Au quotidien n° 102 : si c’est Marianne qui le dit…

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien n° 102 : si c’est Marianne qui le dit…

Le dernier numéro de Marianne (du 27 novembre au 3 décembre) contient un article historique qui mérite d’être signalé venant de cet hebdomadaire d’un farouche républicanisme laïcard.

 

À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, l’État va livrer une vraie bataille face aux congrégations. Sans ménagement : fermeture d’écoles religieuses, perquisitions dans les églises. À côté, le gouvernement actuel, soucieux de mettre son nez dans le fonctionnement des mosquées, passerait pour bien timoré. (…) Pourtant, cette République n’a pas toujours été velléitaire. Durant ses cinquante premières années, elle a bâti un vaste empire colonial et gagné la Grande Guerre. À l’intérieur, elle a manifesté une combativité rare pour un régime parlementaire. Face aux attentats anarchistes, elle a promulgué les « lois scélérates » qui limitaient la liberté de la presse. Surtout, elle dégagea une majorité parlementaire assez solide pour livrer des années durant une guerre idéologique et parlementaire contre l’Église catholique, qui était pourtant la religion de la majorité des Français.

Cette guerre religieuse fut la grande affaire de la IIIe République de 1879 à 1905, des premières lois de Jules Ferry sur l’école à la séparation des Églises et de l’État. (…) Dès le 15 mars 1879, le ministre de l’Instruction, Jules Ferry, dépose les premiers projets de loi qui lancent la réforme qui sera la fierté de la IIIe : l’instauration de l’école laïque, gratuite et obligatoire. La gratuité est acquise dès 1881. L’obligation de l’instruction, l’année suivante. La laïcité sera réalisée par étapes jusqu’en 1905.

Ferry s’en prend d’abord aux congrégations enseignantes : en mars 1880, il publie deux décrets. L’un prononce la dissolution de la Compagnie de Jésus et lui accorde six mois pour fermer ses collèges. Le second en donne trois aux autres congrégations pour déposer une demande d’autorisation. Il n’y avait alors en France que cinq congrégations d’hommes à détenir cette autorisation, et les autres vivaient jusque-là sans être inquiétées. C’est terminé !

Une vague d’expulsions s’abat sur elles, à commencer par la Compagnie de Jésus : au petit matin du 30 juin 1880, la police force le portail de la maison mère, rue de Sèvres, à Paris, et fait sortir les religieux de leurs cellules. Des scènes semblables se déroulent dans tout le pays, avec souvent l’intervention de l’armée : un régiment d’infanterie et cinq escadrons de cavalerie investissent ainsi l’abbaye Saint-Michel de Frigolet, près de Tarascon (Bouches-du-Rhône) pour en chasser 37 « prémontrés ». En moins de un mois, 261 couvents sont fermés, et plus de 5 600 religieux mis à la rue.(…) Il serait choquant et ridicule de comparer les islamistes radicaux aux catholiques de l’autre siècle. En revanche, il peut être intéressant d’observer comment la IIIe République a imposé la législation laïque à une population très majoritairement catholique.

Et cela, en actionnant trois grands leviers pour réduire l’influence des clercs : l’école ; la fermeture des congrégations, accusées d’être dans des mains étrangères (le Vatican) ; l’argent, en confisquant les biens de l’Église et en révoquant le Concordat, régime qui assurait le salariat les prêtres.

Révocation qui fut contestée même parmi les laïques, d’après certains desquels le Concordat était le moyen de contrôler l’Église et, selon le mot de Bonaparte, de faire des évêques des « préfets en soutane ».

 

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