Au quotidien n° 130 : le départ de Trump marque-t-il la fin des problèmes ?

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien n° 130 : le départ de Trump marque-t-il la fin des problèmes ?

Alors que Donald Trump quitte ce mercredi la Maison blanche, Alexandre Devecchio s’interroge dans le Figaro (19 janvier) : la fin de Trump marque-t-elle la fin du populisme qu’il a incarné ?

 

« On aurait pu avoir le sentiment de la fin d’un cycle ou d’une page qui se tourne avec sa défaite, mais il faut prendre en compte la progression de Trump de 11 millions de voix entre 2016 et 2020, analyse le directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, Dominique Reynié. Le camp trumpiste s’est élargi. Malgré la défaite, on est loin du schéma de l’effondrement. » Un point de vue que rejoint la chercheuse Chloé Morin, auteur d’un livre à paraître, intitulé Le Populisme au secours de la démocratie ? (Gallimard) : « La victoire de Biden n’est pas le résultat d’un triomphe idéologique car lorsqu’on enlève le facteur Trump, avec tout ce qu’il a d’irritant et qui a contribué à mobiliser les démocrates, on voit bien que le rapport de force est très équilibré. On peut même se dire qu’avec une personnalité moins exubérante il est probable que les républicains auraient gagné. » Pour Laure Mandeville, grand reporter au Figaro et auteur d’un essai remarqué sur Trump, s’il reste une grosse interrogation sur son avenir personnel après « le point d’orgue chaotique du Capitole », le trumpisme, et de manière plus générale le populisme dans le monde, vont perdurer parce que la manière dont se termine cette présidence montre que les problèmes qui ont fait gagner Trump restent entiers. Elle prédit la survivance d’un certain nombre de thèmes majeurs mis en avant par Trump et qui devraient être récupérés par d’autres : « Le retour à la nation, la régulation de l’économie globalisée, la remise en cause du rôle de gendarme du monde des États-Unis, le rejet du politiquement correct… » « C’est probablement la fin de Trump, certainement pas celle du trumpisme, en aucun cas celle du populisme », résume l’ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine. Si le journaliste américain conservateur Christopher Caldwell concède qu’au niveau mondial « une bonne relation avec les États-Unis reste un atout, et qu’il sera plus difficile pour ­Marine Le Pen ou Marion Maréchal, ainsi que pour Matteo Salvini, Viktor Orban, et autres, de renforcer la confiance des électeurs dans les prochaines années », pour le géographe Christophe Guilluy, « se poser la question de la fin du populisme est aussi absurde que se poser la question de la fin du peuple ». Tous s’accordent en effet sur un point : le populisme n’est pas une maladie spontanée ou créée par Trump, mais une tentative de réponse à des maux bien réels dont souffrent les « déplorables », qu’ils portent une casquette rouge aux États-Unis ou un « gilet jaune » en France. (…)

La crise du coronavirus, en révélant les failles de notre économie mondialisée, confirme une partie du diagnostic des populistes et légitime leur vision protectionniste. Les concepts d’État-nation, de contrôle des frontières, de souveraineté politique et économique, de relocalisation de la production, traditionnellement défendus par les « populistes », sont en train de revenir en grâce aux yeux de l’opinion, observe David Goodhart. C’est pourquoi l’intellectuel britannique, dans son nouvel essai, La Tête, la Main et le Cœur (Les Arènes), plaide pour un « populisme décent » qui réconcilierait les élites et les peuples en prenant en compte à la fois les aspirations transnationales des premiers et celles, plus nationales et locales, des seconds. « C’est ce que tente de faire Boris Johnson en Grande-Bretagne en alliant une sorte de reconnaissance de la question nationale, en embrassant le Brexit, avec un virage à gauche spectaculaire pour le Parti conservateur sur les questions sociales », résume Laure Mandeville.

Le mot « réconciliation » a aussi été au cœur du discours de Joe Biden durant toute sa campagne. Reste que, comme le souligne Marcel Gauchet, « il ne suffit pas de prononcer le mot, il faudra incorporer dans les politiques les réponses aux aspirations dites populistes ». D’autant que la procédure d’impeachment lancé contre Trump pourrait conforter l’idée que toute une partie du pays cherche à évacuer l’autre partie du débat public. « Le risque est que cette procédure acte l’idée que nous ne sommes plus dans le cadre d’un débat démocratique mais dans un cadre où le droit, qui est censé être le garant des institutions, est instrumentalisé contre une partie de la population et de ses opinions. », confirme Chloé Moirin.

Dans le même numéro du Figaro, l’universitaire Jean-Philippe Vincent, spécialiste notamment du conservatisme, publie une tribune libre sur les peurs auxquelles les Français sont confrontés (Covid-19, terrorisme, crise sociale et économique). Il achève son analyse par un appel à… saint Thomas d’Aquin. Le retour à la philosophie classique, et à l’anthropologie chrétienne constituent en effet le point de départ d’un redressement et une réponse, aussi, aux questions soulevées par le populisme :

le principal ressort de la politique française vis-à-vis du Covid-19 reste la logique de la peur. Son but n’est pas seulement le bien commun, mais plutôt la satisfaction toujours plus grande du principe bureaucratique. On n’adresse pas seulement des mises en garde ou des recommandations sanitaires. On fait peur. Dès qu’une mesure est prise on rend publique la suite probable : il faudra durcir le confinement, étendre le couvre-feu. L’annonce d’une mesure est dès le départ sapée par le fait qu’on ira plus loin « si les Français ne sont pas sages ». L’infantilisme et l’inefficacité sont les conséquences de cette politique inadaptée et socialement bien déplorable.

La France souffre ainsi d’une sévère dépression collective. Le risque de panique est là, prêt à transformer le peuple français, hagard, en une foule irraisonnée si la procédure de vaccination se révélait être un échec ou si une troisième vague sévère se produisait.

Dieu merci, il existe aussi de grands esprits chez qui puiser réconfort et conseils. Nous avons besoin de prudence, de justice, de force et de tempérance. Précisément, ce sont les vertus cardinales pour Thomas d’Aquin. La prudence est la principale de ces vertus cardinales parce que l’homme prudent, selon Thomas d’Aquin, est celui qui examine toutes les questions avec raison. Ah ! si nos dirigeants prenaient le temps de lire quelques pages de la Somme théologique. Ce serait bien augurer de l’année 2021.

 

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