Au quotidien n° 166 : les évêques dénoncent la police de la pensée

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien n° 166 : les évêques dénoncent la police de la pensée

Les évêques de France ainsi que les représentants protestants et orthodoxes ont manifesté leur inquiétude face au projet de loi sur le séparatisme. La Croix (10 mars) s’en fait l’écho et rapporte aussi la vision idyllique et contraire à l’histoire qu’ils se font de la loi de 1905.

 

Une police de la pensée s’installe de plus en plus dans l’espace commun. » Dans une tribune publiée, mercredi 10 mars dans Le Figaro, les représentants des Églises protestantes, catholique et orthodoxes ne retiennent pas leurs mots au sujet de la loi « séparatisme » . « Quoi qu’il en soit des intentions, ce projet de loi risque de porter atteinte aux libertés fondamentales que sont la liberté de culte, d’association, d’enseignement et même à la liberté d’opinion », insistent les signataires, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la Conférence des évêques de France (CEF), le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France (FPF) et le métropolite Emmanuel Adamakis, du Patriarcat œcuménique en France.

Un appel lancé le jour même du rendez-vous de « l’instance Matignon » qui instaure des rencontres annuelles entre l’Eglise catholique de France et le gouvernement… Réfutant l’idée d’une « déclaration de guerre », on insiste volontiers du côté de la CEF sur « la grande franchise » qui a cours entre l’exécutif et les représentants catholiques : « Il faut être clair et insister sur les points difficiles dans la loi dont les responsables ne semblent pas mesurer les effets », confie-t-on encore. (…)

Adopté en première lecture à l’Assemblée le 16 février, le texte devrait être examiné au Sénat dès le 30 mars, ce qui sera une nouvelle fois l’occasion, pour les religions, de revenir dans le débat. Avec une double approche difficile, étant tout à fait ouverts à la mise en œuvre de dispositions législatives qui visent à réduire le risque de séparatisme menaçant l’islam, mais contestant la refonte envisagée de la loi de 1905. Les représentants des églises reviennent d’ailleurs dans cette tribune sur la réception progressive de la loi de séparation des églises et de l’État, pour souligner que, « par cette loi, les citoyens sont libres de croire ou de ne pas croire et, s’ils croient, de pratiquer leur culte individuellement et en commun dans les seules limites de l’ordre public. » Un rappel historique pour mieux redire l’inquiétude face au projet confortant les principes de la République : « D’une loi qui énonce les conditions de la liberté et laisse cette liberté s’exercer, on fait une loi de contraintes et de contrôles multipliés ». Dénonçant à la foi l’obligation de déclaration et de « contrôle » de la dimension cultuelle par les préfets, les églises chrétiennes estiment que les procédures nécessaires au maintien de l’ordre public existent déjà. « Nous saluons sans réserve les dispositions du projet de loi permettant de lutter plus directement contre les mariages forcés, les mutilations sexuelles des jeunes filles, l’inégalité de l’héritage, les discours de haine, les discriminations multiformes. (…) Mais à quoi sert-il de compliquer la vie des associations cultuelles prévues par la loi de 1905 ? »

 

 

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