Au quotidien n°142 : la Chine, crédit et géopolitique

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien n°142 : la Chine, crédit et géopolitique
Le président chinois Xi Jinping

Dans un article paru sur son propre site (31 janvier 2020) et sur Géoprograma, le spécialiste de la finance qu’est Pierre de Lauzun aborde d’une façon peu habituelle la Chine actuelle en liant crédit et géopolitique.

La Chine s’est comme on sait lancée depuis 20 ans dans une politique de grande envergure de prêts internationaux ; elle a été accélérée ces dernières années, notamment dans l’initiative dite des routes de la soie (Belt and Road Initiative), avec plus de 1000 milliards promis. Il n’y a pas de donnée sûre pour comparer son rôle avec celui des mécanismes ‘occidentaux’ classiques, mais il est clair qu’elle est désormais au premier rang des financements internationaux ; certaines années les volumes prêtés par les institutions chinoises dépassent le total des institutions financières multilatérales du type Banque mondiale. Corrélativement il y a encore moins de données sur les succès et échecs de cette politique.

En termes géopolitiques, cela pose au moins deux séries de questions. D’une part, quelle base de pouvoir cela confère-t-il à la Chine ? D’autre part est-ce cher payé, est-ce un emploi rationnel de ses disponibilité financières massives ? (…)

Plus largement, une similitude insuffisamment soulignée entre les économies occidentales et chinoise actuelles est le rôle démesuré du crédit, déjà et surtout en interne, mais aussi dans le cadre du développement extérieur. Depuis la crise de 2008, et comme les pays ‘occidentaux’, la Chine achète une partie de sa croissance par le crédit. On connaît mal l’état de santé réel du système financier chinois en interne, et notamment de ses banques, mais on peut douter de la qualité d’une partie appréciable de ces crédits ; il en est de même a fortiori de ses créances externes. De ce point de vue et étrangement la ressemblance avec le système ‘occidental’ actuel est réelle, avec sans doute une qualité moyenne des crédits encore plus faible, compensée en partie par le rôle plus intrusif du système gouvernemental.  (…)

En revanche une différence massive entre la politique de crédit internationale chinoise et celle ‘occidentale’ est l’absence de conditionnalité relative à la structure politique interne du pays considéré, et même à sa politique extérieure (sauf à l’égard de Taiwan) sauf service minimal. A cela s’ajoute une assez grande opacité, et, en cas de défaut, l’absence de participation à tout mécanisme collectif de conditionnalité multilatérale du type Club de Paris ou de Londres (habituellement couplé à un programme économique et financier sous l’égide du FMI). Au minimum cela donne aux pays concernés une alternative au système financier occidental, avec un jeu de règles très profondément différent, qui peut être jugée appréciable par ces pays. (…)

Un effet évident de cette politique est l’exercice de ce qu’on peut appeler un soft power minimal : en entretenant un réseau de pays amis, la Chine peut escompter au besoin un certain soutien politique, notamment au sein des organisations multilatérales internationales, même s’il ne faut pas l’exagérer au vu de la concurrence qui règne. (…)

En résumé, la dominante claire de la stratégie chinoise est largement de type mercantiliste, si on dégage ce terme de ses traits les plus archaïques : une stratégie de puissance où le souci géopolitique est en général très présent et indissolublement mêlé avec une stratégie économique, mais de façon non idéologique. Stratégie où l’utilisation de l’argent paraît originale : apparemment pas obsédée par la rentabilité rapide ou spécifique de chaque opération, elle l’inscrit dans le cadre plus large d’une présence chinoise laquelle, dans une vision optimiste, par sa masse, la coordination de ses actions et leur orientation pourrait rentabiliser au bout du compte l’effort globalement fait.

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