est constamment couché dans le lit de camp du temporel. »

Bienheureux sommes-nous, donc, catholiques français de ce XXIe siècle, qui ne sommes plus qu’une minorité : nous ne sommes pas seuls. Nous avons avec nous de nouveaux saints et de nouveaux bienheureux, qui s’ajoutent à une cohorte plus qu’éloquente. Et, comme rien n’arrive au hasard, c’est le moment de nous souvenir aussi que nous célébrons cette année le centenaire de la canonisation de Jeanne d’Arc. Évoquant son procès, Bernanos rappelait avec la force de sa foi et de ses mots le grand mystère de l’Église : « Notre Église est l’Église des saints. Nulle part ailleurs on ne voudrait imaginer seulement telle aventure, et si humaine, d’une petite héroïne qui passe un jour tranquillement du bûcher de l’inquisiteur en Paradis, au nez de cent cinquante théologiens. » (2) Décidément, la sainteté reste la seule grande aventure qui vaille. Que nos saints français nous guident pour rendre la France au Christ.

 

1. Toujours disponible chez DMM (224 p., 16,50 €).
2. Jeanne, relapse et sainte, DDB, 77 p., 9,20 €.

 

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