Jean Breton n'en pense pas moins | Dis-moi comment tu ranges tes livres...

Rédigé par Jean Breton le dans Humeur

Jean Breton n'en pense pas moins | Dis-moi comment tu ranges tes livres...

Puisque les plages sont fermées et que la météo était meilleure durant le confinement qu’en cet été, vous ferez sûrement un détour par votre bibliothèque en faisant la valise de vos vacances. Votre bibliothèque, c’est une part de vous-même. Vous y trouvez les livres que vous aimez, de beaux livres, des vieux livres, des best-sellers et des éditions collector, de toutes tailles. C’est un signe de votre personnalité ; certains rangent par collection et par ordre croissant de taille, pour lui donner un aspect rangé. D’autres préfèrent trier vaguement par thème, chose impossible car ce n’est pas linéaire ! en ressort un fatras que l’ordonnateur prétend rangé. D’autres enfin préfèrent lire le contenu que passer des heures à la trier… Dis moi comment tu ranges tes livres, je te dirais comment tu es rangé dans ta tête !

Votre bibliothèque, c’est aussi un signe communautaire. Vos camarades de conviction s’y reconnaissent un peu, y trouvant quelques ouvrages qu’ils ont aussi, ou dont ils ont lu la recommandation dans un magazine bimensuel quelconque. N’allez pas crier à l’esprit de Panurge et à l’étroitesse de la pensée ! Est-ce malsain d’accepter des conseils ?

Votre bibliothèque, c’est surtout un beau meuble. Réduction à l’échelle domestique des monuments des anciens temps, quand on savait que la conservation des écrits méritait mieux que le béton. Meuble hérité passablement délabré réparé un dimanche soir par trois vis vaguement de guingois, meuble en « bois rustique » pour les plus fortunés, ou étagère « QuickefluckStömo » en sapinette de fragilium. Les livres méritent un bel écrin… mais faute de moyens, on oubliera le contenant au profit du contenu !

Votre bibliothèque comporte quelques incontournables. Les Raspail, Sévillia, Volkoff, Sarah, Soljenitsyne, Chesterton et autres auteurs qui vous prêtent la formulation et la défense de vos idées. Également, les auteurs classiques, trois livres de la Pléiade reçus à ses seize ans, le reste en livre de poche (ces derniers bien plus lus, d’ailleurs). Zola, Hugo, Dumas… qu’importent leurs engagements politiques de l’époque ! Leur qualité compense, et leurs romans apprennent bien mieux sur l’histoire de France que la liste des rois affichée sur la porte des commodités. « De Camus à Brasillach, j’assume tout ! »

Votre bibliothèque ne parvient pas à se débarrasser aussi de quelques anecdotiques dépareillements. Le roman à l’eau de rose qu’on détesterait mais qu’on a adoré jadis. Les « beaux grands livres » sur un sujet puissant – architecture, guerres de Vendée,… – trop grands pour ne pas être mis dans l’angle obscur au bout du meuble, trop beaux pour être laissés sous la table basse à la merci de notre gambadante progéniture. Feuilletés le jour où on nous les a offerts, pour les plus chanceux ressortis une fois quand la conversation s’y prêtait. Et relégués pour dix ans.

Votre bibliothèque n’est pas qu’à vous. En témoignent quelques trous dans les rayonnages, parce qu’un livre, ça se prête. En témoignent aussi des initiales étrangères sur la première page, parce qu’un livre ça se prête. Bien sûr, il sera rendu, l’an prochain, ou celui d’après. Mais il colle si bien à l’harmonie de l’ensemble, ce serait dommage !

Votre bibliothèque, c’est parfois votre orgueil. Un étalage de votre culture, de la certitude de vos goûts. Plutôt dans le salon que dans la chambre, on l’expose. Les livres « qu’il faut avoir » en évidence à hauteur d’yeux, les livres les plus anciens, avec la reliure qui a été dorée, accessibles. Vice si commun qu’il est de mauvais goût de demander si l’heureux propriétaire en fut un jour l’heureux lecteur.

Peut-être est-ce là la limite de la prétention, à ne pas franchir : cette part de soi-même, ce signe d’appartenance, ce beau meuble, ce marquant de notre érudition, pourquoi le fausser en le bourrant d’ouvrages que vous n’avez pas lu ? flatter ou impressionner ses visiteurs en exhibant la Somme Théologique dont on ne comprend pas un traitre mot, ou la complète de Dostoïevski dont on n’a pas dépassé l’introduction (de mille pages il est vrai) ?

Conseil du jour : ne soyez fier que de ce que vous êtes. Ne soyez prêts à partager que ce que vous avez. Bref, ne rangez dans votre ostensoir que ce que vous avez lu. Les autres… une pile dans un endroit gênant, pour vous rappeler qu’il est sain de couper sa consultation frénétique des sites de (ré)information un soir par semaine.

 

Jean Breton est le pseudonyme que prend, dans L’Enlèvement de Volkoff, « 2K », agent chargé par la France d’enlever le dictateur du Monterrosso dans des Balkans pas si imaginaires que ça. Sa couverture de journaliste sportif lui permet de prendre de la hauteur sur les évènements qu’il observe ; les connaissances de son métier lui permettent de voir la duplicité des médias en charge de « couvrir » la guerre ethnique et religieuse ; son expérience du terrain lui conserve un pragmatisme proche du bon sens paysan. Sa devise : Duc in Altum !

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