"Bienheureux quand on vous outragera, disant toute sorte de mal à cause de moi"

Rédigé par un moine le dans Religion

''Bienheureux quand on vous outragera, disant toute sorte de mal à cause de moi''

"Bienheureux quand on vous outragera, disant toute sorte de mal à cause de moi (Mt. 5,12)." 
La dernière béatitude vante le martyre, comme si nous y étions tous appelés d’une façon ou d’une autre. Mais la panique n’est guère bonne conseillère. Il faut prendre du recul. « Donne ton sang et reçois l’Esprit », disait un Père du désert, comparant à une certaine agonie le labeur spirituel de toute vie. Et Jésus attire tout à Lui, ouvert, se montrant à nous comme le premier de cordée et nous tirant malgré (ou mieux, à travers) nos épreuves, connues ou cachées. 

De manière étrange et merveilleuse à la fois, cette béatitude d’apparence si cruelle éclaire et apaise l’âpre actualité. En tout cas, elle y met de la lumière. Depuis de longues décennies, notre pays s’appuie ostensiblement sur des principes savamment ambigus, prêts à verser le sang. Exemple flagrant : le fallacieux « droit au blasphème », prétenduement fleuron de notre société des Lumières, se révèle brutalement n’être qu’une torche allumant une poudrière. Ridiculiser ce qui est le plus précieux pour l’autre, aussi éloigné de notre façon de voir soit-il, ne saurait jamais semer la paix : le sang répandu sur le trottoir et jusque sur le seuil de l’église oblige à se remettre en cause. Sans le dire, il dénonce le désordre moral, entretenu par le pouvoir législatif : je vois poindre là une guerre redoutable. 

En 1967, la loi Neuwirth a consacré un divorce existentiel entre le plaisir conjugal et la procréation. Le législateur a ainsi facilité le libertinage, et cela en pleine conscience. L’avortement légalisé a suivi, avec son cortège de limitations hypocrites jusqu’au stade où parler (et presque penser) contre l’IVG est devenu passible de sanctions pénales. Le sang innocent versé dans une salle d’opération, voilà ce qui a été froidement légalisé. 

Dans sa récente encyclique, le pape François dénonce ainsi ce processus infernal : « Le relativisme n’est pas une solution. Sous le couvert d’une prétendue tolérance, il finit par permettre que les valeurs morales soient interprétées par les puissants selon les convenances du moment » (Fratelli tutti, n° 206)À l’orée de son ministère papal, Benoît XVI dénonça cette «  dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui donne comme mesure ultime uniquement son propre ego et ses désirs ». Et il déplorait qu’on vante ce relativisme comme « l’unique attitude à la hauteur de l’époque actuelle : se laisser entraîner à tout vent de doctrine » (18 avril 2005)

Certes, la vertu semble difficile et son observance requiert de l’effort. Mais la voilà au surplus ridiculisée, éventuellement vouée à la prison. Or le vice, qui est la voie facile, mène à l’abîme et engage dans une direction qui coûte de plus en plus cher. « La sexualité humaine est devenue l’enjeu d’un immense marché financier où des sommes gigantesques sont investies,… marché qui se dissimule sous couvert de santé via les firmes pharmaceutiques » (Gabrielle Vialla, La Chasteté, Artège, 2020, p. 13).

Le pape émérite, imité maintenant par son successeur, nous encourage : « Allez à contre-courant, n’écoutez pas les voix qui sont nombreuses à faire la propagande de modèles de vie fondés sur l’arrogance et la violence, le succès à tout prix, l’apparence et les possessions matérielles » (Benoît XVI). « Gavés de connexions, nous avons perdu le goût de la fraternité », vient de nous dire le Pape (Fratelli tutti, n° 33).

« Pas de religion d’État, pas d’irréligion d’État », affirmait Aristide Briand en 1905 pour maquiller la laïcité d’un visage neutre et aimable. Mais celle d’aujourd’hui, en ridiculisant le respect, nous met tous en péril grave. Alors tout est piétiné dans la société, la famille, la vie naissante et la vie à son automne, en vantant au passage l’homosexualité que l’on prétend apaiser en la légalisant comme un état normal et naturel : justifier par la loi tous les désordres, encore une fois, cela ne saurait jamais créer l’ordre. C’est le droit lui-même qui se corrompt à ce jeu sinistre. Et tout cela finit de façon sanglante, dans la rue ou même à l’église.

Au lieu d’aider l’homme roué de coups sur son chemin, on avive ses blessures en l’empêchant de voir que réellement, profondément, la vie est belle : elle est toujours belle et plus que nous ne pouvons le dire, comme nous le crient la béatitude : « Bienheureux êtes-vous » quand il vous arrivera ces médisances et ces calomnies (cf. Mt 5, 12). Puisse notre société homicide laisser crier cette béatitude évangélique, pour convaincre les âmes éprouvées que leur vie est belle. Dans le secret, l’Immaculée, fêtée ces jours-ci, le dit tout bas à chacun de ceux qui se mettent à son école.

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