Notre quinzaine : Soyons les crèches vivantes du Christ vainqueur

Rédigé par le dans Éditorial

Notre quinzaine : Soyons les crèches vivantes du Christ vainqueur

2020 qui va bientôt s’achever aura été décidément une année bien singulière. Pendant plusieurs mois, nous avons subi une retraite forcée, vivant loin de nos concitoyens, nous méfiant même d’eux, pressés que nous étions de nous protéger et de les protéger. Jamais, l’homme aura si peu répondu à sa nature profonde qui est de vivre au sein d’une cité, en relation avec les autres et poursuivant avec eux un but commun. Aristote est le premier dans La Politique (1253a) à avoir qualifié l’être humain de « Zoon Politikon » (animal politique), posant là les bases d’une véritable anthropologie. De ce point de vue, la succession des confinements et des mesures prescrites les accompagnant n’a cessé de réduire en nous la part politique, et donc proprement humaine, pour agrandir, si nous n’y prenons pas garde, la part animale.

Mais, paradoxalement, et c’est au fond le principal, nous avons également expérimenté directement combien nous avons besoin des autres, combien aussi la santé physique ne pouvait constituer un horizon suffisant à une véritable existence humaine et qu’un ordre social juste devra sortir un jour de cette redécouverte pratique de l’antique vérité soulignée par Aristote.

Déconfinement mental

Pour sa part, le catholicisme français, au moins dans sa frange la plus active et la plus jeune, aura également montré, à la face d’une société entièrement sécularisée et engoncée dans un matérialisme de fin de civilisation, l’importance du culte rendu à Dieu. La prière publique de l’Église a ainsi retrouvé, le temps des négociations, droit de cité, manifestant clairement que l’homme ne vit pas seulement de pain.

Est-ce l’heure du réveil pour certains responsables catholiques ? Nous pouvons au moins l’espérer, tout en rappelant, à temps et à contretemps, que la situation dans laquelle nous sommes plongés, bien au-delà du confinement lui-même, n’est ni normale, ni bonne. À ce sujet, il faut se persuader d’une vérité assez simple : il est possible de penser autrement, et de le dire. Il est possible de réorganiser la vie en société, non pas à partir d’une idéologie supplémentaire, mais en nous appuyant sur les principes éternels de la sagesse humaine, surélevée par la sagesse divine. Au fond, un Soljénitsyne n’a pas pris d’autres chemins.

En ce sens, la première des libérations, le vrai déconfinement, ne consistera pas demain dans le fait de quitter les masques physiques que nous portons par obligation. Dès maintenant, il consiste à abandonner définitivement les corsets mentaux qui enserrent nos esprits dans la prison mentale d’un impossible retour à une société digne et juste. Nous ne sommes pas seuls ! Plus de 2 000 ans de sagesse humaine et de sagesse chrétienne nous accompagnent dans cet effort de libération en vue de reconstruire la civilisation.

Le second Avènement

À cette aune, nous vivons une période de grâce. Et ce temps de l’Avent, début de l’année liturgique et préfiguration de la joie de Noël, le souligne encore davantage. Entièrement ordonné à nous préparer à la venue du Christ, l’Avent nous offre l’occasion d’aménager la crèche de notre âme pour accueillir dignement le Sauveur du monde qui s’est fait petit enfant. De nous transformer spirituellement en imitateur de l’Immaculée Conception que nous avons fêtée le 8 décembre dernier ! C’est-à-dire de remettre devant nos yeux les perspectives essentielles.

À vrai dire, la première venue du Christ, avènement dans la chair, a eu lieu une fois pour toutes et s’est inscrite dans l’histoire des hommes. Elle a transformé à jamais le cours des âges, par ce miracle incroyable d’un Dieu qui a pris la nature humaine, jusqu’à devenir un petit enfant. Merveille de la stratégie divine qui consiste à transformer toute chose par l’humilité.

Mais la célébration que nous faisons à Noël de ce miracle a pour but aussi de hâter le second avènement du Christ : celui qui doit avoir lieu dans nos âmes. Le théologien médiéval Pierre de Blois écrit à ce sujet : « Nous sommes présentement dans le second Avènement : pourvu toutefois que nous soyons tels qu’il puisse ainsi venir à nous ; car il a dit que si nous l’aimons, il viendra à nous et fera sa demeure en nous. »

Que Noël soit donc humainement ce que nous espérons ou non, souhaitons donc qu’il reste habité par la vertu d’espérance qui nous fait désirer par-dessus tout les biens surnaturels, et parmi eux que notre âme devienne, malgré la tempête du dehors et les incertitudes qui se profilent, la « mangeoire » dans laquelle reposera le Christ. C’est pourquoi, au nom de toute l’équipe de L’Homme Nouveau, je vous souhaite une excellente fête de la Nativité. Et, si Dieu le veut, à l’année prochaine

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