Jean Breton n'en pense pas moins | Année De Gaulle pour les gaulois réfractaires

Rédigé par Jean Breton le dans Humeur

Jean Breton n'en pense pas moins | Année De Gaulle pour les gaulois réfractaires

Monsieur Macron a lancé l’année « De Gaulle », profitant de quelques chiffres ronds dans les anniversaires de ce grand homme, y compris sa naissance et sa mort. C’est la vie entière de ce saint de la république qui est mise à l’honneur. Pas seulement le résistant, mais également le poilu et le président. Le dissident de 1940 et le retrait de l’OTAN. L’exil en Angleterre et la répression du putsch. La reconnaissance de la Chine Communiste et l’Europe des Nations.

Bien entendu, les commémorations choisiront avec soin les aspects de sa vie mis en avant. En exaltant l’Appel du 18-Juin, on glorifiera la légitimité du pouvoir et la Cinquième République. En célébrant la France Libre (oubliant Auphan, les tondeuses et lettres anonymes de la Libération), on promouvra l’Unité de la Nation. Au prétexte de pérenniser un système à bout de souffle, on montrera celui qui eut le courage d’en créer un nouveau. Bref, on utilisera ce personnage complexe uniquement comme symbole, comme une œuvre d’art moderne qui peut dire tout et son contraire selon le panneau explicatif qui l’accompagne.

En plein conflit de Black Lives Matters, il est surprenant que celui qui refusait « Colombey-les-deux-mosquées » soit si peu attaqué, là où Churchill a eu droit à son déboulonnage à Londres. Probablement l’inertie de la grosse machine à propagande, qui a construit depuis 70 ans l’immaculée conception du Général. Ceux qui manipulent les manifestants (plus racistes que l’objet de leur haine) savent que cette icône est la dernière qui reste aux Français, à peu près consensuelle, et pas loin d’être la seule bénie par le régime. En l’attaquant, ils pourraient perdre la passivité – qui vaut autant qu’une allégeance – du gaulois réfractaire.

Toute la symbolique du personnage est en fait une mise en abyme. C’est un symbole parce qu’il rassemble, il rassemble parce qu’il est présenté comme exemplaire, et il a été présenté comme exemplaire dans chacun de ses actes et pour chacun des nôtres en vue d’en faire un symbole. Le premier qui se réclame de De Gaulle a raison. Tout est bon, dans le De Gaulle ! à condition de rester général. Sa vision sociale ? Mai-68 est passé par là. Économique ? tout a été vendu. Géopolitique ? non, toujours plus du « machin ». La dispute sur les qualités, les défauts, les gloires et les ombres du Général n’a plus lieu d’être ; elle a été évacuée par une rhétorique. C’est un modèle, mais on ne sait même plus pourquoi. C’est un exemple, mais on ne dira pas en quoi il faut l’imiter.

De Gaulle en 2020, c’est le Bien. Pas la pensée Gaullienne. On ne demande pas à une statue de penser. Ni à un drapeau de faire de la géopolitique. D’ailleurs, on ne demande pas au Français d’adopter quoi que ce soit du Général, ou pire du Gaullisme. On lui demande juste de continuer à croire que c’est le seul héros toléré, et que c’est le respecter que de s’unir autour de son successeur. Tu es De Gaullus, et super hanc Gallia…

 

 

Jean Breton est le pseudonyme que prend, dans L’Enlèvement de Volkoff, « 2K », agent chargé par la France d’enlever le dictateur du Monterrosso dans des Balkans pas si imaginaires que ça. Sa couverture de journaliste sportif lui permet de prendre de la hauteur sur les évènements qu’il observe ; les connaissances de son métier lui permettent de voir la duplicité des médias en charge de « couvrir » la guerre ethnique et religieuse ; son expérience du terrain lui conserve un pragmatisme proche du bon sens paysan. Sa devise : Duc in Altum !

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