Au quotidien n°116 : quoi de neuf ? Bossuet !

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien n°116 : quoi de neuf ? Bossuet !

Alors que les éditions des Belles-Lettres viennent de publier un volume d’Œuvres historiques, philosophiques et politiques, de Bossuet, le philosophe Robert Redeker souligne, dans le Figaro Magazine (18 décembre 2020) l’importance des écrits de théologie politique de l’Aigle de Meaux :

Notre époque clame haut et fort la dissociation de la politique et de la religion. Tel est l’article de foi qui fonde sa vision de la vie collective. Elle se persuade que le ­christianisme, en écartant César et Dieu, implique la laïcité. Elle cantonne le christianisme dans la vie privée, ces catacombes psychologiques, n’ayant de cesse de réduire sa présence dans la cité. Or, Bossuet nous rappelle notre origine, que nous occultons car nous l’estimons scandaleuse : le christianisme, spécialement le catholicisme, enveloppe une politique. Sa lecture nous ramène aux temps de l’ancienne France, où cet enveloppement de la politique dans le christianisme allait de soi.

Assimiler César, à qui il convient de rendre son dû, à toute forme de gouvernement, est aussi commode que faux. César renvoie à un pouvoir païen, étranger à la Bible. Ni les rois d’Israël ni ceux de la monarchie française ne correspondent à cette catégorie. Aux yeux de Bossuet, les rois de France prennent la succession des rois d’Israël. David et Salomon, rois parfaits, fournissent les moules dans lesquels les autres rois, en particulier Louis XIV, sont appelés à se glisser. « Nous avons donc établi par les ­Écritures que la royauté a ses origines dans la volonté divine même », dit-il. La royauté est le régime politique divin, originel et naturel de l’humanité. Les ancres de la royauté française sont jetées dans le Ciel. (…)

Cette Politique tirée de l’Écriture sainte brosse un portrait moral du prince. Il est tout à l’opposé du prince machiavélien, qui ne doit avoir aucune foi bien que jouant la comédie de Tartuffe. Pourtant ce livre pourrait aussi être titré Le Prince ! Mais si le prince machiavélien n’a d’autre justification que lui-même, ne s’autorisant que de son appétit de pouvoir, le prince de Bossuet est le délégué d’un Autre, Dieu, sur la terre - il doit donc s’oublier. Il n’y a place ni pour le cynisme ni pour l’immoralité, dans la politique de Bossuet. (…) Poussiéreux Bossuet ? Non ! Depuis le passé il nous parle du présent.

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