Guillaume Bernard : « Laissez-nous vivre ! »

Rédigé par Guillaume Bernard le dans Politique/Société

Guillaume Bernard : « Laissez-nous vivre ! »

Après être intervenu à Paris, devant l’église Saint-Sulpice, le vendredi 13 novembre, Guillaume Bernard (universitaire, docteur et habilité à diriger des recherches en histoire du droit) a tenu, à titre personnel, ce discours lors d’un rassemblement pour la liberté de culte, en Vendée, devant la cathédrale de Luçon, le dimanche 15 novembre. 

 

Chers amis, je viens vous apporter l’amicale salutation de nos frères réunis, vendredi dernier, à Paris, sur la place Saint-Sulpice et devant lesquels j’ai eu, comme aujourd’hui, l’honneur d’intervenir. Je ne parle, bien sûr, qu’en mon nom propre, mais je crois pouvoir dire, en notre nom à tous, que si c’est avec calme et sérénité que nous sommes ici rassemblés, toutes sensibilités unies, c’est aussi avec détermination. Depuis la semaine dernière, et tout au long de ce week-end, partout en France, nombre de nos compatriotes se sont rassemblés pour témoigner publiquement et prier… intérieurement puisque c’est une condition [abusive] imposée par la Préfecture[1]. Et, s’il le faut, si l’État reste insensible à notre juste demande, nous serons dans la terrible obligation morale de continuer à nous battre, d’une manière ou d’une autre. Dans le fond, notre revendication se synthétise en un slogan : laissez-nous vivre !  

Malgré la déchristianisation, l’État sait que nous sommes une force avec laquelle il faut encore compter, parce que nombre de nos compatriotes, même non-pratiquants, ont encore en eux la fibre, les racines de la chrétienté. Quand l’État menace de verbalisation alors que les manifestations déclarées sont parfaitement légales, quand l’État interdit des rassemblements identiques au nôtre, comme celui de Paris ou de Grenoble prévus aujourd’hui, c’est qu’il cherche à intimider, c’est qu’il se doute que la mobilisation peut devenir grandissante, c’est qu’il subodore que la base ne se laissera pas impressionner par quelques personnes – mêmes quand elles sont ecclésiastiques, il faut bien le dire – qui la pousse à la résignation, c’est qu’il craint, véritablement, la convergence des luttes et que les parvis ne deviennent les nouveaux ronds-points de la contestation. Laissez-nous vivre ! 

L’Exécutif prétend défendre la vie. Mais, il ne cesse de l’étouffer : la vie économique, la vie sociale, la vie culturelle, la vie biologique de l’enfant à naître et, pour couronner le tout, la vie spirituelle. Il est, par conséquent, impérieux de lui rappeler que la vie ne peut être artificiellement réduite aux seuls besoins primaires et matériels. Laissez-nous vivre !

Que les hommes politiques ne croient pas est une chose. Qu’ils étalent sur la place publique leur ignorance de la présence réelle du Christ dans l’hostie consacrée et leur condescendant mépris pour la messe en est une toute autre. Elles les conduisent à un discours indifférentiste qui, dans le même mouvement, nie la spécificité du culte catholique et refuse de reconnaître la place éminente – ontologique – du christianisme dans l’identité de notre corps social. Notre démarche ne relève en rien de l’individualisme ou du communautarisme. Au contraire : elle est une exigence de justice sociale, de justice distributive diraient Aristote ou saint Thomas d’Aquin : que soit rendu à chacun son dû. Et donc au catholicisme sa place fondatrice, essentielle, dans l’existence de la France. Laissez la France vivre ! 

Parmi nous, personne ne nie la maladie et le fait qu’elle puisse être grave pour les plus fragiles. Mais, nous dénonçons l’incohérence des mesures gouvernementales qui succèdent à une série d’injonctions contradictoires depuis neuf mois. À qui fera-ton croire que l’on est plus contaminable ou plus contaminateur dans une église que dans les queues aux caisses des supermarchés ? L’interdiction des messes publiques, tant en plein air qu’à l’intérieur des églises, est une mesure disproportionnée et liberticide. Cela constitue un véritable scandale. Laissez-nous vivre ! 

La puissance politique outrepasse sa compétence et tend à devenir tyrannique quand elle prétend suspendre l’exercice d’une liberté relevant du droit naturel : la liberté de culte. En outre, il n’y a pas que la liberté des fidèles qui soit remise en cause. C’est la liberté même de l’Église qui est atteinte, la liberté religieuse au sens fort du terme, c’est-à-dire la liberté pour l’Église de dispenser les sacrements. Laissez l’Église vivre !

Si les catholiques n’adressent leurs prières qu’à Dieu et à ses saints, nous n’hésitons pas à envoyer une supplique au pouvoir politique, une supplique qui prend, tout particulièrement en Vendée, son sens et sa gravité : que l’État ne contraigne pas notre clergé à devenir réfractaire : que l’État ne condamne pas les fidèles catholiques à se rendre à des messes clandestines. Ne nous persécutez pas à nouveau. Laissez les catholiques vivre ! 

À ceux qui invoquent, à tort et à travers, l’obéissance, il est, semble-t-il, nécessaire de leur rappeler que celle-ci ne vaut que dans le cadre de la justice, qu’elle ne peut être exigée que par une autorité légitime, agissant dans son domaine de compétence et ordonnant quelque chose permettant la réalisation du bien commun, c’est-à-dire le bien qui coordonne celui du tout et celui des parties, le bien qui permet à tous de tendre vers leur finalité. Tous ceux qui veulent empêcher les catholiques de réaliser leur obligation morale d’assister à la messe, au moins une fois par semaine, perdent donc toute crédibilité. Laissez-nous vivre ! 

L’État n’a pas compétence pour décider de tout ; il n’est pas légitime pour déterminer ce qui serait essentiel et ce qui ne le serait pas. La messe, renouvellement non-sanglant du sacrifice du Christ, est l’essence même du catholicisme. Pour un catholique, l’assistance à la messe est donc non seulement un devoir moral, mais aussi une nécessité vitale. La messe est vitale pour chacun des croyants. Elle l’est aussi pour l’ensemble de la chrétienté et même de la création. Les catholiques ne peuvent pas faire le sacrifice de la messe – comme certains, pourtant, cherchent à les y contraindre – car la messe est, justement, le plus saint, le plus vivifiant le plus essentiellement vital des sacrifices. Que l’État cesse de violer nos consciences, que l’État cesse de brimer notre liberté de culte, que l’État cesse d’exiger ce qui ne lui revient pas. Rendez-nous la messe. Et, laissez-nous vivre ! 

 

 

[1] Ce n’est évidemment pas au pouvoir politique de décider du contenu des slogans, des chants ou encore des discours prononcés lors d’une manifestation. Prier dans la rue lors d’un rassemblement déclaré ne peut, bien sûr, pas être interdit. L’espace public, en tant que tel, est supposé être religieusement neutre (encore qu’il y ait de nombreuses exceptions comme les cimetières) ; mais, il peut parfaitement y avoir des « manifestations » religieuses (telles des processions) dans l’espace public. Naturellement, il peut arriver que des prières de rue puissent choquer l’opinion publique. C’est vraisemblablement le cas lorsqu’elles se font dans un esprit de conquête (et non de résistance) et sans respect de l’ordre et de la tranquillité publiques (quand, par exemple, elles portent atteinte de manière répétée et prolongée à la libre circulation). Mais, est-ce le fait des catholiques ? 

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