Au quotidien n° 97 : Toujours Orwell

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien n° 97 : Toujours Orwell

Alors que George Orwell vient d’entrer dans la collection de La Pléiade, La Revue des deux mondes souligne, à travers l’éditorial de Valérie Toranian dans le numéro de décembre, combien notre monde s’est transformé en un vaste 1984.

 

En 2020, « Orwell ne manquerait pas de sujets d’inspiration », constate l’écrivain Julian Barnes dans l’entretien qu’il a accordé à Vanessa Guignery pour la Revue des Deux Mondes. Le Big Brother de 1984 a pris la forme d’une coalition numérique mondiale au doux nom de Gafam qui contrôle nos données, nos achats et même nos sources d’information. Comble de l’ironie (ou crime parfait ?), nous sommes les premiers à applaudir cette « tyrannie douce » que prédisait déjà Tocqueville dans De la démocratie en Amérique : de moins en moins de liberté pourvu qu’on nous garantisse le confort et la sécurité. Désormais, la vérité n’est plus qu’alternative, la novlangue triomphe partout, notamment dans l’écriture inclusive, illisible, qui creuse encore plus le fossé entre les élites et les classes populaires. L’appauvrissement de l’enseignement de la langue a été théorisé par les pédagogues de la rue de Grenelle depuis quarante ans. « Ne voyez-vous pas que le véritable but de la novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? », s’inquiétait Orwell dans 1984. Jean-Michel Blanquer aura fort à faire pour persuader son « mammouth » de remonter la pente constructiviste qui a abouti au score désastreux des petits Français dans les classements internationaux. (…) À partir de 1936 et de son reportage sur les conditions de vie des mineurs dans le nord de l’Angleterre, Orwell développe la notion de common decency, un terme difficilement traduisible. Faire preuve de common decency, « c’est se montrer digne de l’honneur qu’on vous fait en vous témoignant sa confiance ; c’est être à la hauteur de la juste opinion que l’on a de vous, et à plus forte raison de celle que vous êtes censé avoir de vous-même », précise Lucien d’Azay. Cette notion inclut un certain sens de la solidarité, de la générosité et de l’égalité, une droiture morale combinée à une haine des privilèges. Elle serait pour Orwell une disposition naturelle des plus pauvres. Une dignité propre. Pas d’angélisme pourtant chez l’auteur du Quai de Wigan. Il sait que l’ignominie n’est pas l’apanage de la bourgeoisie. Et comme le note Bruce Bégout, Orwell doute à la fin de sa vie (il meurt en 1950) « de la persistance de cette décence ordinaire dans les sociétés contemporaines soumises aux médias de masse, à la technologie déshumanisante ».La common decency fut souvent disqualifiée par les progressistes car elle s’appuie chez Orwell sur une vision traditionnelle de la moralité, sur un conservatisme des modes de vie et des pratiques sociales : « aller au pub, pêcher, bricoler, observer les crapauds », ces conventions ne sont pas anecdotiques, elles tiennent le monde debout

 

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