La Fraternité Saint-Pierre : servir l'Eglise par la formation

Rédigé par Odon de Cacqueray le dans Politique/Société

La Fraternité Saint-Pierre : servir l'Eglise par la formation

Fondée en 1988, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre œuvre à la formation et la sanctification des prêtres et donc des fidèles. Pourquoi cette communauté de prêtres s'engage-t-elle auprès des écoles et quel est le rôle de la Fondation Kephas qu'elle a créé ? L'abbé Paul Giard, référent écoles pour la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre, nous répond. 

Entretien avec l’abbé Paul Giard, Président délégué de la Fondation Kephas, référent écoles pour la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre.

Propos recueillis par Odon de Cacqueray.

 

Au sein de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre vous êtes en charge de la Fondation Kephas. Quels en sont les buts ?

La Fondation Kephas est une œuvre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre née du constat que le ministère que nous remplissons demandait un investissement de plus en plus important dans les écoles. Une spécificité de la loi française adoptée en 1901 interdit aux communautés religieuses et aux diocèses de gérer directement des écoles. Les associations cultuelles et diocésaines ne peuvent pas financer quelque organisation qui n’ait pas trait au culte, a fortiori les écoles. Partant de ce constat, la Fraternité Saint-Pierre a créé une structure qui puisse lui permettre d’aider, soutenir et financer celles (près de 25) où ses prêtres interviennent, que ce soit dans l’aumônerie, l’enseignement ou même la direction : ainsi est née la Fondation Kephas. Elle ne gère pas directement ces écoles, elle les soutient.

Elle est abritée par la Fondation pour l’école (FPE), elle-même reconnue d’utilité publique. Ce statut permet à notre fondation de recevoir des dons avec la possibilité d’éditer des reçus fiscaux et des legs exonérés de droits de succession. Le fait qu’elle soit rattachée à la FPE lui permet également de bénéficier d’une aide juridique et académique.

 

Comment aidez-vous les établissements que vous suivez à proposer des coûts raisonnables de scolarité ?

Par le biais de la Fondation Kephas, il y a une collecte d’argent. Cet argent est ensuite distribué aux écoles (hors contrat), non pas prioritairement pour payer les salaires, mais d’abord pour aider dans les investissements (bâtiments, travaux, etc.). Évidemment, lorsque les circonstances sont mauvaises, la Fondation aide à passer le cap difficile en finançant les écoles. C’est souvent le cas lorsqu’elles sont créées : dans les premières années de fonctionnement, il y a souvent un déficit. Les écoles sont au plus près des familles, ce sont souvent elles qui les orientent directement en cas de difficultés financières vers des organismes proposant des bourses. La Fondation Kephas ne propose donc pas directement de bourses.

 

 

La Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre va-t-elle au-delà de l’aide financière aux écoles ?

Nous nous efforçons de proposer une aide plus large que la dimension financière aux écoles que nous accompagnons. Dans beaucoup d’écoles qui débutent, les laïcs qui se lancent ont généralement besoin d’aide et l’expérience que peuvent avoir certains de nos prêtres peut leur être bénéfique, dans la construction du projet pédagogique par exemple. L’idée est de mutualiser les efforts. Lorsqu’un mode de fonctionnement marche dans une école, il n’est pas forcément nécessaire de tâtonner pour en trouver un nouveau ailleurs. Depuis un an, en tant que référent, je suis en charge du suivi des écoles que nous accompagnons.

L’idée qui nous anime est la nécessité de greffer l’ordre surnaturel sur un ordre naturel en place et les écoles ont un rôle essentiel à jouer de ce point de vue.

 

La Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre opère-t-elle une réorientation de ses objectifs vers les écoles ?

La Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre a été créée pour servir l’Église, par la sanctification des prêtres et donc des fidèles. Cette finalité première restera toujours la même. Il est vrai qu’en 1988, le contexte faisait que l’accent était mis sur la liturgie.

Il est apparu depuis le motu proprio Summorum Pontificum de 2007, que la Fraternité ne pouvait pas se limiter à une œuvre de célébration de la liturgie dans la forme extraordinaire du rit romain en ce sens que cette forme liturgique a été étendue à toute l’Église universelle de manière large et généreuse par le pape Benoît XVI.

Pour nous, prêtres de la FSSP, ce fut l’occasion d’approfondir la conscience que nous avons de notre mission, qui est la formation au sens large. Pour faire une analogie, quand un enfant est baptisé, il faut s’assurer qu’il reçoive une éducation chrétienne ; de la même manière, lorsque nous donnons les trésors de la liturgie traditionnelle aux fidèles, il faut que nous nous assurions qu’ils aient la formation intégrale qui leur permette d’en retirer les fruits. À partir de 2007, des prêtres de la FSSP ont donc insisté sur ce rôle que nous avions à jouer, dans la formation des prêtres d’abord, mais aussi la formation générale, s’appuyant pour ce point sur l’article 14 de nos constitutions qui, dès l’origine, dispose que :

« Des écoles libres de toute entrave séculière autant qu’il se pourra seront encouragées et éventuellement fondées par les membres de la société, en conformité avec le droit de l’Église (cf. CIC can. 796 et suivants). De ces écoles sortiront des vocations et des foyers chrétiens. »

Nous ne deviendrons sûrement pas une congrégation exclusivement enseignante, mais la conjoncture va peut-être nous pousser à prendre plus de responsabilités auprès des écoles.

 

Être directeur d’école ou professeur ne s’improvise pas. Avez-vous une formation spécifique au séminaire pour occuper ces postes ?

Actuellement, nous sommes au stade où nous repérons, au sein des candidats au sacerdoce dans nos séminaires, ceux qui ont le profil, un certain nombre de qualités humaines, l’intérêt et le goût de ce type de missions. Pour l’instant nous ne proposons pas une formation académique à cet effet. Pour enseigner ou diriger certaines écoles, il faut des diplômes ; certains prêtres les ont passés avant le séminaire, d’autres les passent a posteriori.

 

Comment se fait la transmission de la foi au sein de vos établissements ?

En plus de la présence et de la disponibilité des aumôniers, tous nos établissements ont des cours d’instruction religieuse obligatoires. La vie sacramentelle est bien entendu au cœur de la transmission de la foi. Nous nous efforçons de proposer la messe et la confession régulièrement aux élèves. Les familles doivent adhérer à ce que nous offrons aux enfants, pour autant nous n’exigeons pas qu’elles soient affiliées à nos chapelles et paroisses.

Ceci étant, l’engagement d’un prêtre au sein d’une école est une grâce pour les jeunes qui côtoient ce prêtre au quotidien : le contact est un moyen privilégié par lequel elle passe et révèle d’éventuelles vocations. C’est également un moyen de manifester aux enfants l’unité qui règne dans la religion catholique toujours en recherche de la vérité. Il n’y a pas une vérité scientifique d’un côté et une vérité religieuse de l’autre, mais le même Dieu qui se révèle et qui a créé l’univers et ses lois. Qu’un prêtre puisse aussi enseigner parfois des matières profanes témoigne de cette cohérence auprès des enfants, mais aussi auprès des enseignants et du personnel.

 

Avez-vous des projets de développement ?

Nous sommes régulièrement sollicités soit par des écoles qui ont du mal à fonctionner, soit par des gens qui souhaitent ouvrir de nouveaux établissements. Il s’agit le plus souvent d’écoles primaires et de quelques collèges et lycées. Pour l’instant nous sommes majoritairement présents dans l’enseignement général. Nous sommes peu investis dans l’enseignement technologique et professionnel, hormis un ou deux établissements où nous assurons l’aumônerie et qui proposent des filières technologiques. C’est un point sur lequel nous allons devoir travailler puisqu’une demande importante existe. Il est à noter que l’investissement matériel nécessaire pour les filières professionnelles est très important ; le jour où nous souhaiterons développer cet axe, nous aurons besoin d’un gros apport financier. La crise financière engendrée par l’épidémie a épuisé la quasi-totalité de nos réserves, tous les dons sont donc les bienvenus ainsi que les prières de tous pour la bonne marche de nos établissements et les vocations qui nous permettront d’avoir plus de prêtres disponibles pour nos écoles.

 

 

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