Au quotidien n°126 : vivre ou survivre ?

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien n°126 : vivre ou survivre ?

Sur le site de Baptiste Rappin, Edouard Schaelchli (11 janvier) évoque aussi bien la « prise du Capitole » que ce qu’il appelle le « suicide vaccinal », voyant finalement dans l’extension du virus le témoignage de l’état dans lequel les décennies précédentes nous ont conduits.

On peut avoir été sidéré – un instant, bien sûr – de l’inconcevable naïveté de ceux qui ont cru, en prenant le Capitole (ô Flaubert), mettre fin à l’odieuse arrogance de l’establishment homo-américain, alors qu’ils ne faisaient sans doute que précipiter l’Amérique dans une nouvelle fièvre ultra-sécuritaire, comparable à celle qui suivit l’effondrement des Twin Towers, le 11 septembre 2001. (…) Pour nous, toutefois, Français, cet événement ne peut éveiller qu’un sentiment de malaise, du moins si l’on songe que, finalement, ce qu’ont si bien réussi les trumpistes, c’est ce que nos Gilets jaunes ont en vain tenté de faire (marcher sur l’Élysée, en révéler brutalement l’insondable vacuité si bien occupée par ce roi du vide qu’est Macron), pour se contenter de quelques graffitis sur l’Arc de Triomphe et de l’incendie d’une petite préfecture de province – maigre consolation qui n’en a pas moins provoqué quasiment la même indignation des commentateurs de l’actualité. Est-ce à dire que, décidément, les Américains sont vraiment plus doués que nous, ou est-ce le signe que, malgré tout, ce qui se passe en France ne se laisse pas purement et simplement rabaisser au rang de version rabougrie de ce qui se passe en Amérique ? Ce qui est sûr, c’est que le pouvoir, chez nous, n’a pas encore la puissance de simulation qui permettrait de laisser passer ainsi une bande d’heureux imbéciles pour lesquels le plaisir de se prendre en selfie, les pieds sur la table du Chef, constitue le summum de la subversion politique. Non, il a fallu que le pouvoir prouve qu’il était le pouvoir, en répandant une saine terreur parmi des gens que n’aurait peut-être pas satisfait l’élection d’un Trump ou d’une Le Pen. Indice, espérons-le, que les choses ne sont pas, en France, aussi définitivement bouclées qu’elles le sont aux États-Unis. (…) Nous n’avons pas, en tant que peuple, à prendre le pouvoir, ni même à y participer. Nous avons toute autre chose à faire : à vivre. Vivre est notre seule affaire, et vivre est notre profonde et essentielle compétence, à laquelle nous devons consacrer le meilleur de nous-mêmes. Et c’est bien ce qu’exprimait en profondeur le mouvement des Gilets jaunes, quand, se postant aux ronds-points, il installait ses tables et ses foyers de partage partout où il pouvait bloquer la circulation d’un immense transit qui ne s’alimente en fin de compte que de nos appétits de consommation marchande. Vivre, oui, et non survivre, comme cherche à nous y réduire l’immense protocole morbide des marchands de masques, de tests et de vaccins qui nous gouvernent et dont le gouvernement ressemble de plus en plus à une entreprise de pompes funèbres, uniquement préoccupée de stoker des cadavres dans les chambres froides de la comptabilité nationale. (…) Ne laissons pas passer la chance que nous offre un virus pour une fois résistant à toutes les manœuvres de l’imagination techno-scientifique, car ce mutant de la mondialisation néo-libérale n’est pas notre ennemi. Il ne tue pas, et les morts qu’on lui attribue trop facilement, s’ils pouvaient témoigner, témoigneraient d’abord de l’état dans lequel des décennies de gestion délirante du patrimoine commun de l’humanité ont plongé les territoires du vivant. Sous le masque du virus, c’est le vivant lui-même qui se manifeste, et tout porte à croire qu’il sera, cette fois, plus fort que le vaccin que prétendent lui opposer les laboratoires du néant social inféodés à la puissance numérisée du capitalisme financier.

Réseaux sociaux