Notre quinzaine : L’Occident au risque de l’Histoire

Rédigé par Philippe Maxence le dans Éditorial

Notre quinzaine : L’Occident au risque de l’Histoire

En quelques semaines, les États-Unis et l’Europe ont été emportés par une fièvre iconoclaste. À tout prix, il fallait détruire les symboles d’une civilisation qui serait par nature raciste et violente.

Partie des États-Unis, cette fièvre s’est propagée comme un virus, emportant avec elle toutes les défenses immunitaires qui auraient dû lui être spontanément opposées. Au-delà de la manipulation et des manœuvres, bien réelles, du nouveau radicalisme antiraciste, l’impact de ces manifestations destructrices montre à la fois la perte de la raison et du bon sens des nations occidentales mais aussi le profond épuisement moral et spirituel qui les habite désormais. La mort tragique aux États-Unis d’un homme noir (George Floyd) n’a pas conduit à un surcroît de justice, comme on aurait pu l’espérer, mais, au contraire, au déferlement d’une formidable injustice généralisée envers la mémoire de personnalités historiques et, plus largement, d’une civilisation occidentale mise d’un bloc au banc des accusés. Comme si l’injustice de la mort de Floyd ne pouvait être réparée que par une injustice encore plus grande, et le présent par une attaque systématique contre le passé et ce qui le représente, en l’occurrence des statues.

Perversion idéologique

Dans tout processus révolutionnaire, un événement tragique est détourné pour devenir un symbole et être récupéré au profit de causes qui dépassent son seul cas. Ici, cette récupération implique paradoxalement que les racistes comme les antiracistes communient en un étrange mimétisme dans la réduction de Floyd à la seule couleur de sa peau. Au point que l’on oublie qu’il s’agit d’abord de la mort d’un homme et d’un individu.

Il est vrai que le communautarisme des sociétés anglo-saxonnes favorise cette « réduction » raciale et nourrit, par contrecoup, une autre « réduction », celle des personnalités du passé à leur seule attitude vis-à-vis d’autres races. Considéré jusqu’ici comme le vainqueur du nazisme, l’incarnation du combat à outrance contre le fascisme ainsi que d’une certaine idée de la démocratie, Churchill est devenu du jour au lendemain le symbole du mal absolu. Les historiens apprécieront cette évacuation de la complexité. Mais il convient d’aller plus loin. Ce nouvel épisode de la « guerre des races » – théorisée par Michel Foucault, importée aux États-Unis, diffusée dans les universités et réimportée en Europe – ne constitue au fond que le dernier effet de la perversion idéologique dans laquelle nous baignons constamment.

Au fond, qu’est-ce que l’idéologie, sinon cette réduction du tout à la partie, de l’humanité à une classe, une caste, une race ou aux images que l’on s’en fait. Laquelle, en retour, a pour pendant l’exaltation de la partie au détriment du tout. Christophe Colomb est réduit à n’être qu’un esclavagiste pendant que l’appartenance à la race noire de George Floyd est exaltée. Derrière cette dialectique subversive se profile, en fait, le projet moderne visant à faire de l’homme la mesure de toute chose et à ne retenir que le point de vue subjectif, porté à son point d’incandescence. Un projet aussi vieux que la Renaissance et les Lumières et dont les contradictions internes débordent aujourd’hui jusque dans nos rues.

Sortir du piège dialectique

Que faire, dira-t-on ? D’abord ne pas se laisser submerger par l’émotion et le flot des opinions. Ensuite ne pas tomber dans le piège dialectique qui consiste à opposer les bons aux méchants, le présent au passé, en donnant crédit à la contre-culture diversitaire et à la culpabilité qui l’accompagne. Retourner au réel aussi, en interrogeant l’Histoire dans toute l’étendue de sa complexité.

C’est ce que nous tentons dans ce numéro dans le cadre étroit d’un dossier de quelques pages (voir également l’Essentiel en p. 34-35). Car l’extension du domaine de la lutte – c’était prévisible – vise aussi l’Église, matrice de la civilisation occidentale. Junípero Serra (1713-1784), par exemple, un prêtre missionnaire espagnol, a été canonisé par le pape François en 2015. Son crime ? Il est considéré comme l’apôtre de la Californie, ce qui a entraîné le renversement de sa statue à San Francisco. Derrière ce fait se profile l’attitude de l’Église vis-à-vis du racisme et de l’esclavagisme ou encore, dans l’Ancienne France, la question du Code noir. Pour notre part, nous sommes allés plus loin en rappelant ainsi le racisme d’une des grandes figures des Lumières.

Il n’y a que le vrai qui apporte la véritable libération. Que nous soyons blanc, noir, jaune ou rouge. Le Christ est venu pour tous et le salut qu’Il apporte n’est destiné ni à une race, ni à une nation, ni à un clan. C’est pourquoi Il est notre seule espérance ! 

Ce billet a été publié dans L'Homme Nouveau, je commande le numéro

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