Au quotidien n° 195 : la civilisation ? une haute idée de l’homme

Rédigé par la rédaction le dans Politique/Société

Au quotidien n° 195 : la civilisation ? une haute idée de l’homme

L’homme ne se sacrifie-t-il que pour sa santé et sa survie ? La force de la civilisation réside justement à pouvoir sacrifier jusqu’à sa vie pour quelque chose de plus haut. C’est la réflexion de Céline Pina sur le Figaro Vox (23 avril 2021)

 

«Si ce n’est pour la culture, pourquoi nous battons-nous?» Voilà ce qu’aurait répliqué Churchill alors qu’on lui demandait, en pleine Seconde Guerre mondiale, de couper dans le budget consacré aux arts pour soutenir l’effort de guerre. La réplique est si belle qu’elle ne pouvait qu’être apocryphe. Mais quand un mot apocryphe phagocyte tellement le réel qu’il en vient à l’incarner, c’est parce qu’il porte en lui une force de vérité qui emporte tout et qu’il entre en résonance avec une mémoire collective toujours vive. En effet, si dans nos représentations, la Première Guerre mondiale est vue et décrite comme une boucherie dénuée de sens, la Seconde, elle, est assimilée à un combat eschatologique pour la liberté et l’humanisme contre l’asservissement et la brutalité, un combat pour la culture contre la barbarie. La mystique créée autour de ce conflit est un appel au courage et à la raison où l’essentiel n’est pas de survivre, mais de refuser de voir l’humanité retourner à la bestialité, au nom d’une certaine idée de l’homme et de la civilisation. Elle s’inscrit dans un raisonnement qui dépasse la question de l’anéantissement de l’adversaire, va au-delà du désir de victoire, elle est existentielle car elle touche au propre de l’homme, au fait que la mortalité le limite et que sa propre conservation devrait être sa priorité et son horizon. Pourtant, l’homme peut accepter de se sacrifier au nom de la civilisation, pour tenter d’apporter la pérennité à un monde périssable, pour essayer d’inscrire dans la durée un projet culturel qui lui paraît bon, juste, fécond. Voilà pourquoi la phrase de Churchill a résonné dans nombre de têtes, même si elle n’a peut-être jamais été prononcée. Voilà pourquoi, selon Churchill, la culture est un bien essentiel…» (…)

Le Président, on l’a vu, aime filer la métaphore guerrière. Au point que, lors du premier confinement, il ne négligeait pas de semer des petits cailloux blancs rattachant la sortie de la crise au renouveau politique et institutionnel français que fut le programme du CNR à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Mais à la différence de la phrase apocryphe de Churchill lequel voyait dans le combat contre le nazisme une bataille culturelle, cette dimension-là n’a pas été pensée dans l’entourage du président de la République. Face à la crise sanitaire, le pouvoir n’a pas de grille de lecture. Il n’agit pas, il réagit et il est à la peine. D’où la confusion entre ce qui est de l’ordre du besoin physique et ce qui permet d’éviter l’effondrement moral et spirituel. Ou plutôt l’attention portée aux seuls besoins, sans tenir compte du fait que, ce qui pour un humain est essentiel, dépasse largement la satisfaction de sa part animale. La menace que fait planer ce virus nous amène à nous interroger sur ce qui compte vraiment à nos yeux. (…) C’est la phrase de Guy de Larigaudie: “Pour tracer son sillon droit, il faut accrocher sa charrue à une étoile.”(…)

Nous représentons à la fois une culture constituée et un projet civilisationnel toujours sur le métier puisqu’il repose sur la capacité des hommes à s’entendre et à se lier. C’est sur cette base que nous pouvons répondre à la crise par un véritable projet de société et parvenir ainsi à rassembler les Français. Certes, si on est prosaïque et que l’on enferme deux hommes chacun dans une pièce en donnant à l’un nourriture et boisson, et à l’autre, des livres, il y a peu de chance pour que celui enfermé avec des livres ait l’occasion d’utiliser ses nouvelles connaissances. Mais l’homme qui ne se soucie que de ses besoins primaires est renvoyé aux modes d’organisation les plus archaïques, la horde primitive. Une façon de vivre où l’homme est incapable de distinguer le bien et le mal et ne connaît que ce qui est bon ou mauvais pour sa horde…»

 

 

 

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