Au quotidien n°181 : Vers une internationale de linottes désœuvrées ?

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien n°181 : Vers une internationale de linottes désœuvrées ?

Sur le Figaro Vox (29 mars 2021), Jean-Pierre Robin publie une analyse sur les conséquences de la crise sanitaire sur le phénomène de la mondialisation. Allons-nous vers un ralentissement de celle-ci ? Pas si sûr…

Loin de briser les échanges mondiaux, la pandémie ne va-t-elle pas favoriser de nouvelles formes de coopérations transfrontalières encore plus exigeantes pour les hommes et pour les entreprises? Le télétravail, stade ultime des délocalisations, la robotisation comme solution radicale à la distanciation physique: les nouveaux habits de la mondialisation qui se dessinent, au lieu de correspondre aux vœux de ses détracteurs, ne risquent-ils pas d’en exacerber la compétition et les inégalités si décriées? (…)

Au printemps 2020, craignant le pire, l’Organisation mondiale du commerce pronostiquait une chute des échanges internationaux de biens de 13 % à 30 % en 2020. Or selon des estimations provisoires, le recul n’aura été «que» de 9,2 %. Paradoxalement, les «chaînes d’approvisionnement internationales» qui font qu’une voiture comporte 10.000 composants fabriqués sur les cinq continents, tout comme les produits d’Apple, ont mieux résisté que le commerce international classique moins bien intégré. «Il ne faut pas sous-estimer la capacité des entreprises à avoir tiré les leçons de 2009, notamment en diversifiant leurs fournisseurs pour résister aux perturbations mondiales», explique Sébastien Jean, le directeur du Cepii (Centre d’études et d’informations prospectives internationales). l a fallu établir des norias de milliers d’avions pour acheminer les masques «made in China» et la distribution de vaccins oblige à des prodiges logistiques à la gloire des réseaux planétaires. «La pandémie de Covid-19 montre que la connectivité mondiale n’est pas un problème mais une solution qui bénéficie a tous», a expliqué devant le Forum économique mondial de Davos (en ligne) John Pearson, le patron de DHL Express, champion de la logistique transfrontalière. Quant à la connectivité virtuelle, le trafic internet a vu son rythme de progression passer de 25 % l’an de 2016 à 2019 à près de 50 % en 2020. C’est dire le succès du commerce en ligne et des sites de divertissement comme Neftlix. «La distanciation sociale aura accéléré la digitalisation et l’e-commerce», en conclut John Pearson. (…)

Le bilan 2020 a été effroyable pour le monde du travail sur les cinq continents. L’OIT, l’Organisation internationale du travail de Genève, estime à 8,8 % la chute des heures travaillées, l’équivalent de 255 millions d’emplois perdus. L’ONG Oxfam a beau jeu d’opposer cette dépression de la main-d’œuvre à la remontée des places boursières qui ont retrouvé leur niveau d’avant-Covid. «Des centaines de millions de personnes risquent de basculer dans la pauvreté pendant au moins dix ans», accuse l’ONG.

De quoi cette exubérance boursière et du capital est-elle le nom? Moins contestatrice qu’Oxfam de par sa fonction de directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, redoute une vague de disparitions de PME et de nouvelles fusions-acquisitions. Les tendances inégalitaires en seraient alors démultipliées, tant pour les entreprises que pour les salariés. «Les marges bénéficiaires dans le monde ont augmenté de plus de 30 % en moyenne dans l’ensemble des entreprises cotées en Bourse des pays avancés depuis 1980», rappelle sur son blog la patronne du FMI et elle s’inquiète de la progression deux fois plus forte pour les entreprises du numérique depuis 2000. (…)

Sans remonter aux grandes découvertes scientifiques et géographiques de la Renaissance, depuis cent cinquante ans les révolutions techniques et industrielles successives, sauf rares et brèves exceptions, sont toujours allées de pair avec une mondialisation croissante des échanges (voir infographie). Or pas besoin d’être marxiste pour admettre qu’«au moulin à eau correspond la société féodale et au moulin à vapeur la société bourgeoise». Faut-il craindre que l’intelligence artificielle fasse émerger une internationale de linottes désœuvrées?

 

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