Jean Breton n'en pense pas moins | Politique : spectacle ou philosophie ?

Rédigé par Jean Breton le dans Humeur

Jean Breton n'en pense pas moins | Politique : spectacle ou philosophie ?

Qu’il est doux pour un Français prétentieux de se moquer de la lourdeur de la politique américaine ! Des slogans pour illettrés, des messages simplistes à l’extrême, des exagérations permanentes et quelques reductio ab Stalinium, quelle misère comparée à chez nous. En France, chaque discours est contextualisé par l’évocation (longue) du logos dans lequel il s’inscrit. Systématiquement, cela commence par ces grandes phrases, rappel de la pensée intime de l’orateur – celle de son parti ou de sa loge en général – puis le magique « […] c’est pourquoi […] » … et le début du concret.

Quand on entend des dissertations intarissables sur « penser la France », « réinventer l’espoir » et « croire en l’universalisme », indépendamment du bord politique, on se demande le rapport avec l’augmentation du prix des timbres, le retrait des troupes au Sahel ou les frontières de la nouvelle région Provence-Aquitaine-Hauts-De-France, annoncés sans transition aucune. Grande est la chute de hauteur de vue quand un président discourt sur la portée historique des Lumières puis explique comment se laver les mains.

La philosophie, c’est le temps long. Un discours par quinquennat devrait être suffisant, pour expliquer le chemin qui sera emprunté durant le mandat. Même une épidémie ne justifie pas un changement de paradigme dans « le modèle républicain ». Et de l’autre côté, la multiplicité des dossiers et la hauteur de vue qu’ils requièrent rendent probablement un ministre d’état inapproprié à définir le nombre de chaises vides entre deux fidèles sur un même banc d’église.

Se posent ainsi trois problèmes de forme, qui ont des origines profondes : le nombre des discours prétendant être de philosophie politique traduit leur manque d’enracinement et la vacuité des définitions « autorisées » de certains termes. L’évocation répétitive des valeurs de la démocratie semble incantatoire, à se demander s’ils ne cachent pas leur dieu dans le buste de Marianne.

La trivialité des déclinaisons concrètes des mesures prises – les « annonces » ! déjà fuitées dans la presse depuis deux jours par ailleurs – s’inscrit dans la pure tradition jacobine de centralisation prétendant imposer l’Égalité. Plus de confiance aux maires, puisque certains font l’affront d’avoir été élus par des gens qui les connaissaient. Ou sont-ce les origines campagnardes qui déplaisent aux ors élyséennes ?

Quant au mélange dans le même temps des évocations les plus élevées et des décrets trop étriqués, c’est plus grave : soit le cahier des charges minimum d’une plume régalienne prévoit l’introduction obligatoires de certains mots-clés de haute volée – comme dans un chant de promotion de Saint-Cyr –  soit c’est une tentative d’endormissement béat de l’auditeur, qui finira par admettre que c’est au nom de la Démocratie qu’il faut fermer les écoles hors-contrat, et que c’est « faire la France » que d’autoriser le ski de fond mais non le ski alpin.

Réseaux sociaux