Au quotidien n°155 : l’islamo-gauchisme en question

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien n°155 : l’islamo-gauchisme en question

Dans un article vigoureux, Valérie Toranian, directrice de la rédaction de La Revue des Deux-Mondes (22 fvrier), traite de l’islamo-gauchisme sous un titre clair : « islamo-gauchisme et université : quand les censeurs crient à la censure ».

Inquiète de la progression de l’islamo-gauchisme au sein de l’université, la ministre Frédérique Vidal a décidé de confier une enquête au CNRS. Depuis elle subit les tirs de barrage d’une partie des enseignants et chercheurs ainsi que de représentants de la gauche et de l’extrême gauche, qui s’indignent de méthodes « maccarthystes ». On veut « censurer ». On veut tuer la liberté académique. Et surtout, argument suprême, « l’islamo-gauchisme » n’aurait, selon les détracteurs de la ministre, aucune réalité « scientifique ». Les cris indignés des pétitionnaires qui demandent la démission de Frédérique Vidal n’y changeront rien. Dans un numéro de la Revue des Deux Mondes d’octobre 2018, consacré à la définition de l’islamo-gauchisme, Christophe Bourseiller, spécialiste de l’extrême gauche, rappelait que le ver était dans le fruit dès l’origine. Lors du congrès de l’Internationale communiste de 1920 à Bakou, il fut théorisé « que les groupes révolutionnaires ont pour objectif principal de se fondre dans les masses pour mieux les orienter. Si celles-ci deviennent islamistes […], les marxistes doivent leur apporter un “soutien critique” ».

Voilà pourquoi l’extrême gauche a soutenu la révolution islamique anti-démocratique, anti-femmes, anti-laïque de l’Ayatollah Khomeini en Iran en 1979. Le soutien à la cause islamique a d’ailleurs perdu toute « fonction critique » pour s’aligner au fil du temps sur un positionnement anticapitaliste, anti-occidental, anti-laïque. Et anti-israélien. Le travail que produit sur ce sujet depuis près de trente ans l’universitaire Pierre-André Taguieff est éloquent. C’est lui qui popularisera le terme d’islamo-gauchisme en désignant ainsi la terrifiante collusion entre trotskystes et islamistes (Hamas, Jihad islamique, Hezbollah) notamment lors d’une manifestation d’octobre 2000 où l’on entendit scander le slogan « Mort aux Juifs »… (…) Il est juste de dire que l’islamo-gauchisme est un concept qui embrasse large et manque de précision. Mais alors que dire des concepts de « racisme systémique », « racisme d’État », « privilège blanc », « racisé », « sexisé », « féminisme islamique »… qui n’ont aucun fondement scientifique ? (…) Les sciences humaines et sociales regorgent de recherches sur des concepts flous, souvent copiés-collés de la production des universités américaines. Il ne s’agit pas de les disqualifier en bloc : le rôle de l’université est aussi d’étudier ces mouvements et courants de pensée qui traversent l’époque. Y compris l’islamo-gauchisme, le genre, le féminisme, la colonisation, le racisme. Le problème n’est pas de les étudier mais d’appréhender ces domaines en vertu d’une seule et même vision décoloniale/néoféministe/différencialiste. Le problème est de construire une doctrine totalisante et de discréditer tous ceux qui ne partagent pas cette idéologie. Il est impossible aujourd’hui d’étudier l’esclavage autrement que comme méfait de la colonisation blanche ; les traites négrières arabes ou l’asservissement des peuples conquis par l’empire ottoman ne rentrent pas dans la grille idéologique anti-occidentale : ils sont donc considérés comme « hors-sujets ».

L’université est travaillée par l’islamo-gauchisme, c’est indubitable. Mais elle est surtout largement soumise à un radicalisme militant décolonial qui englobe, dépasse et transcende l’islamo-gauchisme. Dans une même détestation du camp occidental, universaliste et « blanc ». Dommage que Mme Vidal se soit contentée de cibler l’islamo-gauchisme et n’ait pas décoché une flèche plus large.

Le CNRS est-il légitime pour faire cette enquête ?

Non et c’est toute l’incohérence de cette décision. Comme l’écrit Pierre-André Taguieff, « le P.-D.G. du CNRS, Antoine Petit, protecteur des études postcoloniales et défenseur de la “théorie critique de la race”, paraît fort mal placé pour favoriser une telle enquête et en garantir l’impartialité. Rappelons les positions qu’il a prises en novembre 2019 dans l’avant-propos qu’il a rédigé, en écriture inclusive, pour un méchant ouvrage collectif rassemblant des auteurs postcoloniaux et décoloniaux : “La ‘race’ devient la nouvelle grille de lecture du monde sur laquelle s’intègre la grille du genre, et qui s’articule à la hiérarchie homme/femme […]. Dans une société non métissée, le social et le genre dominent, mais dans l’espace interracial, le social s’efface derrière le racial.” » (…)

Doit-on contrôler la liberté académique ?

Certainement pas, en revanche il importe de la faire respecter. Or, contrairement à ce que veulent nous faire croire les défenseurs de la liberté académique qui hurlent contre un nouveau « maccarthysme », l’université ne respecte plus cette liberté. Et ceux qui protestent contre la censure n’ont aucune honte à l’exercer en permanence, en discréditant ou en diabolisant toute parole qui n’entre pas dans la grille idéologique islamo-décoloniale. (Le fait de refuser tout débat autour de l’islamo-gauchisme en dit d’ailleurs long sur leur vision du pluralisme.)

 

 

 

 

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